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Claude Turmes

«La transition énergétique est l’économie de demain»



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Claude Turmes: «L’Europe a préparé l’avenir de l’énergie, non seulement pour elle, mais aussi pour le monde entier.» (Photo: Christian Aschman / archives)

L’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes publie un ouvrage consacré à la transition énergétique. Préfacé par l’ancien ministre français de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, il a officiellement été présenté hier soir au Musée Magritte, à Bruxelles. Un lieu qui n’a pas été choisi au hasard…

Monsieur Turmes, vous publiez «Transition énergétique: une chance pour l’Europe». Pourquoi ce livre et pourquoi l’avoir publié aujourdhui?

«L’Europe est dans un moment crucial, avec de nombreuses questions quant à son utilité. Cet ouvrage est une forme de contribution pour moi, une manière d’animer le débat sur le futur de l’Union européenne.

En parallèle, c’est aussi quelque chose de très concret puisque la Commission européenne a présenté de nouvelles législations qui vont encadrer ces 10 à 15 prochaines années la politique énergétique et celle relative au climat.

Ce livre vise à expliquer à un maximum de personnes quels sont les enjeux de la transition énergétique, quels sont les lobbies qui tentent de la contrer et quels sont encore les combats politiques qui ont été et sont encore menés.

J’y explique ce que l’Europe a mis en place depuis 15 ans et cela donne un aperçu du monde de l’énergie tel que je le vois et l’envisage d’ici 2030.

Quelles ont été selon vous les avancées enregistrées par l’Europe ces 15 dernières années en matière de politique énergétique?

«L’Europe a fait un énorme pas en avant en faveur des énergies renouvelables. Elle a, depuis 2008 et la loi sur ces énergies, forcé chacun des États membres – par des objectifs contraignants – à investir dans ce sens. Cela a mené à la création d’un marché d’une taille tellement grande que les prix des énergies renouvelables ont chuté.

Aujourd’hui, et c’est le grand mérite de l’Europe, le prix du solaire a été divisé par cinq tandis que celui de l’éolien a lui aussi beaucoup baissé. Même le prix de l’éolien en mer est devenu bon marché.

On peut donc affirmer que l’Europe a préparé l’avenir de l’énergie, non seulement pour elle, mais aussi pour le monde entier.

Cela ne s’est toutefois pas fait sans mal. Il y a eu de grosses pressions, dont celles du groupe Magritte et des grands groupes énergétiques qui le composent…

«Sur ce qui s’est passé ces dernières années, on peut dire que les grands gagnants ont été l’environnement et les citoyens, et les grands perdants ces groupes énergétiques dont vous parlez, comme EDF, Engie, RWE ou encore Eon.

Ils sont les perdants parce qu’ils ne veulent pas du changement qu’ils tentent de combattre farouchement. Eux, ce qui les intéresse, c’est de faire tourner leurs vieilles centrales – au charbon ou nucléaires – le plus longtemps possible parce que ça leur fait gagner plus d’argent à court terme.

Mais le solaire et l’éolien leur enlèvent le pouvoir qu’ils avaient avec ces vieilles centrales sur la politique, et je dirais même sur la société.

Pensez-vous que l’on puisse aujourd’hui se passer rapidement du charbon ou du nucléaire?

«Concernant le charbon, il y a une urgence liée au climat. J’estime que nous devons en sortir au plus tard d’ici 2030.

Pour ce qui est du nucléaire, c’est à la roulette russe que nous jouons. Ou à la roulette française.

Depuis Fukushima, nous savons que cela peut péter même dans un pays technologiquement très avancé. Et la question est donc: combien de risques la société et ses représentants politiques sont-ils prêts à prendre alors que des alternatives existent?

Bien sûr, il faudra 10 ou 15 ans pour sortir du nucléaire en France. Mais aujourd’hui, il n’y a plus d’excuses du tout parce les dernières technologies concernant le solaire et l’éolien sont deux fois moins chères que les dernières technologies en lien avec le nucléaire.

Juncker a compris, même s’il n’a aucune fibre environnementale.

Claude Turmes, membre luxembourgeois du Parlement européen

L’argument, avancé par certains, d’une transition énergétique qui serait très coûteuse, ne tient donc pas…

«Cet argument est complètement fallacieux! Je vous donne des chiffres: le nouveau réacteur de EDF en Angleterre, Hinkley Point, a besoin d’un soutien financier de 115 euros par mégawatt/heure tandis que les derniers appels d’offres sur l’éolien offshore au Danemark ont été lancés à 49 euros par mégawatt/heure. Pour le solaire, on est à 55 euros, et pour l’éolien terrestre, entre 45 et 70 euros. Les différences sont donc considérables entre les coûts du nucléaire et ceux des énergies renouvelables.

Jean-Claude Juncker a prononcé hier un discours sur l’avenir de l’Union européenne. La Commission qu’il préside croit-elle vraiment à cette transition énergétique?

«Si José Manuel Barroso, son prédécesseur, était dans la poche du groupe de Magritte, Jean-Claude Juncker a lui compris que l’Europe allait mourir si elle n’investissait pas dans cette transition énergétique, même s’il n’a aucune fibre environnementale et sait à peine comment tourne la planète.  

Mais je suis parvenu à le convaincre, lui et son entourage, qu’il fallait investir massivement dans le solaire, massivement dans l’éolien, investir dans la rénovation des bâtiments et investir dans l’électromobilité.

J’ai réussi à lui faire comprendre que c’est l’économie de demain qui permettra de rapatrier de la valeur ajoutée vers l’Europe et de diminuer le pouvoir politique d’un Poutine ou des régions du Moyen-Orient, tout en créant et en gardant un leadership technologique puisque l’Europe est le leader mondial sur l’éolien et sur les réseaux intelligents, et qu’elle peut l’être aussi sur l’électromobilité.

S’il n’y avait qu’une seule mesure urgente à prendre aujourd’hui au niveau européen, quelle serait-elle?

«Il faut augmenter la part d’utilisation à prévoir des énergies renouvelables. La Commission européenne l’a fixée à 27% pour 2030. Ce n’est pas suffisant. Il faudrait au moins viser les 35% pour garder un marché suffisamment grand en volume pour pouvoir résister à la concurrence, dont surtout celle de la Chine.»

Claude Turmes - «La transition énergétique: une chance pour l’Europe» - Éditions Les petits matins