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La microfinance: un instrument de lutte contre la pauvr

La microfinance: un instrument de lutte contre la pauvreté



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L'asbl ADA soutien depuis dix ans les institutions de microfinance d'Amérique latine et d'Afrique.

L'asbl ADA soutien depuis dix ans les institutions de microfinance d'Amérique latine et d'Afrique.

L'asbl ADA (Appui au développement autonome) fête cette année ses dix ans d'existence. Cette organisation non gouvernementale luxembourgeoise (ONG) est née avec pour objectif de lutter contre la pauvreté dans les pays du Sud, grâce à la microfinance. Spécialisée dans le soutien financier des institutions de microfinance (IMF) d'Amérique latine et d'Afrique (lesquelles accordent les crédits aux micro-entrepreneurs locaux), ADA se démarque ainsi de bon nombre d'ONG, généralement orientées "multiservices".

"La microfinance permet d'accorder des services financiers à des populations exclues des banques", explique Axel de Ville, directeur d'ADA en charge du programme Amérique latine. La microfinance est très importante pour ces clients que l'on qualifie d'informels parce qu'ils n'ont, bien souvent, ni papiers d'identité, ni compte en banque, ni salaire régulier, précise, pour sa part, Luc Vandeweerd, chargé du programme Afrique. Seuls 7 à 8% de la population de ces pays possèdent un compte en banque.

Les micro-crédits proposés et gérés par les IMF sont, la plupart du temps, des prêts à court terme (moins d'un an) pour un montant qui varie de 300 à 1.500 euros, essentiellement destinés au commerce, à l'artisanat, ou l'agriculture. Les taux d'intérêts sont élevés en raison du faible montant prêté et du travail de suivi nécessaire pour le récupérer. "Les banques ne prêtent pas de micro-crédits car cela coûte trop cher", explique M. Vandeweerd. Le taux d'intérêt oscille entre 25 et 40% par an, ce qui se situe bien en-dessous de ce que pratiquent les usuriers; à savoir un taux d'environ 360% par an. M. de Ville admet que ces prêts sont "onéreux mais c'est une façon d'avoir accès aux crédits alors qu'il n'y a aucune garantie de remboursement". Pourtant, "le taux de remboursement varie entre 95 et 100%", assure-t-il.

Objectif de rentabilité

Les IMF représentent de véritables entreprises, certaines comptent plus de 300.000 clients. Ces institutions jouent la carte de la proximité en terme de suivi du crédit. "C'est l'agent de crédit qui se déplace chez le client et non l'inverse, c'est aussi ce qui explique les coûts d'une telle entreprise", précise M. Vandeweerd. La microfinance, c'est aussi l'épargne, souvent non rémunérée, et l'assurance, qui est plus récente.

Pour mener à bien ses activités, ADA dispose de deux programmes: le fonds Luxmint et le centre de documentation et d'analyse en microfinance (Cerem), ouvert au public. De l'aveu de M. de Ville, "ce centre est certainement le plus fourni au niveau européen'. Initié par le gouvernement luxembourgeois en 1999, Luxmint accorde des prêts et garanties aux institutions de microfinance. Ces ressources financières complémentaires permettent à l'IMF de renforcer sa viabilité, en élargissant son portefeuille de crédit et en diversifiant ses sources de financement. Le directeur d'ADA souligne qu'il ne s'agit pas de charité et que ces institutions ont, à l'image des banques, des objectifs de rentabilité.

Le ministère des Affaires étrangères a doté Luxmint d'une mise de départ de 800.000 euros. "Aujourd'hui, l'actif atteint 1,5 million d'euros et on arrive presque à subvenir à nos frais de fonctionnement, précise M. de Ville. "La phase pilote de Luxmint arrive à sa fin et on souhaite lui donner, pour la fin de l'année, une structure juridique et financière autonome".

Luxmint offre des produits pouvant aller jusqu'à 4 ou 5 ans. Les investissements de ce programme se situent entre 50.000 et 150.000 euros. Fin 2003, environ 12% du portefeuille de Luxmint étaient financé par le secteur bancaire luxembourgeois. Pour l'heure, 86% du portefeuille sont débloqués pour des opérations en Amérique latine et 14% en Afrique.

Le total du bilan de ADA affichait, au 31 décembre dernier, 1,96 million d'euros et l'asbl a pu dégager 15.771 euros d'excédent. En tant qu'association sans but lucratif, celle-ci est obligée de réinvestir ses recettes ou de consolider ses moyens propres. La majeure partie du financement de ses activités (63%), provient du ministère des Affaires étrangères. ADA travaille avec 13 institutions différentes dans les pays du Sud. Le total des clients de ces institutions s'élevait, en août 2003, à 178.000 clients contre 342.000 aujourd'hui.

A noter que l'année 2005 sera celle du microcrédit, telle que déclarée par les Nations unies.