PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS
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Bilan 2018

Face à l’instabilité, l’Alfi réclame la vigilance



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Le Brexit? «Un challenge, mais aussi une chance de montrer aux gestionnaires britanniques les services que nous pouvons leur offrir», selon Denise Voss, la présidente de l’Alfi. (Photo: Matic Zorman)

Après de nouveaux records, le secteur des fonds d’investissement a connu une fin d’année 2018 plus chahutée. En 2019, l’Alfi restera vigilante par rapport aux conséquences du Brexit, ainsi qu’à la compétitivité du secteur et à tout ce qui peut la réduire, comme la taxe d’abonnement.

En dressant, ce mercredi, le bilan de l’année 2018, l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (Alfi) observe que les acteurs du secteur ont été confrontés à des marchés financiers particulièrement instables, surtout dans la seconde partie de l’année.

Résultat, le total des actifs sous gestion a reculé fin décembre de 2,28% (4.064,66 milliards d’euros) par rapport au début de l’année. Alors que le record absolu avait été atteint en juillet 2018 à 4.282,4 milliards.

Un effet Brexit sur les actifs

La baisse liée à la chute des marchés boursiers est évaluée à 190 milliards d’euros. Par contre, la Place luxembourgeoise a attiré 105 milliards d’euros d’émissions nettes, soit 45% de l’argent frais injecté dans les fonds d’investissement en Europe en 2018.

«Une augmentation liée en grande partie au transfert de fonds de gestionnaires britanniques dans le contexte du Brexit», confirme Denise Voss, présidente de l’Alfi. Elle note aussi que 23 acteurs britanniques se sont installés au Luxembourg ou y ont étendu leur structure pour garder un pied dans l’UE.

Les actifs venant de Grande-Bretagne ont augmenté de 17% en un an.

Denise Voss, présidente de l’Alfi

Les relations avec le marché britannique ont toujours été considérées comme essentielles par l’Alfi. Les investisseurs du Royaume-Uni viennent en effet en deuxième place en termes de fonds injectés au Luxembourg, derrière les Américains. «Avec une part dans les actifs totaux de 18,1%, ils ont encore augmenté leur poids sur la Place. Les actifs venant de Grande-Bretagne ont augmenté de 17% en un an», constate Denise Voss. Globalement, on peut estimer qu’ils ont apporté entre 130 et 140 milliards d’euros d’argent frais.

Alors, ce Brexit, désastre ou opportunité? «C’est un challenge, mais aussi une chance de montrer aux gestionnaires britanniques les services que nous pouvons leur offrir», poursuit la présidente de l’association.

Des gestes ont aussi été faits par le Royaume-Uni. Marc-André Bechet, tax & legal director à l’Alfi, fait référence au communiqué de la CSSF, le gendarme financier luxembourgeois, confirmant que les acteurs luxembourgeois pourront encore déléguer des opérations dans l’île aux gestionnaires sur place. De même, Londres a récemment pris la décision unilatérale d’autoriser les fonds déjà enregistrés à continuer à opérer après la date du 29 mars. Des nouvelles rassurantes.

L’écueil de la taxe d’abonnement

Si elle approuve, dans les grandes largeurs, le programme gouvernemental ayant trait au secteur financier, l’Alfi regrette amèrement que rien n’ait été fait pour réduire la taxe d’abonnement, ainsi qu’elle l’avait souhaité avant les élections. Dans son programme, le nouvel exécutif a simplement promis de ne pas l’augmenter.

«À ce niveau, on ne parle plus de fiscalité, mais de compétitivité», lance Freddy Brausch, vice-président. «Cette taxe payée par les investisseurs n’existe qu’au Luxembourg et nous rend moins attractifs que les autres pays dans un contexte global de compression des coûts.»

Il note, par exemple, que son poids est passé de 6% à 10% des frais globaux et représente 26% des frais liés à un ETF, ces produits de gestion passive liés à des indices qui ont de plus en plus de succès auprès des investisseurs particuliers.

«Notre système d’imposition devient de plus en plus insupportable pour les acteurs de marché», insiste-t-il. «Nous percevons déjà des mouvements de délocalisation et nous voyons des acteurs bien présents chez nous, mais qui commencent à développer des produits ailleurs.»

Dans un contexte qui reste donc globalement favorable pour le secteur des fonds d’investissement luxembourgeois, l’association estime que l’époque réclame de faire preuve de vigilance pour préserver notamment sa place de numéro un européen.