ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Entreprises familiales : entre freins à la croissance, envie de grandir et besoin de préparer sa succession



C'est manifestement une première du genre: une étude de PricewaterhouseCoopers Luxembourg a examiné les problèmes et les défis spécifiques des entreprises familiales du pays, tels qu'elles-mêmes et leurs dirigeants les perçoivent...

Si PwC s"est attaché à la question, c'est que "l'on a l'impression que ce secteur est parfois un peu oublié ou pas considéré à sa juste mesure", a expliqué Romain Hilger, directeur chez PwC, lors de la présentation des résultats de cette étude, ce mercredi. Il est pourtant très clair que les entreprises familiales "ont un poids significatif dans l'économie luxembourgeoise". Quelques chiffres le démontrent à satiété: sur 26.550 entreprises, on estime que 20.000 sont des entreprises familiales employant au moins 40% du nombre d'actifs au Grand-Duché.

Au Luxembourg, les entreprises familiales sont majoritairement des PME, positionnées sur des secteurs traditionnels (commerce de détail, construction, artisanat entre autres), financièrement saines (90% estiment avoir des ressources nécessaires au financement de leurs projets à 3 ans) et créatrices d'emploi. Ainsi, selon le Statec (qui prend en compte les données pour les entreprises d'au moins 90 salariés), les effectifs ont augmenté de 12% entre 2001 et 2005..

Pour réaliser son étude au Luxembourg, PricewaterhouseCoopers a sélectionné un nombre représentatif d'entreprises familiales dans ce secteur. Les résultats obtenus sont globalement similaires aux tendances relevées par une étude européenne menée par PwC, à quelques différences près. Et ces différences soulignent parfois une vision très différente sur certaines questions.

Main d'oeuvre, immobilier et... conflits

Ainsi, parmi les défis auxquels les entreprises familiales font face, on trouve la gestion des coûts qui semble davantage préoccuper les Luxembourgeoises (82%) que les Européennes (51%).

Les prix de l'immobilier et les coûts salariaux sont des facteurs manifestement aggravants dans cette perception grand-ducale. Cependant, le développement d'une stratégie de croissance reste une préoccupation majeure pour 76% des entreprises luxembourgeoises contre 49% au niveau européen. Parmi les obstacles à la croissance identifiés par les répondants, l'intensité concurrentielle et la pénurie de la main-d'oeuvre qualifiée sont pointées du doigt par la moitié des entreprises luxembourgeoises. Le manque de disponibilité de surfaces (ce qui rejoint le prix de l'immobilier), les lourdeurs administratives, la difficulté d'accès aux nouveaux marchés, sont aussi clairement identifiés comme des freins à la croissance.

Les défis, cependant, ne manquent pas. Cela commence en interne. Les risques de conflits semblent être plus présents dans les entreprises familiales luxembourgeoises que dans les entreprises européennes. Les trois principales sources de tensions ? Les différences de priorité entre les membres actifs et les non-actifs de la famille actionnaire, l'évaluation des performances des membres actifs de la famille et l'arbitrage entre le paiement de dividendes ou le réinvestissement des profits dans l'entreprise.

Les solutions existent. Une charte mettant clairement les choses à plat dès le départ ou à chaque gros changement. Mais 80% des entreprises familiales n'en disposent pas. Ou alors, le recours à un "sage", un conseiller extérieur à l'entreprise et à la famille (ce qui semble bien fonctionner dans la tradition italienne par exemple) mais 85% des sondés avouent ne pas faire appel à ce conseiller extérieur pour tenter de résoudre les conflits ou d'en réduire les sources. "Il est également essentiel pour une entreprise qui veut limiter ses conflits de développer une culture familiale basée sur le dialogue et d'impliquer l'ensemble des membres actifs et non-actifs en définissant un rôle à chacun', commente Romain Hilger.

La plus grande menace? Le vide après le chef

Plus préoccupant? C"est sans doute dû à l'environnement fiscal luxembourgeois plus favorable. Toujours est-il que la succession patrimoniale semble moins préoccuper le chef d'entreprise luxembourgeois que son homologue européen. D"où le risque pour les entrepreneurs de négliger également la succession managériale de leur entreprise. L'étude l'atteste : 71% des entrepreneurs luxembourgeois ont indiqué ne pas avoir prévu de plan de succession, contre 55% au niveau européen. L'entreprise familiale semble la jouer: "après nous, les mouches"...

Selon Romain Hilger, c'est là "une erreur importante, car beaucoup d'entre eux vont devoir transmettre leur affaire à moyen terme. La succession n'est pas un événement, mais un processus qu'il faut prévoir. Sur 100 entreprises, seules 5 à 15 restent dans le giron familial à la troisième génération. La succession est souvent mal préparée, le nouveau management ne dispose parfois pas des compétences requises ou est mal accepté. Cela peut expliquer le taux de disparition important des entreprises familiales."

82% des entreprises ayant participé à l'étude connaissent une forte concentration du pouvoir de décision et sont dirigés par un ou deux membres de la famille. "Cette situation augmente la flexibilité de l'entreprise et la rapidité dans les prises de décision. Cela lui permet de saisir rapidement des opportunités de marché, mais fragilise également l'entreprise si le dirigeant est amené à s"absenter pour des raisons personnelles",.

Luc Henzig, associé chez PwC, conclut. "Nous estimons que ce secteur pèse vraiment dans l'économie luxembourgeoise. Les entreprises familiales créent de l'emploi, sont pérennes et en bonne santé financière, mais les risques qui pèsent sur leur avenir sont importants et méritent d'être pris en considération au plus haut niveau."

Ainsi, les attentes et les problématiques des entreprises familiales luxembourgeoises sont identifiées et significatives. Leurs défis aussi. "Un des objectifs de cette étude est sans doute de sensibiliser les entrepreneurs eux-mêmes", conclut Romain Hilger. "Et les décideurs, au sens large". Le monde politique aussi pourra y capter un message et se pencher avec un autre regard sur la gestion en bon père de famille.

L'intégralité de l'étude "Défis et problèmes des entreprises familiales luxembourgeoises" est disponible sur www.pwc.com/lu.