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European American Enterprise Council

Dynamiser la politique de financement à l’innovation



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(Photo: European American Enterprise Council)

Le Luxembourg veut tirer son épingle du jeu dans la course à l’innovation et l’attraction de sociétés innovantes. À cette fin, le Grand-Duché doit mettre en place une nouvelle stratégie politique d’aide au financement dans ce domaine.

Xavier Bettel, Premier ministre luxembourgeois, a annoncé fin février l’intérêt de «plusieurs entreprises à s’implanter» au Grand-Duché. Une dizaine d’entreprises actives dans les domaines de la gestion d’actifs, des fintech et fonds de placement privés et souverains serait concernée. Les fonds d’investissement Carlyle et Blackstone, deux protagonistes majeurs du private equity et d’investissements alternatifs, sont en négociation pour l’ouverture de bureaux locaux. Ces groupes détiennent respectivement 178 et 100 milliards d’actifs sous gestion. L’heure est au financement des start-up et le Luxembourg revoit doucement sa politique en faveur de la captation des technologies futures.

Une terre riche de potentiel

Néanmoins, cet engouement se heurte à une problématique surprenante: le manque de financement. L’Agence pour le développement du centre financier, Luxembourg for Finance, présente le pays comme «premier centre de fonds d’investissement en Europe et second mondial après les États-Unis». Le Luxembourg est riche d’un environnement d’affaires stable et d’une position géographique de choix au cœur de l’Europe. Les avantages fiscaux tels que les traités de non-double taxation avec un large panel de pays partenaires augmentent l’attractivité du Luxembourg vis-à-vis des grosses structures. Ainsi, selon la LPEA, Luxembourg Private Equity and Venture Capital Association, 25.000 holdings sont aujourd’hui enregistrés au Grand-Duché.

L’attractivité freinée par le manque de financement

Pourtant, les investissements vers les entreprises de la Grande Région, PME notamment, restent minimes. Selon le rapport EY «Investment Funds in Luxembourg» de septembre 2016, sur le total des actifs sous gestion en juin 2016 émanant de fonds collectifs du Grand-Duché, 29% seulement ont été localisés en Europe. Le même rapport fait état d’un classement plaçant le Luxembourg à la 6e place des pays destinataires d’investissements luxembourgeois. Du côté du public, un grand nombre d’actions incitatives voient le jour mais se limitent au simple cadre du conseil sans proposition de soutien financier à l’innovation. Ce retard en termes de subventions publiques pour l’innovation est d’ailleurs souvent avancé par les créateurs de start-up en phase de développement comme l’argument principal de structuration dans des pays limitrophes. La France, notamment, a consacré 10 milliards d’euros en 2015 pour l’innovation, selon le rapport «France Stratégie». Pour le même secteur, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche annonce un montant de 155.986.700 euros.

PME, le manque à gagner

Pourtant, le secteur des PME reste la source première de dynamique des économies. Ainsi, selon le rapport annuel de l’Union européenne, en 2015, l’organisme recensait un peu moins de 23 millions de PME ayant généré 3,9 milliards d’euros de valeur ajoutée et employé 90 millions de personnes. Elles représentent deux tiers de l’emploi en Europe et les micro-entreprises sont majoritaires dans ce secteur avec une part de 93%. Ces dernières sont donc porteuses d’emplois, améliorent le commerce extérieur et, globalement, contribuent à la croissance économique nationale.

Un partenariat public-privé pour l’incubation

Les décisions prises permettraient d’insuffler un réel dynamisme et formaliseraient la création d’un écosystème de l’innovation luxembourgeois.

Jérôme Grandidier, président EAEC-Europe

Face à ce constat, le Luxembourg cherche à augmenter son potentiel d’attractivité. Le pays doit, pour cela, élargir sa force de frappe. En ce sens, les incubateurs souhaitent réagir et s’inspirent des modèles de partenariats public-privé pour réclamer la mise en place d’un comité de décision issu des deux secteurs. L’idée est d’allier les forces de chacune des parties pour augmenter l’impact des aides financières à destination des start-up. Les représentants respectifs des compagnies privées luxembourgeoises d’accélération ont l’ambition de se réunir et de proposer leur connaissance du terrain aux organismes publics. Jérôme Grandidier, cofondateur de l’accélérateur transatlantique EAEC (European American Enterprise Council) est à l’origine de ce projet: «Les décisions prises conjointement grâce à ce partenariat d’un genre nouveau permettraient d’insuffler un réel dynamisme et formaliseraient, parallèlement, la création d’un écosystème de l’innovation luxembourgeois.» Présent depuis quinze ans à San Francisco, EAEC a choisi Luxembourg comme point d’ancrage européen avant de s’étendre aux autres grandes villes du continent. L’ouverture des bureaux à Paris, Bruxelles et Barcelone est prévue début d’année prochaine.