POLITIQUE & INSTITUTIONS

Nouvelle sortie médiatique

Deltour, petit auditeur et homme tranquille



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Antoine Deltour à gauche avec Daniel Lebègue, président de Transparency International France, lors de la présentation du film «The Price we Pay». (Photo: The price we pay / Facebook)

Antoine Deltour, le «lanceur d’alerte» à l’origine du scandale LuxLeaks1, s’est exprimé dans la presse anglophone, dans le Financial Times où il se défend d’être un martyr, et auprès de l’agence Bloomberg qui le décrit comme un homme tranquille. L’ancien employé de PwC Luxembourg se présente lui-même comme un «petit auditeur» qui a agi dans l’intérêt public.

Antoine Deltour, l’ex-auditeur de PwC Luxembourg qui a quitté la firme en copiant des données sur des accords fiscaux entre des multinationales, clientes de la firme, et l’Administration des contributions directes luxembourgeoise, internationalise sa communication.

Il a accordé coup sur coup cette semaine deux interviews à la presse anglophone. Une première au Financial Times dans laquelle il se défend d’être un martyr, après son inculpation pour, entre autres, vol, accès frauduleux à une base de données et blanchiment par la justice luxembourgeoise. Et un second entretien, accordé à l’agence Bloomberg, où il se décrit lui-même comme «seulement un petit auditeur» qui est devenu l’ennemi public numéro 1 au Luxembourg et risque jusqu’à 10 ans de prison pour son geste.

«Ce que j’ai fait relève de l’intérêt public. Je ne comprends pas comment je pourrais être victime d’une lourde peine lorsque j’ai agi dans l’intérêt général», explique le jeune homme qui se présente comme un «gars normal». Il dit avoir ressenti les pratiques d’optimisation fiscale à une échelle industrielle avec des firmes soumises à un taux effectif d’impôt de «seulement 2 à 3%» comme une «injustice». «J’ai ressenti, assure-t-il, l’injustice, pas de colère, mais l’injustice. Dans une période où la plupart des Européens étaient confrontés à des difficultés pour percevoir les impôts afin d’équilibrer leurs budgets.»

Accessibles

Antoine Deltour affirme avoir pris la décision de démissionner de son job d’auditeur au Luxembourg en 2010 par conviction, alors qu’il était considéré comme un très bon élément chez PwC, au Luxembourg, pour trouver un travail qui faisait à ses yeux «plus de sens». Il travaille aujourd’hui à l’Insee à Nancy.

Comment est-il tombé sur les documents fiscaux qui normalement n’étaient pas accessibles aux auditeurs? Antoine Deltour reste sur sa ligne de toujours: le dossier des rulings était «accessible à tous ceux qui travaillaient chez PwC», souligne-t-il.

Il affirme qu’en 2010, lorsqu’il a quitté le cabinet, il n’avait alors encore aucune idée précise de ce qu’il allait faire des informations piochées chez son ancien employeur. «Je savais que c’était important pour le Luxembourg et pour PwC.»

Le jeune homme reconnaît avoir été «nerveux». Mais il était aussi très conscient de l’importance des documents qu’il ne voulait conserver pour lui-même parce qu’il n’en avait pas les compétences.

«J'assume»

C’est par la suite, quelques mois plus tard, que Deltour sera approché par le journaliste français Édouard Perrin et qu’il acceptera de lui confier les documents qui seront à la base du reportage de Cash Investigation en mai 2012 sur la chaîne France 2.

Le jeune auditeur assure en revanche ne pas avoir eu connaissance de la transmission des dossiers par la suite au Consortium de journalistes d’investigation ICIJ, qui les a mis en ligne sur son site internet. «J’ai découvert que l’ICIJ était en possession des documents», déclare-t-il, ajoutant qu’il avait alors compris qu’il avait contribué à quelque chose d’important ayant aidé à changer les choses.

La perspective de se retrouver devant la justice luxembourgeoise n’a jamais traversé son esprit, indique Antoine Deltour. Il explique qu’il avait espéré que son ancien employeur ne remonte pas jusqu’à lui et puisse identifier l’auteur d’une simple manœuvre de copier-coller, deux ans après les faits. «J’assume l’entière responsabilité de ce que j’ai fait» déclare-t-il, en jugeant toutefois «très agressifs» certains commentaires lus dans la presse luxembourgeoise.