PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique financière

Les marchés d’actions continuent de surprendre



Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

Après un fort rebond dans la deuxième moitié de l’année 2020, les marchés actions ont continué de surprendre les investisseurs les plus prudents cette année, en affichant des performances nettement positives.

À l’heure où les économies se réveillent à peine des politiques de confinement liées au virus, les indices boursiers battent des records. À tel point que certains n’hésitent pas à qualifier l’environnement actuel de «bulle financière», totalement déconnectée de la réalité économique.

Il est vrai que les performances vertigineuses affichées par quelques actifs ou les comportements de nombreux investisseurs ne sont pas sans rappeler les excès de la bulle technologique de la fin des années 1990: valorisations excessives dans certains secteurs de la technologie, engouement pour les SPAC – special purpose acquisition companies (ou sorte de «chèques en blanc» donnés à des gestionnaires pour financer d’hypothétiques futures acquisitions boursières), ou encore l’engouement pour les cryptomonnaies, dont on comprend l’utilité de la technologie qui y est attachée, sans toutefois être en mesure de définir clairement sur quoi repose leur «valeur».

Ces secteurs ont d’ailleurs subi de fortes corrections depuis leur plus haut, et les marchés actions sont à présent soutenus par des secteurs plus traditionnels, tels que l’industrie et la consommation cycliques ou les valeurs financières.

Les marchés financiers ne sont – à notre sens – pas déconnectés de l’économie réelle: ils sont le reflet de politiques de relance extrêmement vigoureuses, menées conjointement par l’ensemble des grandes puissances mondiales, d’une ampleur jusque-là inconnue en temps de paix. Couplés à des politiques de taux très accommodantes des banques centrales, les ingrédients sont réunis pour une performance soutenue: leur rôle étant d’anticiper l’évolution de l’économie et des résultats à venir des entreprises, les marchés ont à juste titre parié sur une sortie de crise dont on mesure les premiers effets aujourd’hui.

La question faisant débat aujourd’hui quant à la direction future des marchés est celle d’un retour potentiel de l’inflation: face à des incitations budgétaires d’une telle ampleur et des taux d’intérêt maintenus artificiellement bas, on voit mal comment l’inflation pourrait continuer à rester aussi basse qu’au cours des 10 dernières années: les premiers signes de tension sur les prix ont d’ailleurs fait leur apparition dans les chiffres des derniers mois, qu’il s’agisse de la hausse des prix des matières premières, de leur répercussion sur les prix des produits finis par les grandes entreprises (du secteur agroalimentaire ou de l’énergie, par exemple), voire de la hausse des salaires dans certains secteurs de l’économie américaine.

Il s’agit pour le moment essentiellement d’une contre-réaction face à la forte baisse des prix observée il y a un an en pleine crise sanitaire. Les chiffres des prochains trimestres, qui auront vu l’économie mondiale se rapprocher à nouveau d’un niveau d’activité «normalisé», permettront de mesurer si cette hausse des prix est amenée à se poursuivre. La réaction des banques centrales dictera alors la performance des marchés dans les prochains mois. Au premier rang desquelles la Banque centrale américaine (ou Fed) devrait présenter en août, à l’occasion de son événement annuel à Jackson Hole, une sortie progressive des incitations monétaires et préparer le marché à de potentielles hausses de taux.

À court terme, nous pensons que les marchés financiers resteront bien orientés, focalisés sur la sortie de la crise sanitaire, le retour de l’économie mondiale à un rythme de croissance presque normal, un rebond des profits des entreprises et des taux directeurs des banques centrales maintenus globalement bas. Face à la remontée inévitable des anticipations d’inflation, et donc des taux longs, nous privilégions les secteurs cycliques, liés à la reprise économique, au détriment des valeurs défensives ou de croissance. Les actions européennes, qui étaient restées longtemps à la traîne derrière les marchés américains, devraient continuer leur rattrapage, comme c’est le cas depuis le début de l’année, bénéficiant de secteurs en vogue, tels que les valeurs liées aux exportations, les financières ou les matières premières.

En observant les précédentes sorties de crise, on peut anticiper raisonnablement que le rebond des indicateurs avancés de l’économie atteindra son pic au cours du troisième trimestre cette année: c’est traditionnellement jusqu’à cette échéance que les opportunités de performance boursières seront les plus importantes.

Passée cette période, nous misons sur un retour de l’inflation à la normale, plutôt que sur un dérapage incontrôlé des prix à la hausse, et anticipons donc une remontée graduelle des taux américains, bien expliquée aux marchés par la Banque centrale. Si tel était le cas, les performances boursières au-delà du troisième trimestre devraient connaître une trajectoire plus incertaine. Seule une bonne anticipation de la vigueur de la reprise et des pressions inflationnistes permettra de dégager des performances positives sur les marchés mondiaux.