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Alimentation

Luxlait tient à sa marque de fabrique



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Gilles Gérard, directeur de Luxlait. (Photo: Nader Ghavami)

Le directeur de la coopérative, Gilles Gérard, veut capitaliser sur l’empreinte locale de Luxlait pour faire entrer ses produits dans plus de foyers luxembourgeois.

Après 23 ans de présence au sein de l’entreprise qui a été son seul employeur, Gilles Gérard (47 ans) a Luxlait dans la peau. Demandez-lui de parler des produits qui sortent de l’usine, il vous en détaillera le processus de production de bout en bout. Sans oublier la gestion drastique de l’impact environnemental d’un outil de travail qui n’a rien à envier aux plus grandes lignes de production industrielle.

Car, si le directeur de Luxlait connaît si bien l’usine de Bissen, c’est aussi parce qu’il en a supervisé la construction. Détaché sur place au moment du chantier, il fut parmi les premiers à prendre possession des lieux lors de l’ouverture progressive, de 2009 à 2011.

«Luxlait fait partie du patrimoine luxembourgeois, c’est une grande responsabilité de re­­prendre la direction d’une telle entreprise», déclare Gilles Gérard.

Directeur adjoint depuis trois ans, l’ingénieur de formation a succédé à Claude Steinmetz en avril 2018, suite au départ de ce dernier pour se présenter – sans être élu – aux législatives sur les listes du CSV. Curieux de tester de nouveaux produits sur le marché, comme le fromage râpé – une première pour Luxlait –, le directeur de l’entreprise qui emploie 300 personnes sait qu’il doit composer avec de nombreuses con­traintes, dans un secteur où la sécurité alimentaire règne en maître.

Je veux repositionner Luxlait pour que les gens sachent que nous proposons des produits 100% luxembourgeois.

Gilles Gérard,  Directeur,  Luxlait

«Je voudrais que tous les pays européens respectent les normes de la même manière», relève Gilles Gérard. 60% de la production de Luxlait (sur base de 160 millions de litres collectés) est exportée, avec, là aussi, d’autres difficultés. «Chaque pays se protège, et il est de plus en plus compliqué de vendre des produits alimentaires comme les nôtres à l’étranger», déplore Gilles Gérard.

Or, les étals des magasins regorgent de marques étrangères. Et Luxlait n’est pas forcément en tête des choix des résidents, a fortiori lorsque ceux-ci arrivent de l’étranger. «Je veux repositionner Luxlait pour que les gens sachent que nous proposons des produits 100% luxembourgeois, qu’il faut soutenir l’agriculture et le savoir-faire de nos équipes», ajoute Gilles Gérard.

Face aux concurrents, Luxlait doit jouer sur sa flexibilité à répondre à des demandes de niche, là où les géants privilégient le volume. Dans les prochaines années, l’entreprise poursuivra son aventure internationale – notamment en Chine –, mais avec une nette priorité sur les pays avoisinants. 125 ans après sa création, l’époque des ateliers de Merl semble bien révolue, dans une usine où quelque 1.500 analyses sont effectuées chaque jour.

Mais pour pérenniser son activité, Luxlait devra continuer à investir. Avec l’avantage de pouvoir s’appuyer sur un circuit décisionnel court vers un actionnariat composé de 360 agriculteurs, tous luxembourgeois. Tous forment une coopérative qui pourrait justement tirer profit d’une tendance de fond: le retour vers une alimentation de meilleure qualité et, si possible, produite près de chez soi.