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Cinéma

Luxembourg, cet incroyable décor



Le décor de cinéma peut aussi être une reconstruction totale d’un univers, comme ici, sur le tournage d’«Acheron». (Photo: Romain Girtgen)

Le décor de cinéma peut aussi être une reconstruction totale d’un univers, comme ici, sur le tournage d’«Acheron». (Photo: Romain Girtgen)

À l’occasion du Luxembourg City Film Festival, le Cercle Cité et le CNA présentent une exposition dédiée aux décors de cinéma au Luxembourg. Une exposition qui emmène le visiteur dans les coulisses des films.

Le sujet du décor de cinéma est vaste et ambitieux, mais c’est un sujet que connaît bien Paul Lesch, directeur du CNA, pour l’avoir déjà étudié précédemment. Mais devant l’ampleur de la tâche de réaliser une exposition sur ce sujet, il s’est entouré de deux co-commissaires, Yves Steichen et Chiara Lentz, pour concevoir l’exposition «Ready. Set. Design.», dédiée aux décors de cinéma au Luxembourg, et présentée au Cercle Cité.

L’industrie du cinéma au Grand-Duché est encore jeune, mais elle est dynamique. Luxembourg a été la terre d’accueil de nombreux tournages de films, et ses paysages, qu’ils soient naturels ou construits, ont servi à de nombreuses reprises comme décors de films, et parfois même de manière bien surprenante. Car le décor, au cinéma, c’est aussi l’art de créer l’illusion, de placer la narration et l’action dans un espace précis qui permet aux cinéastes de raconter leur histoire. En effet, un décor, au cinéma, c’est bien plus qu’un simple environnement. C’est un protagoniste à part entière, qui demande beaucoup d’attention, de précision. C’est aussi un élément déterminant pour la fabrication du film en lui-même, car le décor a de nombreuses incidences techniques, que ce soit pour le son ou pour la lumière.

Afin de couvrir un maximum de perspectives sur ce sujet, les commissaires ont choisi de diviser l’exposition en quatre parties.

Vue de l’exposition au Cercle Cité. (Photo: Romain Girtgen)

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Sur le mur du fond, deux cartes pointent des lieux de tournage au Luxembourg. (Photo: Romain Girtgen)

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 Une partie est dédiée au regard des réalisateurs luxembourgeois sur leur propre pays.  (Photo: Romain Girtgen)

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La première, «Behind and in front of the clapperboard», retrace les différentes étapes de la création d’un «set design», du scénario en pré-production jusqu’au montage final et la post-production. À travers des interviews de professionnels, les visiteurs découvrent toutes les étapes nécessaires à la création d’un décor, de l’idée première à sa réalisation parfois complexe. «Ce sont des métiers qui sont souvent moins connus, comme les chefs décorateurs, les repérages de lieux de tournage, la construction de plateaux, le photographe de plateau…», explique Yves Steichen, co-commissaire en charge de cette section.

À travers ce panorama, c’est aussi une chronologie du cinéma luxembourgeois depuis les années 1980 qui est tracée en filigrane. Une histoire qui reste encore à écrire, mais dont on trouve ici une première ébauche.

En plus de ces témoignages, les visiteurs peuvent découvrir des documents tels que des pages de story-board, des «moonbooks», ou encore des croquis de préparation du plateau. Cette partie a une valeur pédagogique et, dans le cadre de l’éducation à l’image, elle permet d’expliquer comment un film se fait et de rendre hommage à ces métiers de l’ombre.

La grande illusion

La seconde partie présente comment Luxembourg sert de décor pour faire croire que l’action se passe tout à fait ailleurs. Deux cartes sont reproduites sur le mur: la première est celle du pays, et la seconde, celle de Luxembourg-ville, et y sont pointées différentes localisations où se sont passés des tournages. C’est ainsi qu’on découvre que Martelange a été utilisée pour créer un décor donnant l’illusion du Chili, la maternité Grande-Duchesse Charlotte a été utilisée pour recréer un ensemble urbain à Tel-Aviv, et les rues de Remich, pour donner l’illusion d’un marché à Jérusalem.

Le régime fiscal spécial pour les investissements dans l’audiovisuel instauré en 1988 par le gouvernement luxembourgeois a attiré de nombreuses productions étrangères au Luxembourg. C’est ainsi que des sociétés de production luxembourgeoises ont participé à des coproductions dont l’action se situait en grande partie en dehors de nos frontières, mais qui ont pu être tournées, du moins en partie, au Luxembourg. Avec quelques accessoires, une rue de Luxembourg se transforme en une rue de Paris ou de Londres, le Cercle municipal devient un institut de spa ou un intérieur viennois.

Certains lieux reviennent régulièrement, d’ailleurs, dans les films, mais ont été utilisés de manière tout à fait différente: c’est le cas de l’ancien siège de l’Arbed, du Cercle municipal ou de la cascade Schiessentümpel.

Le Grand-Duché vu par ses citoyens

Les commissaires se sont aussi intéressés à la manière dont les réalisateurs luxembourgeois voient eux-mêmes leur pays. C’est l’objet de la troisième partie de l’exposition. Comment les réalisateurs luxembourgeois ont utilisé le milieu rural, la région de la Minett, ou encore la ville et le quartier de la gare pour les accompagner dans leurs histoires, raconter un récit dans ce décor qu’ils connaissent si bien?

 Vue de la reconstitution de Venise à Esch-sur-Alzette, où le décor était présent entre 2001 et 2007. (Photo: Romain Girtgen)

 Vue de la reconstitution de Venise à Esch-sur-Alzette, où le décor était présent entre 2001 et 2007. (Photo: Romain Girtgen)

Enfin, la quatrième et dernière partie de l’exposition est dédiée à l’incroyable reconstitution de Venise à Esch-sur-Alzette. En 2001, plus de 300 artisans et ouvriers ont confectionné en quelques mois sur la friche industrielle de la Lentille Rouge un décor gigantesque imitant la Venise du 15e siècle pour les besoins du film «Secret Passage». Par la suite, ce décor de 22.500m² servira à d’autres tournages, et sera même retransformé en Delft pour les besoins du film «The Girl with a Pearl Earring». Il a été démantelé en 2007.

 «Ready. Set. Design.», jusqu’au 11 avril, tous les jours de 11h à 19h, entrée libre; visite guidée gratuite tous les samedis à 15h