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Analyse

La guerre commerciale reconfigure l’économie mondiale



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Anton Brender et Florence Pisani (Candriam) ne voient pas de récession à moyenne échéance. (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

En déclarant la guerre commerciale à la Chine et en menaçant le reste du monde, Donald Trump joue-t-il avec le risque de plomber la croissance mondiale? Anton Brender et Florence Pisani, économistes chez Candriam, perçoivent en tout cas une menace sérieuse.

«Avec l’extension des tensions commerciales et des menaces tarifaires, nous vivons un tournant de l’évolution des relations internationales.» De passage au Luxembourg pour faire part de leurs analyses sur la situation économique internationale de Candriam, Anton Brender et Florence Pisani, respectivement chef économiste et directeur de la recherche économique du gestionnaire d’actifs européen, voient durer les tensions entre les États-Unis et la Chine.

Les motivations de Trump

«C’est le fait majeur du moment. Il reconfigure l’économie mondiale et freine l’activité», observent-ils. Cette guerre commerciale qui implique au départ les deux premières économies de la planète, ils lui donnent deux dimensions. Une dimension commerciale: «Donald Trump entend voir se réduire son déficit commercial vis-à-vis de la Chine.»

Une dimension géopolitique: «Les États-Unis se sont rendu compte un peu tard qu’ils étaient devenus massivement dépendants de la Chine pour des technologies stratégiques.»

Et si cet environnement instable risque de s’installer durablement, comme Anton Brender et Florence Pisani le pensent, c’est justement parce que Washington entend réduire cette dépendance et que Pékin n’est pas prêt à faire un pas qui risquerait de porter atteinte à sa croissance.

«Désormais, il faut aussi tenir compte que, dans le chef du président américain, la menace commerciale devient un élément de politique extérieure», pointent les deux économistes de Candriam.

Dans le chef du président américain, la menace commerciale devient un élément de politique extérieure.

Anton Brender et Florence Pisani,  économistes,  Candriam

Une arme qui menace l’Europe et amène les banques centrales à modifier les politiques pour stimuler une économie internationale freinée par ces mesures.

Première cible de cette politique, la Chine commence à en ressentir les effets. Ses exportations sont freinées et ses entreprises technologiques souffrent de l’interdiction des firmes américaines de les fournir en équipement.

«Les autorités chinoises ont donc dû trouver de nouvelles voies pour soutenir l’économie alors qu’elles avaient quasiment atteint la limite», pointent les deux experts. «Cette fois, pour agir de manière plus ciblée, elles placent donc l’accent sur les petites entreprises et les ménages ruraux.»

Aux États-Unis, par contre, la mission de la Fed est désormais de faire ralentir la croissance alors que l’économie tourne à plein régime. Ayant pratiquement atteint les limites du plein emploi, poursuivre à un rythme de 3% de croissance par an comme en 2018 pourrait entraîner des soubresauts.

«La banque centrale américaine doit faire atterrir l’économie en douceur en 2020 à 2% de croissance. Mais le contexte commercial créé par la politique de Donald Trump freine aussi l’activité», notent Anton Brender et Florence Pisani, qui ne voient cependant pas venir de récession pour l’économie américaine. Rien que d’avoir annoncé qu’elle pourrait à nouveau abaisser les taux d’intérêt a poussé les taux longs à la baisse, ce qui détend les conditions de crédit. «La baisse des taux longs a donc fait le travail à la place de la Fed», notent les économistes.

Peu de marge de manœuvre en zone euro

Dans ce nouveau contexte des relations économiques internationales, c’est sans doute l’Europe qui trinque le plus. «Elle est au milieu de cette guerre commerciale et son économie, très exposée à l’international, ralentit déjà.»

Et, face à cela, Florence Pisani et Anton Brender constatent que la Banque centrale européenne «fait ce qu’elle peut». «Les taux sont déjà très bas et elle vient de repousser au printemps 2020 la possibilité de les remonter. Elle est donc à la limite.»

Mais le Vieux Continent devrait aussi pouvoir éviter une récession à moyen terme, estiment les spécialistes de Candriam. «L’emploi continue de progresser et les investissements des entreprises se poursuivent. L’évolution la plus probable est un régime de croissance faible, comme actuellement.»