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Une enquête de 10 ans

France Télécom et le procès du harcèlement moral



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Le Palais de justice de Paris sera le théâtre d’un procès qui devrait faire date dans la pratique des ressources humaines. (Photo: Shutterstock)

Six anciens dirigeants de France Télécom (Orange) sont convoqués devant le tribunal ce lundi 6 mai. Ils sont accusés de harcèlement moral après le suicide de 35 employés en 2008-2009.

C’est un procès-fleuve de deux mois qui s’ouvre en France ce 6 mai. Après 10 années d’enquête, les anciens hauts dirigeants de France Télécom – devenu Orange en 2013 – se retrouvent devant les juges. Ils sont accusés de harcèlement moral ou de complicité.

Pour rappel, en 2008-2009, pas moins de 35 employés de l’entreprise avaient mis fin à leurs jours. L’un d’eux avait mis en exergue «le management de la terreur» dans l’entreprise, ce qui avait permis d’ouvrir la voie à une enquête sur les pratiques des ressources humaines au sein du groupe.

Le PDG de l’époque (de 2005 à 2010), Didier Lombard, le numéro deux, Louis-Pierre Wenes, et quatre autres cadres risquent des peines de maximum un an de prison et 15.000 euros d’amende. Sans compter les indemnisations éventuelles des victimes. 40 parties civiles seront là pour attendre le verdict. Et, tout récemment, leurs avocats ont déposé une liste de 122 nouveaux plaignants.

Ne pas dépasser les limites

Au cœur du procès, la privatisation de l’opérateur historique de téléphonie, France Télécom, en 2004 et les plans mis en œuvre pour transformer l’entreprise et lui assurer la rentabilité. Une situation complexe pour le management, 65% du personnel étant sous statut de fonctionnaire et donc indéboulonnable.

22.000 départs sur 120.000 postes étaient toutefois programmés.

Pour Didier Lombard, il était nécessaire de «sortir de la position mère poule (...). Ce sera un peu plus dirigiste que par le passé.» Plus tard, il parlera d’une «mode des suicides», avant de s’excuser.

Ce procès devrait mettre en lumière les pratiques de harcèlement moral au travail, même si l’on ne parle pas, dans ce cas, d’un lien direct entre l’auteur et sa victime. Mais il devrait en tout cas faire date et être observé bien au-delà du périmètre de l’Hexagone.