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Horeca, culture & loisirs

En route vers la reconstruction



Vincent Bechet, CEO d’INOWAI, et Stéphanie Jauquet, fondatrice du restaurant Um Plateau et de la chaîne de restauration Cocottes. (Montage: Maison Moderne)

Vincent Bechet, CEO d’INOWAI, et Stéphanie Jauquet, fondatrice du restaurant Um Plateau et de la chaîne de restauration Cocottes. (Montage: Maison Moderne)

Lourdement affectés par la crise sanitaire du Covid-19, les secteurs de l’horeca, de la culture et du divertissement tentent aujourd’hui de rebondir, en déployant de nouveaux services, en s’appuyant sur les aides à leur disposition et en comptant sur la confiance des consommateurs.

Misant sur la responsabilité individuelle de chacun et sur un dépistage massif du Covid-19, le gouvernement luxembourgeois a entamé un déconfinement un peu plus rapide que les autres pays européens. De cette manière, il entendait permettre à chacun de retrouver un minimum de vie sociale et limiter au maximum les dégâts économiques. Le 29 mai dernier, après deux mois de fermeture, restaurants et cafés ont ainsi pu ouvrir à nouveau leurs portes.

En cette fin de mois d’août, la situation reste néanmoins encore compliquée pour beaucoup. «Heureusement, les clients fidèles sont de retour dans nos établissements. Nous pouvons aussi compter sur la clientèle de passage de l’été. Mais nous souffrons encore du télétravail, notamment au Kirchberg, à la Gare ou à la Cloche d’Or», reconnaît Stéphanie Jauquet, fondatrice du restaurant Um Plateau et de la chaîne de restauration Cocottes. Ces quartiers accueillent de nombreuses grandes entreprises, institutions bancaires et grands cabinets, notamment, qui pratiquent toujours le télétravail à large échelle. «Il y a effectivement des zones de la capitale qui sont toujours complètement désertées», poursuit Vincent Bechet, CEO d’INOWAI. «Certains occupants nous ont confié qu’ils n’envisageaient pas de retour à la normale avant le 1er janvier 2021

Pour les restaurants et bars, difficile de sortir la tête hors de l’eau dans ce contexte. En outre, nombre d’établissements ne peuvent tourner à plein régime en raison des restrictions sanitaires. «Plusieurs collègues m’ont fait part de leurs inquiétudes. Certains se donnent jusqu’à la fin du mois de septembre en espérant une amélioration de la situation, sans quoi ils risquent de devoir mettre la clé sous la porte», déplore Stéphanie Jauquet.

Innover, une nécessité

Pour tenter de sauver les meubles, le secteur de l’horeca doit s’adapter. De nouveaux services ont été imaginés durant le confinement, tels que la livraison de repas à domicile ou à emporter. «Ces solutions nous ont permis de continuer à faire tourner un peu la boutique. La crise sanitaire nous a forcés à repenser l’activité. Elle a par exemple permis de nous faire davantage connaître en tant que traiteur avec Cocottes. Aujourd’hui, nous gardons cette nouvelle clientèle. Il n’y a donc pas que du négatif», souligne Stéphanie Jauquet.

Le secteur culturel s’est lui aussi adapté, en proposant des vernissages virtuels, des expositions digitales, des séances de cinéma ou des représentations théâtrales en plein air. Du côté des loisirs, bien que la démarche soit plus difficile à mettre en place, on a vu naître des idées innovantes: escape game en ligne, cours de sport via internet, etc. Autant d’activités appréciées par les consommateurs et qui pourraient donc perdurer au sortir de la crise, si ces secteurs en souffrance parviennent à se redresser.

Soutien public et privé

Pour soutenir les entreprises et l’emploi dans les secteurs durement touchés par la crise sanitaire, à savoir l’horeca, la culture, le divertissement, le tourisme et l’événementiel, le gouvernement a mis en place un fonds de relance et de solidarité octroyant une aide financière mensuelle.

Des propriétaires immobiliers ont également apporté leur coup de pouce. «Certains ont suspendu ou réduit leurs loyers durant le confinement. Le gouvernement encourage désormais les bailleurs à poursuivre cette réduction grâce à un abattement fiscal correspondant à deux fois le montant de la réduction de loyer accordée, jusqu’à hauteur de 15.000 euros», explique Vincent Bechet.

Bien que saluées, les aides apportées ne seront pas suffisantes pour certains. «La plupart d’entre elles sont remboursables. Or, c’est maintenant que nous sommes à court de trésorerie. Il nous faut les rembourser, alors que la machine n’est pas encore totalement relancée», regrette Stéphanie Jauquet.

Vers une baisse des loyers commerciaux

Les faillites et fermetures de certains commerces vont créer des chancres. «Des locaux commerciaux vont se libérer. Cela a déjà commencé à la Gare, notamment», confie Vincent Bechet. Si le télétravail se maintient à grande échelle et que les restrictions en la matière pour les frontaliers s’assouplissent, les bureaux resteront partiellement vides au sortir de la crise, entraînant une diminution du nombre de consommateurs dans les quartiers autrefois les plus fréquentés de la ville. «On peut concevoir que des commerces s’ouvrent en périphérie ou dans les zones résidentielles, où seront les télétravailleurs. Leur réussite est cependant compromise. Dans le domaine, le succès dépend le plus souvent d’une certaine masse critique de consommateurs», poursuit le CEO d’INOWAI.

«Une chose est sûre, il y a un risque réel de voir les niveaux de loyer diminuer dans les prochains mois, résultat implacable de la loi de l’offre et de la demande», explique Vincent Bechet.

L’indispensable retour du consommateur

La crise sanitaire n’arrête toutefois pas les projets. Stéphanie Jauquet a ouvert une nouvelle boutique Cocottes en juillet, deux autres sont prévues avant la fin de l’année. «Il s’agit d’un véritable choix de relance post-crise, avec encore quelque chose de nouveau en matière d’aménagement, et dont l’objectif est également de maintenir l’emploi chez Cocottes», précise-t-elle. Avec son équipe, elle réfléchit aussi déjà à des alternatives pour les repas de fin d’année. «Nous n’avons pas d’autre choix que de chercher de nouveaux marchés, de créer nous-mêmes nos opportunités», confie-t-elle. 

Au-delà des aides gouvernementales, la confiance des consommateurs sera aussi primordiale dans les semaines et mois à venir. D’après l’enquête mensuelle réalisée par la Banque centrale du Luxembourg, l’indicateur de confiance des consommateurs a marqué une nette reprise au mois de juin. «Nous devons continuer à vivre. Bien sûr, il est essentiel de se protéger et de protéger les autres, mais nous devons apprendre à vivre avec le virus», estime Vincent Bechet.

Durant le confinement, les ménages ont constitué une épargne forcée. Les dépôts à vue dans les banques luxembourgeoises des ménages résidents ont augmenté de 850 millions par rapport à la tendance moyenne des 12 mois précédents. Reste à espérer que celle-ci ne se limitera pas à une épargne de précaution et qu’elle aidera à la relance économique du pays.

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