POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

perspectives économiques

La croissance repart, la productivité inquiète



245256.jpg

Serge Allegrezza a rappelé qu'un gros travail d'analyse de la productivité du pays restait à faire. (Photo: LaLa La Photo, Keven Erickson, Krystyna Dul/Archives)

Le Statec a présenté sa première Note de conjoncture 2019, qui donne les prévisions à moyen terme des évolutions de l'économie luxembourgeoise. D'un côté, la croissance restera bonne et les finances publiques excédentaires. De l'autre, la très faible croissance de la productivité inquiète. 

La Note de conjoncture du Statec est toujours très attendue. C'est en effet un peu le bulletin de la santé économique du pays, qui fait le bilan des mois passés et, surtout, donne les perspectives pour ceux à venir.

Brexit et tensions internationales

Au niveau des bonnes nouvelles qui se dégagent des 92 pages très détaillées du Statec, il y a sans aucun doute la reprise de la croissance. De près de 3% en 2018, elle a été touchée par les tensions internationales et la faiblesse du commerce mondial.

Du coup, les prévisions ont été revues à 2,7% pour cette année. «La croissance luxembourgeoise est surtout portée par le domaine non-financier», explique Bastien Larue, responsable de l'unité Conjoncture au Statec. «C'est dans le domaine du transport, et notamment du transport aérien, que les chiffres sont les moins bons en 2018. C'est en phase avec ce qui se passe au niveau international. La baisse de production industrielle et le ralentissement du marché de l'emploi se remarquent aussi au niveau européen. Mais il faut évidemment relativisier: la croissance moyenne en Europe pour 2019 est attendue à hauteur de 1,2%.»

Ferdy Adam, chef de l'unité Conjoncture rappelle pour sa part que «cette reprise est peut-être un peu aussi de nature technique car les moyennes annuelles ont été tirées vers le bas fin 2018 et début 2019».

Le Luxembourg reste néanmoins un excellent élève. Mieux même: la croissance devrait passer le cap des 3% en 2020, peut-être 3,3%. «Mais cela reste en partie tributaire de la situation internationale. Cette hausse de la croissance postule un Brexit avec un accord et une chute des tensions commerciales entre la Chine et les USA. Dans les deux cas, ce n'est pas gagné», dit encore Bastien Larue.

La bonne forme des finances publiques

Les finances publiques restent aussi en bonne forme. Certes, les recettes de l'Etat qui étaient de +9,1% en 2018 n'augmenteront plus que de 6,6% en 2019 et 3,3% en 2020. Mais les dépenses devraient aussi ralentir à +5% en 2019 et 2020. Du coup, le solde des finances publiques qui était de 2,4% du PIB en 2018 se rapprochera des 3% cette année, avant de retomber à 2,1% en 2020.

La progression des prix à la consommation a accéléré au Luxembourg, dépassant celle de la zone Euro. L'inflation devrait rester de l'ordre de 1,8% cette année et de 1,6% l'année prochaine. L'indexation de 2,5% des salaires et des pensions prévue au quatrième trimestre de cette année reste à l'ordre du jour.

Le ralentissement de la création d'emplois ne suffit pas à expliquer la hausse du chômage, il est trop léger pour cela. 

Serge Allegrezza,  Directeur du Statec

Enfin, depuis 2018 les créations d'emploi au Luxembourg accusent une perte de vitesse, sauf dans les secteurs financier et de la construction. Et après une baisse longue de 4 ans, le chômage est aussi reparti à la hausse depuis janvier dernier.

«Mais le ralentissement de la création d'emplois, qui va se poursuivre jusqu'en 2020, ne suffit pas à expliquer cette hausse du chômage, il est trop léger pour cela», explique Serge Allegrezza , directeur du Statec. «Sans doute l'introduction des nouvelles modalités du Revis joue-t-elle un rôle.» Difficile donc de savoir comment cet effet technique influera encore sur les chiffres au cours des prochains mois, qui ternissent en tout cas le diagnostic économique «puisque le taux de chômage est un indicateur de premier plan».

0,3% de croissance de la productivité entre 1995 et 2017

Le Statec a aussi mené une analyse sur la productivité horaire au Luxembourg et sa croissance. Dans l'absolue, cette productivité est excellente: en une heure de travail le Luxembourg produit 65 euros de valeur ajoutée contre 42 euros en moyenne pour les pays voisins.

«Nous sommes de loin le numéro 1 en Europe, et avec une belle avance», analyse Serge Allegrezza. Mais c'est la croissance de cette productivité qui pose problème. «Le Luxembourg est comme un coureur cycliste échappé du peloton, qui a une belle avance mais qui voit celle-ci diminuer petit à petit», illustre Ferdy Adam, chef de l'unité Modélisation et prévisions. En effet, la productivité a augmenté de 0,3% au Luxembourg entre 1995 et 2017. Mais de 1,2% en Belgique, 1,3% en France et 1,6% en Allemagne.

L'analyse du Statec démontre que les changements structurels et la variation de la taille relative de branches (commerce, industrie...) qui enregistrent une forte variation de leur productivité ne contribuent que marginalement au décroche de la productivité luxembourgeoise par rapport à celle de ses voisins.

C'est la différence de performance de la productivité dans certaines branches qui est à pointer du doigt. «La moitié du décrochage émane de la contre-performance de la productivité de l'industrie manufacturière, notamment dans les domaines de la métallurgie, du travail du bois, de l'industrie automobile et de l'industrie alimentaire. Le reste de la divergence provient de la différence de performance de productivité dans les branches de l'information et de la communication, di commerce...», détaille le Statec.

Le noeud du problème n'est pas la valeur ajoutée qui auarit progressé moins vite au Luxembourg, mais bien car cette hausse de la valeur ajoutée a été relativement faible par rapport à celle des heures de travail. «Toutes ces explications sont en fait des mesures», commente encore le directeur du Statec. «Or, comme nous sommes dans une économie de service cela reste aléatoire.» D'autant que «que des phénomènes  existent et on n'arrive pas toujours à bien se les expliquer. Un gros travail de mesures et d'explication reste à faire.» En tout cas, l'évolution de la productivité «continue à nous poser un problème». 

Six mesures pour 200 millions d'euros

Le Statec, comme il s'y était engagé en mars, a aussi évalué l'impact des différentes mesures prises par le gouvernement. Ceci afin de quantifier l'impact macroéconomique de la hausse des accises, de la gratuité du transport public, de l'accord salarial dans la fonction publique, de la baisse de l'impôt ds sociétés, de la hausse du salaire minimum et de la réduction de la durée du temps de travail. Séparément elles seraient non significatives pour le Statec car ne dépassant pas les 60 millions d'euros. «Mais ensemble, elles représentent 200 millions d'euros», dit Ferdy Adam. La conclusion, même si des incertitudes subsistent: l'impact expansif des mesures serait assez limité (0,2% du PIB), tout comme le coût budgétaire (0,2 à 0,3% du PIB).  «Une fois implémentées, ces mesures se financent en partie par elles-mêmes, l'impact net sur le solde public restant cependant légèrement négatif», indique le Statec.