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«Covid-19: qu’en est-il des paiements?»


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La crise du covid et son confinement ont eu un impact significatif sur l’activité économique et nos interactions sociales. Mais encore, cette période tourmentée ouvre un nouveau chapitre sur la digitalisation incontournable de notre économie. Plus spécifiquement au cours des derniers mois, ceci s’est traduit par un boom de l’e-commerce et, par extension, de l’utilisation massive de moyens de paiement digitaux ouvrant ainsi la voie à de nouvelles innovations et à de nouveaux modes de consommation et de financement.

Avant la crise, le secteur du paiement se portait relativement bien. En 2019, les transactions de fusions/acquisitions étaient en forte hausse, et l’attente d’une progression des transactions de paiement sans cash était croissante. «Nous sentions cette transformation se profiler concrètement, générant un attrait prononcé de la part des investisseurs. Le contexte était très positif et tout le monde gagnait. Nous voyions par ailleurs une croissance des transactions dans les points de vente et une croissance modérée mais continue des transactions sur internet», explique Gaël Denis, Partner TMT* & Fintech Leader chez EY.

L’e-commerce en forte augmentation

Avec la crise sanitaire, l’e-commerce a vu ses volumes de vente fortement s’accélérer avec des niveaux dignes d’un mois de décembre et des taux de croissance observés de plus de 30% sur les mois de mars et avril. Nous avons également observé un changement dans la composition des paniers de commande orientés davantage vers des produits de première nécessité, notamment ceux liés à la santé ou à l’alimentation. «Ce qui est intéressant, c’est que l’évolution du mix de produits vendus est certainement le reflet d’une nouvelle clientèle qui a adopté les transactions de l’e-commerce. C’est encore plus intéressant qu’une croissance à périmètre constant.» Les paiements en ligne ont donc également augmenté.

Par conséquent, la valeur totale des paiements générés au niveau des points de vente a chuté. «Les opérateurs dont le cœur de métier est le paiement au point de vente ont subi une baisse importante pouvant dépasser les 80% durant la période de confinement avec des résultats différents selon les pays.» Depuis la levée de ce confinement, un rattrapage rapide dans ces points de vente est observé, mais nous restons loin d’un retour à la normale.

Les monnaies virtuelles se démarquent

Dans les jours précédant le confinement, les cours des principales monnaies virtuelles se sont effondrés, donnant l’impression qu’elles suivaient une tendance générale et n’étaient pas à l’abris des conséquences d’un krach. «Au final, nous avons observé juste après un inversement de cette tendance. Le volume des transactions des monnaies virtuelles durant le confinement s’est envolé et a fortement augmenté, une tendance qui ne semble pas se ralentir depuis le déconfinement. Néanmoins, il est important de mentionner que l’avenir des monnaies virtuelles est lié à la digitalisation et à l’adoption de certains processus comme celle des technologies de blockchain.».

Une crise synonyme d’opportunités

La crise a entraîné des modifications importantes dans le secteur du paiement. «La plus visible est l’accélération des transactions cashless. Les paiements par carte, même sur des petites transactions, sont de plus en plus adoptés. Les solutions de paiement par carte bancaire digitalisée à travers le téléphone ou la montre sont en très forte augmentation». Avec la crise du covid, l’ambition de réduire l’usage du cash s’est accéléré avec par exemple une diminution de plus de 50% des retraits pendant la période de confinement. «La demande et l’adoption par les consommateurs de moyens de paiement sans contact vont s’accélérer et se généraliser.»

Les sociétés Fintech ont, quant à elles, pu développer de nouveaux services ou réadapter leurs modèles d’affaires. Aller vers une société plus électronique nécessite également d’avoir des processus d’exécution des transactions plus fluides pour le consommateur. «Les PME et TPE sont particulièrement exposées aux problématiques de manque de liquidité. Or, la hausse des demandes de transaction d’e-commerce nécessite aussi pour le marchand de pouvoir se fournir et d’acheter des produits qu’il doit revendre. Cette crise est une opportunité pour les sociétés Fintech de fournir les liquidités nécessaires au marchand pour assurer l’achalandage et de l’aider dans les démarches administratives quotidiennes (déclaration et récupération de la TVA).»

Les offres de service de paiements de factures en ligne par les acteurs du paiement vont aussi se généraliser, accélérant la disparition progressive du cash et améliorant la gestion des liquidités de la part des entreprises.

Nouvelles relations avec les banques

Avec la crise, les banques, quant à elles, ont basculé en faveur du télétravail pour continuer à fonctionner et permettre à leurs employés de travailler. À l’avenir, une réflexion va donc être menée sur l’utilisation de leur réseau d’agences et l’accélération de leur digitalisation ainsi que sur le développement et la monétisation de services innovants via des stratégies de partenariats accrues avec les Fintechs qui, dans une phase post-crise, auront besoin de financements externes autres que ceux provenant des fonds «VC» par exemple. «L’accélération de la transformation digitale de ces agences va potentiellement les conduire à accélérer leur partenariat avec les Fintech et à envisager des acquisitions ou des investissements dans ces sociétés.»

*Telecommunications, Media & Technology