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Nouvelle tendance

Le co-living a-t-il un avenir au Luxembourg?



Robby Cluyssen de JLL a répondu aux questions de Paperjam Architecture + Real Estate sur le co-living. (Photo: JLL)

Robby Cluyssen de JLL a répondu aux questions de Paperjam Architecture + Real Estate sur le co-living. (Photo: JLL)

Dans les grandes villes, un nouveau mode d’habitat se fait de plus en plus présent: le co-living. Ce type d’habitation partagé a-t-il un avenir au Luxembourg?

La question du logement présente de nombreux défis. Dans les villes où le marché immobilier est tendu, trouver un logement relève souvent du parcours du combattant.

Cela se complique encore plus pour les personnes en transition, entre deux étapes de leur vie, ou qui bénéficient d’un contrat temporaire dans une ville qu’ils ne connaissent pas. Occuper alors un appartement en location classique pour seulement quelques mois relève du défi. C’est pour combler ce besoin de logement de courte durée et de manière flexible que l’offre de co-living s’est développée, un modèle d’habitat partagé qui se situe entre la colocation et l’hôtellerie.

Le co-living, qu’est-ce que c’est?

«Le co-living consiste à partager une grande surface d’habitation qui se répartit entre espaces privés et surfaces et équipements collectifs pour une durée flexible, mais qui est censée rester courte», explique Robby Cluyssen, senior consultant chez JLL Residential. «Ce sont des logements qui offrent un haut niveau de service et donnent accès à une vie en communauté.» En plus des espaces privés, les co-livers peuvent en effet profiter par exemple d’une salle de cinéma, d’une salle de sport, d’un espace de coworking, d’une bibliothèque, un bar… qui complètent les cuisines et salons partagés. Généralement, un community manager prend en charge l’organisation d’événements pour les co-habitants, comme des soirées musicales, des conférences, des cours divers et variés. «Cela permet à des personnes seules de tisser une vie sociale, même dans une ville où elles viennent d’arriver, tout en profitant d’un logement clés en main», détaille Robby Cluyssen.

Des logements pour les nomades

Ce type de logement s’adresse principalement aux étudiants (18-25 ans) qui ont pris l’habitude de faire leurs études à l’étranger avec le programme Erasmus, et aux professionnels (20-50 ans) qui acceptent un premier emploi loin de leur résidence familiale ou qui cherchent un pied-à-terre dans les capitales où se partage leur vie professionnelle. On y croise aussi des expatriés qui n’ont pas encore trouvé de lieu de résidence fixe, des «nomades numériques» plus attachés à une bonne connexion wifi qu’aux murs d’un salon. «Les personnes qui choisissent le co-living apprécient généralement le mélange intergénérationnel qui s’y passe et l’idée de pouvoir retrouver une communauté», complète Robby Cluyssen. Toutefois, cela a un prix, qui est plutôt élevé.

Un logement «all-inclusive»

Les prix des loyers comprennent non seulement l’accès à l’espace privé et aux parties communes, mais également des forfaits pour les consommables, comme l’électricité, le chauffage, l’eau, mais aussi l’accès à internet, le linge de maison, le ménage dans les parties communes… À cela peuvent encore s’ajouter d’autres services, comme la réception de colis, la location de vélos, un espace de restauration sur place ou un coach sportif…

Ces logements, dont les parties privées seront relativement petites (généralement entre 10 et 15m2), sont loués au-dessus du prix du marché grâce à l’offre «all-inclusive» qui y est attachée. C’est un modèle inspiré du monde hôtelier qui libère les «co-livers» de toute tâche administrative.

Une nouvelle manière d’habiter

Ce type d’habitat est finalement la conséquence assez logique des nouveaux modes de vie hautement numérisés et des nouvelles habitudes prises avec l’apparition de l’économie du partage. Il permet également une densification des espaces de logement, ce qui peut être une bonne chose au vu des difficultés que nous rencontrons en milieu urbain. «Actuellement, nous estimons à 23.000 le nombre de lits en co-living existant ou en développement en Europe, dont 60% ont été développés ces deux dernières années», explique Robby Cluyssen. «Au Royaume-Uni, l’offre de co-living existant représente déjà 15%, et 85% sont attendus en livraison dans les deux prochaines années. Il y a un vrai intérêt pour ce type de logement.»

Un nouvel investissement financier

«Le co-living connaît un grand succès dans plusieurs capitales en Europe, comme Amsterdam, Londres ou Paris», précise Robby Cluyssen. Des sociétés se sont spécialisées dans le développement de ce type de résidence: WeLive – filiale de WeWork, Quarters, Roam, The Common, The Collective, Hmlet, Lyf, Colonies, Norm… Dans les projets en développement, la taille moyenne des espaces de co-living est de 250 lits ou plus.

Aujourd’hui, le co-living n’est plus un phénomène marginal, mais est en train de devenir un nouveau type de produit immobilier qui intéresse les investisseurs. «Les jeunes sont beaucoup plus mobiles qu’avant, et les investisseurs l’ont bien remarqué. Ce type de nouveau produit les intéresse donc pour diversifier leur portefeuille.»

Un avenir au Luxembourg?

Partout dans le monde, on prévoit une augmentation de la population urbaine. Luxembourg ne fait pas figure d’exception sur ce point. Aussi, le co-living peut devenir une des solutions pour diminuer les problèmes de logement au Grand-Duché. «Un projet est en cours de développement en ce sens à Differdange, dans le projet Gravity», précise Robby Cluyssen. «Dans ce projet mixte qui comprend des logements, des bureaux et des commerces, on trouvera un espace de co-living comptant 25 unités privées sur un plateau de 8.000m2, dont 80m2 seront réservés aux espaces communs. Aujourd’hui, la nouvelle génération est déjà habituée à trouver ce type de logement dans les autres capitales européennes. Elle attend donc ce type d’habitat aussi au Luxembourg. C’est donc certain que des projets vont voir le jour au Luxembourg dans les années à venir.»

Mais à l’heure actuelle, la réglementation fait encore défaut. «Au Luxembourg, la législation ne permet pas de mettre en place ce type de logement. Il reste des questions sur la durée des baux et sur la domiciliation fiscale. Mais l’État est volontaire pour faire évoluer la loi. Le ministre du Logement, Henri Kox, a précisé qu’une nouvelle législation sur la cohabitation devrait bientôt être discutée.»

Toutefois, le co-living est-il vraiment une solution pour les jeunes urbains en recherche de vie sociale, ou juste une nouvelle façon masquée de profiter de la crise du logement? Des avis critiques émergent déjà au niveau international. Il conviendra donc d’être prudent dans la mise en place de ces nouveaux logements et de ne pas créer des logements minuscules, mais qui semblent alléchants, car superbement emballés d’un point de vue marketing.