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investir pour le long terme

Le cerveau et les biais comportementaux



Au cours des dernières années, la finance comportementale a attiré de plus en plus d’attention dans ce domaine. (Crédit: Capital Group)

Au cours des dernières années, la finance comportementale a attiré de plus en plus d’attention dans ce domaine. (Crédit: Capital Group)

Bien qu’il n’y ait que des avantages à investir à long terme, il faut plus que de la conviction ou de la force de caractère pour adopter et maintenir une telle approche, surtout lorsque vous êtes confronté à la nature humaine. Des études approfondies ont révélé certaines tendances pertinentes dans notre comportement, qui sont dictées par l’émotion humaine et la façon dont nos cerveaux fonctionnent.

Mis à part les surhumains parmi nous, nous pouvons tous comprendre que, parfois, nous prenons des décisions que nous pensons raisonnables, mais qui ne sont en fait pas fondées sur des preuves solides, ou même qui peuvent être (souvent) complètement irrationnelles. Au cours des dernières années, la finance comportementale a attiré de plus en plus d’attention dans ce domaine, et il existe dans ce contexte trois biais cognitifs qui influencent profondément la façon dont les gens pensent l’investissement.

Ancrage

Les gens ont tendance à se concentrer et à dépendre fortement du premier élément d’information qu’ils reçoivent sur une entreprise ou un actif, en l’utilisant comme référence. Toutes les informations futures sont ensuite évaluées par rapport à ce premier point d’ancrage.

Biais de confirmation 

Généralement, il nous est facile de rejeter un élément de preuve qui ne correspond pas à notre opinion initiale et d’accepter plutôt les informations qui soutiennent notre hypothèse du début.

Biais de disponibilité cognitive  

Contrairement à l’ancrage, ce biais-ci décrit la tendance à être davantage influencé par les dernières informations reçues – plus présentes, car récentes dans notre esprit – que par le fait de soupeser de manière équitable toutes les informations disponibles.

«La présence de ces biais comportementaux a été illustrée au cours des derniers mois, avec la forte chute et puis la forte hausse des marchés. En raison de ces biais, les investisseurs sont souvent amenés à prendre des décisions qui influencent le rendement à long terme de leurs investissements», explique Martyn Hole, directeur des investissements chez Capital Group.

Il y a des moyens de contrer ces biais, des méthodes alternatives pour nous assurer qu’ils n’interfèrent pas, mais ils feront toujours partie de nos impulsions. Par exemple, des essais conduits avec une intelligence artificielle (IA) ont révélé un biais de confirmation chez les médecins: le taux de réussite dans le diagnostic de maladies en utilisant l’IA était meilleur que celui de la plupart des êtres humains. L’IA évalue uniquement les éléments de preuve factuels au fur et à mesure qu’ils arrivent, et évite ainsi complètement le biais de confirmation des humains.

En raison de ces biais, les investisseurs sont souvent amenés à prendre des décisions qui influencent le rendement à long terme de leurs investissements.
Martyn Hole

Martyn Hole,  directeur des investissements,  Capital Group

La peur d’une perte face à la promesse d’un gain

En ce qui concerne l’investissement, M. Hole déclare: «Nous sommes plus ‘motivés’ par la peur d’une perte que par la promesse d’un gain, ce qui a un impact énorme sur la prise de décisions dans l’investissement.» L’article sur l’économie et la finance comportementale des lauréats du prix Nobel Kahneman et Tversky [1] a ainsi révélé que les gens sont beaucoup plus sensibles aux pertes qu’aux gains. Dans leurs expériences, ils ont mis en balance un gain potentiel face à un risque d’une perte. Lorsqu’on donne le choix aux participants entre un gain garanti de 10.000EUR et le risque d’une perte de 10.000EUR, les gens ont tendance à être plus motivés par l’idée d’éviter la perte.

En fait, cette équipe de chercheurs a découvert que les gens étaient 2 à 2,5 fois plus motivés par la peur d’une perte que par la perspective d’un gain: l’utilité plus élevée d’une perte les influençait davantage que la possibilité d’un gain. «Nous observons tout le temps des signes de ces influences sur le comportement des gens. Les gens ont tendance à acheter à des moments inappropriés – ils achètent de manière enthousiaste lorsque le marché est très élevé et vendent quand il est très bas parce qu’ils craignent les pertes», note M. Hole.

Rester investi

Les exemples sont innombrables. Dans la période de la bulle TMT (technologie, médias, télécoms) en 1999 et 2000, les investisseurs américains ont investi environ des milliards de dollars dans des fonds américains, au sommet du marché. En 2002, par contre, il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs. «Si vous regardez les flux d’entrée et de sortie sur les fonds aux États-Unis et que vous les comparez à ce qui s’est passé sur le marché boursier au cours des 12 mois précédents, il y a presque une parfaite corrélation. Lorsque le marché boursier est en hausse sur 12 mois, les gens investissent de l’argent, et quand il baisse sur ces 12 mois, ils le retirent. Il ne fait aucun doute qu’au cours des derniers mois, les investisseurs individuels en particulier auront montré ce même type de comportement, car ils ont tendance à craindre les pertes et à vendre au plus bas, plutôt qu’à saisir l’opportunité d’une baisse pour acheter.»

Les gens ont tendance à acheter à des moments inappropriés – ils achètent de manière enthousiaste lorsque le marché est très élevé et vendent quand il est très bas parce qu’ils craignent les pertes.
Martyn Hole

Martyn Hole,  directeur des investissements,  Capital Group

Cela ne veut pas dire que les investisseurs institutionnels et les entreprises évitent cette erreur. Si l’on examine les données américaines sur le comportement des entreprises par rapport aux programmes de rachat d’actions, la meilleure année en termes de rachats d’actions a été 2007, et l’une des plus basses a été 2009.

M. Hole se souvient d’une entreprise allemande qui a adopté une nouvelle politique: elle a mis en place la stratégie de moyenne d’achat («dollar-cost averaging») pour son programme de rachat d’actions. Cette stratégie d’investissement est souvent choisie par les investisseurs pour réduire l’impact de la volatilité sur l’achat global. Mettre de l’argent dans le marché régulièrement donne généralement de meilleurs résultats que d’essayer de trouver le moment parfait pour acheter. Ils ont ainsi économisé 250 millions EUR pour leurs actionnaires. La conclusion? Restez dans le marché et investissez régulièrement. Si les actions chutent, les investisseurs ont l’opportunité d’acheter plus d’actions à des prix meilleurs.

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Martyn Hole est directeur des investissements «actions» chez Capital Group. Il dispose d’une expérience de 38 ans dans le secteur financier, et a rejoint Capital Group il y a 17 ans. Avant cela, Martyn a travaillé chez JPMorgan AM. Martyn, base à Londres, est diplômé de l’université de Cambridge, et détient un CFA. 

[1] Kahneman, D. et Tversky, A. (1979). «Théorie des perspectives: une analyse de la décision sous risque»