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L’avenir appartient aux zones frontalières



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Les deux Luxembourg, le belge et le grand-ducal, partagent des valeurs communes. Une bonne entente est une garantie d’un rapport «gagnant-gagnant». (Photo: Shutterstock)

Les deux cousins que sont les deux Luxembourg, le belge et le grand-ducal, ont un grand intérêt à poursuivre et intensifier les collaborations. La marge de progression des deux territoires, notamment dans le domaine économique, est en effet toujours extrêmement importante.

Alors que la  Fondation Idea publiait une étude sur la nécessité pour le Grand-Duché de développer ses relations avec les régions frontalières , une «Réflexion pour un avenir souhaitable» entre les deux Luxembourg était le sujet d’une soirée-débat organisée au garage Bilia-Emond d’Arlon par les Rotary Clubs Attert-Sûre et Semois, de Bastogne et de Neufchâteau.

Les organisateurs voulaient cependant éviter que le parterre composé de nombreux entrepreneurs transfrontaliers ait droit à une nouvelle litanie de lieux communs ou de simples déclarations formelles. Pour évoquer le potentiel de deux Luxembourg, ils avaient donc convié à débattre, pour le volet institutionnel, Olivier Schmitz, le gouverneur de la province de Luxembourg.

Mais aussi des entrepreneurs qui connaissent parfaitement bien les deux côtés de la frontière:  Michèle Detaille  (Alipa Group et présidente de la Fedil),  Christianne Wickler  (Pall Center) et Philippe Emond (Groupe Bilia-Emond).

Olivier Schmitz, gouverneur d’une province très grande, peu peuplée et rurale, estime que «pour réussir à faire évoluer un territoire rural, il faut, d’une part, miser sur le numérique, et d’autre part, que les pôles de la province de Luxembourg tiennent compte de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière».

D’un point de vue sociologique, l’entente devrait être parfaite. «Plus que cousins, nous sommes frère et sœur», analyse Christianne Wickler. «Nous avons les mêmes valeurs. C’est une chance alors que l’Europe soit une construction fortement économique. Dès lors, selon moi, l’Europe des régions peut être source d’innovation. Et pour les deux Luxembourg, cheminer main dans la main est une relation ‘win-win’.»

Nous, Luxembourgeois, nous nous comprenons mieux avec les Belges qu’avec les Français ou les Allemands.
Christianne Wickler

Christianne Wickler,  administratrice,  Pall Center

Comment mieux faire encore? «Faisons de la province de Luxembourg une zone franche», pense Christianne Wickler. «Pourquoi pas? En Belgique, vous devez en tout cas réagir, car le Grand-Duché est occupé à vider votre bassin de compétences. Il faut se donner cette capacité d’améliorer nos collaborations, la mise en commun de nos compétences.»

Ce ne sera pas pour demain, «peut-être dans 20 ans. Le chemin sera social, politique, économique et écologique. Mais les deux Luxembourg y ont intérêt. Soyons de bon compte: si on ne parle pas la même langue, nous, Luxembourgeois, nous nous comprenons mieux avec les Belges qu’avec les Français et les Allemands.»

La problématique du recrutement

Philippe Emond est plutôt favorable à cette idée. «Une zone franche? Pourquoi pas... Cela existe ailleurs», dit-il. Mais à ses yeux, le grand défi transfrontalier sera l’aide à l’acquisition de logement. «Je vois à quel point mes employés ont du mal à trouver un logement à acheter. Le Grand-Duché est trop cher, Arlon ou Attert le sont devenues aussi. Ils vont de plus en plus loin, sont repoussés. Le potentiel humain est énorme dans la région, mais nous devons éviter que ces gens passent leur temps sur les routes. Il faut trouver des moyens pour qu’ils ne vivent pas trop loin de leur lieu de travail.»

Michèle Detaille explique, pour sa part: «Quand on engage quelqu’un dans mon entreprise, on lui demande maintenant où il compte vivre. On sait que si le temps sur la route est trop long, cette recrue finira par partir. C’est la raison pour laquelle j’ai peu de Français dans mes équipes. Ce n’est pas une question de nationalité, évidemment, car ce qui compte, ce sont les compétences et les ‘soft skills’. Mais si on a ouvert des bureaux dans le nord du Grand-Duché, c’est pour faciliter la vie de nos employés belges.»

Car le recrutement de personnel reste aussi un enjeu pour le développement des deux Luxembourg. «Cela reste compliqué. D’autant qu’il y a une presque parfaite inadéquation entre les formations et les emplois libres. On manque tous peut-être aussi un peu de courage quand il faut se dire qu’il faut aller là, faire cela pour gagner sa vie», complète Michèle Detaille.

Le Luxembourg belge a gardé sa ruralité et a à cœur la valeur qu’est le travail.
Philippe Emond

Philippe Emond,  groupe Bilia-Emond

Philippe Emond relève en effet que «la flexibilité au niveau de la mobilité est plus grande chez les Français, plus naturelle. Ils sont élevés dans cet environnement, c’est ainsi. Par contre, l’atout de la province de Luxembourg est d’avoir gardé son caractère rural. On a cultivé notre ardeur d’avance. Nous sommes des gens éduqués, formés, qui en plus avons à cœur la valeur du travail.»

Tandis que Christianne Wickler estime qu’«il faut être fier de ses forces et conscient de ses faiblesses. Pour gagner l’Eurovision, il était évident que le Luxembourg devait faire appel à France Gall! Si on veut faire impression chez les nains, il faut rester le plus petit.»

Il y a peu de territoires en Europe où les citoyens ont autant d’intérêt pour leurs voisins, ce qu’ils font et leur potentiel.
Olivier Schmitz

Olivier Schmitz,  gouverneur de la province de Luxembourg

Tous estiment en tout cas que le potentiel de développement est important entre les deux Luxembourg, particulièrement dans les zones frontalières. «Moi, je suis très optimiste», a conclu le gouverneur Olivier Schmitz. «Bien entendu, il y a une richesse à double vitesse et inégale de part et d’autre de la frontière. Mais il y a, en Europe, très peu de territoires où les citoyens ont autant d’intérêt pour leurs voisins, ce qu’ils font et leur potentiel. L’avenir appartient à ces territoires-là.»