PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

LA CHRONIQUE DES CHEFS ÉCONOMISTES

Vent de panique… ou de réalisme



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Philippe Ledent, senior economist ING Belux. (Photo: Maison Moderne / archives)

Chaque semaine, Paperjam vous propose le regard d’un chef économiste d’une institution bancaire ou financière sur l’actualité des marchés et de l’économie. Aujourd’hui, Philippe Ledent, senior economist chez ING Belux, se penche sur les prévisions économiques de l’OCDE et de la BCE pour l’année 2019.

La semaine écoulée a surtout été marquée par la révision assez spectaculaire des prévisions économiques tant de l’OCDE que de la BCE. Dans le cas de l’OCDE, la prévision de croissance de 2019 pour l’ensemble de la zone euro a été baissée de non moins de 0,7 point de pourcentage. Elle passe donc de 1,7% à 1,0%. En 2020, l’OCDE prévoit une croissance d’à peine 1,2%. Même son de cloche de la part de la BCE, qui, lors de sa réunion de politique monétaire de ce jeudi, a fait passer sa prévision de croissance pour la zone euro de 1,7% à 1,1%. En 2020, la BCE s’attend à une croissance de 1,6%.

Les niveaux de croissance attendus cette année par ces deux institutions ne sont pas choquants en soi. En fait, la plupart des prévisionnistes s’attendent depuis un moment à une croissance faible en 2019, de l’ordre de celle prévue dans les nouvelles projections. Par contre, il est assez rare que de telles institutions révisent à ce point leurs prévisions.

Le message donné par les institutions internationales est donc clair: il ne faut pas s’attendre à un retour à des niveaux de croissance solides à court terme.

Philippe Ledent,  senior economist,  ING Belux

Elles savent en effet que de tels mouvements peuvent semer le doute, notamment auprès des investisseurs: «Si la BCE révise à ce point ses prévisions, c’est que la situation économique est vraiment mauvaise», se disent probablement beaucoup d’investisseurs à ce jour.

D’autant plus que les prévisions sont révisées à la baisse pour les trois prochaines années. Le message donné par les institutions internationales est donc clair: il ne faut pas s’attendre à un retour à des niveaux de croissance solides à court terme. C’est un sacré coup de tonnerre.

En conséquence, la BCE ne pouvait rester inactive. Elle a donc décidé de renforcer sa stratégie de soutien à l’économie selon deux axes: d’une part, elle ne remontera pas ses taux avant 2020. À vrai dire, une telle décision était déjà dans notre scénario. Mais le fait de la confirmer fixe davantage les anticipations des marchés.

Les cours de bourse des banques ont plié, car la perspective de taux très bas pour très longtemps ne leur est pas vraiment favorable.

Philippe Ledent,  senior economist,  ING Belux

D’autre part, de nouvelles opérations de refinancement à long terme (deux ans) des banques seront mises en place à partir de septembre de cette année, pour éviter tout durcissement involontaire des conditions de financement de l’économie en raison de la régulation bancaire et des échéances des précédentes opérations de refinancement. S’y ajoutent des mesures cosmétiques démontrant la volonté de la BCE de maintenir pour une période très longue une politique monétaire accommodante.

Les effets de ces mesures ne se sont pas fait attendre sur les marchés: les taux longs se sont encore un peu plus écrasés sur les marchés (le rendement de l’emprunt à 10 ans de l’État allemand, qui est la référence à l’échelle européenne, n’était plus que de 6 points de base au lendemain de l’annonce), et l’euro a perdu du terrain face au dollar. De même, les cours de bourse des banques ont plié, car la perspective de taux très bas pour très longtemps ne leur est pas vraiment favorable.

Est-ce que ces mesures seront suffisantes pour redynamiser l’économie de la zone euro? Nous ne le pensons pas. Par contre, elles sont nécessaires pour que la situation n’empire pas…