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Présidentielle tunisienne

Ses sociétés au Luxembourg coûtent cher à Karoui



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Incarcéré juste avant le premier tour, l’homme d’affaires Nabil Karoui a été libéré quatre jours avant le second tour, sans pouvoir défendre ses chances. (Photo: nabilkaroui.com)

Nabil Karoui a pris une gifle au deuxième tour de l’élection présidentielle tunisienne, ce dimanche. L’homme d’affaires a payé cher son emprisonnement dû... à ses affaires au Luxembourg.

«Robocop» a gagné. Kaïs Saïed, décrit comme un rigide professeur de droit constitutionnel, aurait remporté l’élection présidentielle tunisienne, ce dimanche, avec près de 50 points d’avance sur son adversaire, Nabil Karoui (72,5%-27,5%).

Au milieu des 23 candidats, les deux hommes avaient créé la surprise, il y a un mois. Surtout Karoui... arrêté dans une intervention policière à grand spectacle, le 23 août dernier, à un péage d’autoroute, et qui avait réussi à réunir 15,6% des voix.

L’ancien VRP de Colgate-Palmolive, qui faisait du porte-à-porte en France après avoir obtenu son baccalauréat à Marseille, continuait, même une fois devenu un tycoon des médias avec sa chaîne de télévision Nessma, à aller au-devant des plus pauvres, en Tunisie, avec des caravanes et des camions, pour l’ONG qu’il avait créée au décès accidentel d’un de ses fils.

Trois ans d’accusations

Las, l’homme d’affaires serait coupable, selon ses accusateurs, de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. L’accusation avait été lancée dès 2016 par une ONG,  I Watch , présentée comme l’antenne tunisienne de Transparency International. Comment? Par un certain nombre de sociétés, dont deux SA luxembourgeoises, Nessma et Karoui & Karoui Luxe, toutes les deux enregistrées depuis 2008 rue Goethe.

L’ONG tunisienne a-t-elle vraiment porté plainte en 2017? Le Parquet tunisien a-t-il vraiment réactivé la plainte au beau milieu de la campagne présidentielle? Difficile à dire, mais au Luxembourg, contacté par Paperjam, le Parquet indique ne pas avoir été saisi d’une demande d’entraide judiciaire au nom des deux frères Karoui.

Il faut dire qu’à peine Karoui emprisonné, la société Nessma l’a radié de ses fonctions d’administrateur (le 27 août), avant de nommer Jean Faber à sa place le 6 septembre.

Un conseil d’administration qui change

Début juillet, sentant peut-être le vent venir, elle avait déjà fait évoluer son conseil d’administration: au lieu de Mediaset Investment sàrl, une société de Silvio Berlusconi au Luxembourg, a été admise une Mediaset spa à Milan, aux côtés de Nabil Karoui, de Karoui & Karoui Luxe et de Tarak Ben Ammar, producteur de cinéma, conseiller de Vivendi et ami du prince saoudien Al-Walid ben Talal.

C’est Ben Amar qui, le 30 septembre, se fend d’un communiqué où il explique qu’«un contrôle fiscal couvrant les exercices 2014 à 2017 est en cours et fait l’objet de recours administratifs de la part de la société, comme c’est le cas pour les centaines de milliers de litiges fiscaux en Tunisie».

Libéré à quatre jours du second tour, Nabil Karoui a déploré un «déni de justice», dimanche soir, à son QG de campagne. «Je me demande ce que ça aurait été si je n’avais pas été en prison, d’une façon inique. C’est un cas unique dans l’histoire des démocraties dans le monde – c’est comme faire les Jeux olympiques, et on casse un genou avant de faire le 100 mètres», a-t-il déploré. «On veut se défendre, si on ne se défend pas, ça va faire jurisprudence: mettre les favoris en prison, c’est facile.»

Huit ans après que le peuple tunisien a chassé les Ben Ali du pouvoir, la rue tunisienne a aussi envoyé un message fort à ses dirigeants politiques: elle ne veut plus ni des copinages ni des chamaillages ou tout autre arrangement des puissants à ses dépens.