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Chronique des chefs économistes

Toutes les routes mènent… en Chine!



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Alexandre Gauthy: «La Chine a fait le pari de doubler la taille de son économie en 10 ans, de 2010 à 2020.» (Photo: Banque Degroof Petercam Luxembourg)

Si jadis tous les chemins menaient à Rome, de nos jours, en termes économiques, ils mènent probablement à Pékin. Le poids de la Chine dans l’économie mondiale devient de plus en plus important.

Alors que la Chine est la seconde puissance économique mondiale après les États-Unis, sa contribution à la croissance mondiale s’élève à environ un tiers, contre à peu près un cinquième pour les États-Unis. Même si les discussions autour du budget italien ont pesé sur le marché obligataire italien ainsi que sur les bourses européennes ces dernières semaines, ce risque italien reste relativement peu matériel pour les économies en dehors de la zone euro.

La situation de l’économie chinoise, elle, influence de manière plus conséquente l’activité mondiale. Déchiffrer l’économie chinoise devient donc l’un des éléments-clés pour prévoir l’évolution future de la croissance économique mondiale. 

Que se passe-t-il exactement en Chine? Après la hausse trop rapide de l’endettement de ces dernières années, qui fragilise la stabilité financière du pays, le gouvernement chinois a fait du désendettement une de ses priorités principales. À côté de cet objectif à long terme, le gouvernement a aussi une ambition en termes de croissance économique.

L’impact de l’endettement sur la croissance économique n’a cessé de diminuer au fil du temps.

Alexandre Gauthy, Banque Degroof Petercam Luxembourg

La Chine a fait le pari de doubler la taille de son économie en 10 ans, de 2010 à 2020. Or, ces deux aspirations sont interdépendantes: d’une part, une forte croissance économique facilite le désendettement, et d’autre part, la croissance du crédit peut aussi être utilisée pour supporter l’économie.

Or, l’impact de l’endettement sur la croissance économique n’a cessé de diminuer au fil du temps. En effet, une partie de l’endettement a financé des projets de moins en moins rentables, si bien qu’aujourd’hui, une partie non négligeable du crédit octroyé est dirigée vers des projets générant peu de revenus.

Impact négatif

Les efforts de désendettement de la Chine, qui ont débuté il y a un an, ont commencé à avoir un impact négatif sur l’activité économique en 2018. Le ralentissement de la croissance du commerce mondial observé depuis le début d’année a coïncidé avec la décélération des importations chinoises, elle-même due au moindre besoin de la Chine d’importer les matériaux nécessaires à ses projets d’infrastructure.

Nous observons une baisse du rythme de l’activité manufacturière depuis le début d’année à l’échelle mondiale.

Alexandre Gauthy, Banque Degroof Petercam Luxembourg

Ces projets sont souvent financés par de la dette. Nous observons une baisse du rythme de l’activité manufacturière depuis le début d’année à l’échelle mondiale, qui peut en partie être attribuée à la situation domestique chinoise. Les menaces protectionnistes qui se sont intensifiées au début du printemps n’ont certainement pas aidé le commerce mondial, mais elles n’ont pas été la première cause de son ralentissement, contrairement à ce qui est souvent avancé.

Une comparaison avec la période de 2015-2016 est intéressante et montre à quel point la Chine est un poids lourd dans l’économie mondiale. Face à un ralentissement économique en 2015, le gouvernement chinois a mené des politiques fiscales et monétaires expansionnistes début 2016. Ces mesures de relance de l’économie chinoise ont eu un impact positif sur la croissance mondiale de 2016 et 2017.

Aujourd’hui, les menaces protectionnistes américaines et le ralentissement de la demande interne en Chine forcent le gouvernement à prendre une série de mesures afin de soutenir l’activité économique. La politique monétaire devient progressivement plus souple, des mesures fiscales visant à augmenter la consommation vont être mises en place, et le taux de change se déprécie.

Politique fiscale et relance du crédit

Dans ce contexte, deux observations importantes conviennent d’être soulignées. Premièrement, l’ampleur du stimulus sera probablement moindre que dans les épisodes de relance précédents, car une plus grande ouverture des vannes du crédit est contradictoire avec les objectifs à long terme du gouvernement chinois et est porteuse de risques.

Ce que la Chine gagne, les autres pays le perdraient.

Alexandre Gauthy, Banque Degroof Petercam Luxembourg

Deuxièmement, la nature du programme de relance en cours déterminera son influence sur l’économie mondiale. Un accent mis sur la dépréciation du change visant à adoucir l’impact des taxes à l’importation américaines et à redynamiser les exportations chinoises n’augmentera pas la taille de la demande globale. Autrement dit, il s’agirait d’un jeu à somme nulle: ce que la Chine gagne, les autres pays le perdraient.

Par contre, un accent mis sur la politique fiscale et la relance du crédit sera bénéfique pour l’économie mondiale à court terme, même si cela irait sans doute de pair avec une dépréciation du change, serait contraire aux objectifs de désendettement, et serait de nature à augmenter les risques à moyen terme. Ce type de politique raviverait la demande domestique de la Chine, ses importations, et donc la demande pour les exportations d’autres pays.   

En somme, la Chine est en train de prendre des mesures pour soutenir l’activité économique. Étant donné la volonté du gouvernement de diminuer la dépendance de l’économie au crédit, il est douteux que ces politiques aient un effet aussi bénéfique sur la croissance que lors des programmes de soutien passés.