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Chronique financière

Regain de tensions entre l’UE et les États-Unis



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Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil. (Photo: Maison Moderne)

À l’heure où un accord commercial entre les États-Unis et la Chine est proche, l’administration Trump ne semble pas prête à renoncer ni à mettre un terme à son offensive protectionniste. Washington a plutôt l’air de se remettre en selle pour en découdre avec un nouvel adversaire de choix: l’UE.

Les tensions se sont aggravées depuis que plusieurs accidents ont conduit les autorités européennes de la sécurité aérienne à clouer au sol les avions de la gamme Boeing 737 Max, figurant parmi les modèles les plus populaires du groupe américain. Cela a ravivé un différend qui dure depuis plus d’une décennie à l’OMC, les deux camps s’accusant mutuellement de fournir des subventions illégales à leurs champions aéronautiques respectifs: Airbus en Europe et Boeing aux États-Unis.

À la suite d’une décision de l’OMC concluant que les aides européennes à Airbus avaient lésé les États-Unis, Washington a menacé d’imposer des droits de douane sur environ 11 milliards de dollars de produits européens. La liste de ces marchandises (qui sera finalisée après évaluation des plaintes dans le cadre de l’arbitrage de l’OMC) inclut principalement des produits agricoles: le saumon, les citrons, de nombreux fromages allant du pecorino au Stilton, l’huile d’olive, le marsala, etc.

L’UE a riposté avec une liste de droits de douane portant sur plus de 22 milliards de dollars de marchandises, parmi lesquelles prunes, mangues, avions, cire d’abeille, tracteurs et pièces automobiles.
Olivier Goemans

Olivier Goemans,  head of investment services and innovation ,  Bil

Pour le moment, les marchés ont peu réagi et nos analystes l’expliquent par le fait que ces marchandises sont essentiellement produites par des entreprises privées non cotées: fermes, pêcheries, laiteries, etc. La décision des États-Unis de recourir aux circuits classiques (l’OMC) constitue également une certaine source de réconfort. L’an dernier, le pays avait été sévèrement critiqué pour la manière dont il a déployé ses droits de douane sur l’acier; le commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, avait ainsi commenté: «Le marché mondial de l’acier n’est pas le far west où chacun en fait à sa guise. Il existe des règles. Dans ce cas comme dans les autres, elles sont la garantie d’un système multilatéral.»

L’UE a riposté avec une liste de droits de douane portant sur plus de 22 milliards de dollars de marchandises, parmi lesquelles prunes, mangues, avions, cire d’abeille, tracteurs et pièces automobiles. Le vrai danger qui menace maintenant est celui d’une nouvelle escalade. Le conflit sino-américain a commencé avec des produits mineurs comme les machines à laver, mais il n’a pas fallu longtemps avant que la valeur des biens pris dans le filet des États-Unis atteigne 250 milliards de dollars, avec la menace de nouvelles taxes sur 267 milliards de dollars de produits supplémentaires.

Les États-Unis envisagent actuellement des taxes douanières sur les importations d’automobiles, une décision qui pourrait véritablement mettre en péril l’économie européenne et frapperait au premier chef l’Allemagne comme l’indique le graphique ci-dessous. L’économie allemande tournée vers l’exportation est déjà affectée par les répercussions du différend entre les États-Unis et la Chine.

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(Source: Chelem, Banque mondiale, Euler Hermes, Bil)

À long terme, le conflit avec les États-Unis pourrait pousser l’UE à tisser des liens plus étroits à l’Est. L’Europe a déjà conclu le plus important pacte commercial au monde avec le Japon, couvrant environ un tiers du PIB mondial. Actuellement, l’UE est le premier partenaire commercial de la Chine, et le 9 avril, les deux économies ont convenu de renforcer encore davantage leur relation commerciale et d’étendre l’accès au marché.

L’Italie est devenue le premier État du G7 à rejoindre l’initiative «Belt and Road» de la Chine. La semaine dernière, les instances allemandes de régulation des télécommunications ont envoyé le signal le plus clair à ce jour que Huawei ne serait pas exclu du déploiement des réseaux 5G, malgré les pressions exercées par les États-Unis.

À court terme, une impasse douanière risque d’éroder la confiance, à la fois des entreprises et des investisseurs. Et tout le problème avec la confiance, c’est qu’elle se perd beaucoup plus vite qu’elle ne se regagne.