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Marco Boly (directeur de l’ITM)

«Encore trop d’accidents graves dans la construction»



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Marco Boly: «Les accidents du travail ont fait 15 morts l'an dernier. Et nous en sommes déjà à 4 cette année.» (photo: Jessica Theis / archives)

La construction demeure le secteur d’activité où sont dénombrés le plus d’accidents du travail chaque année. D’où, dans le cadre de la stratégie Vision Zéro, une semaine de sensibilisation menée sur les chantiers notamment par le ministère du Travail et l’Inspection du travail et des mines (ITM). Son directeur, Marco Boly, en explique les enjeux.

Monsieur Boly, dans le cadre de la stratégie nationale Vision Zéro, vous participez depuis ce lundi, en compagnie de différents partenaires, à la première Semaine sécurité et santé au travail dans le secteur de la construction. En quoi consiste cette manifestation?

«Il s’agit d’une initiative prise par le ministre du Travail Nicolas Schmit, qui considère que les accidents du travail sont encore trop nombreux. Avant les congés collectifs d’été, il y a une grande pression sur les chantiers pour qu’ils terminent ce qu’ils ont à faire dans les délais.

On a donc trouvé utile de placer cette semaine avant les congés pour bien faire comprendre aux entreprises que si les délais sont une chose, la sécurité et la santé en sont une autre et qu’il faut impérativement réduire le nombre de ces accidents, dont près de 27.000 ont été dénombrés l’an dernier. Ils ont fait 15 morts en 2016 et nous en sommes déjà à quatre cette année. Cela coûte énormément d’argent!

Le ministre du Travail se déplace donc ces jours-ci sur des chantiers pour montrer qu’il est préoccupé par cette problématique et promouvoir la sécurité et la santé au travail avec l’Inspection du travail et des mines (ITM), l’Association assurance accident (AAA), l’Institut de formation sectoriel du bâtiment (IFSB) et les partenaires sociaux.

Il s’agit donc d’une action principalement axée sur le secteur de la construction… Parce que c’est là que sont comptabilisés le plus d’accidents?

«Bien entendu. Car sur les chantiers, les gens sont mobiles. Ils travaillent en hauteur, en profondeur, et manient de nombreux outils de travail. Il y a, en outre, une interaction entre des personnes avec des machines, d’autres avec des équipements hautement performants, à quoi s’ajoutent encore des phénomènes d’inattention ou des phénomènes de mauvaise formation. Et tout cela mis ensemble fait que nous avons encore des accidents relativement graves dans ce secteur.

Si le nombre d’accidents du travail relevé en moyenne ces dernières années est moindre par rapport à celui observé au début des années 2000, il reste – comme vous l’avez souligné – encore élevé. Comment est-il possible de le faire encore baisser, tant du côté des entreprises que de celui des pouvoirs publics?

«Nous pouvons déjà faire ce à quoi nous sommes aujourd’hui occupés, soit sensibiliser les personnes concernées à ces phénomènes-là, leur parler ouvertement des chiffres et évoquer les points précis où cela coince.

Il faut aussi amplifier la formation. Je crois que les patrons de l’industrie et de la construction ont bien compris cela puisqu’ils ont quand même créé un centre de formation dédié qu’est l’IFSB à Bettembourg. Pratiquement la majorité des salariés qui sont occupés dans le bâtiment y passent pour être formés, ce qui, à mon sens, est déjà une bonne initiative.

D’un autre côté, il faut aussi que les réglementations qui sont en vigueur soient respectées. Et là, c’est l’ITM qui joue un rôle important et on ne peut obtenir satisfaction dans ce rôle-là que si l’on fait davantage de contrôles. Des contrôles pas seulement répressifs, mais aussi axés sur de la prévention ou de l’aide à apporter aux sociétés du secteur pour qu’elles se mettent en ordre dans le respect des règlements que nous avons au Luxembourg.

Toutefois, cela ne peut se faire qu’à travers des personnes bien formées également, à savoir des inspecteurs, dont nous manquons actuellement. Nous nous penchons aujourd’hui sur la manière dont on pourrait changer le mode de recrutement et rendre le métier d’inspecteur plus attractif.

À l’ITM, nous sommes convaincus qu’il nous faut un système d’embauche similaire à celui de la police, où nous pourrons avoir notre propre examen, former notre personnel et choisir les personnes disposant des outils nécessaires pour devenir inspecteur du travail.»