POLITIQUE & INSTITUTIONS — Justice

Lutte antiblanchiment

Près de 4.000 «mules d’argent» identifiées par Europol



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Europol a identifié près de 4.000 mules, qui acceptaient de virer de l’argent sur le compte de réseaux criminels contre une commission. (Photo: Shutterstock)

31 pays, dont le Luxembourg, ont participé à une spectaculaire opération d’Europol contre une nouvelle génération de «mules», les «mules d’argent». À la clé, 228 arrestations et 1.025 enquêtes criminelles autour de 3.833 mules et 386 recruteurs.

L’histoire commence par un banal hashtag sur Instagram. Avec «#easymoney», en quelques clics, il est possible d’être en contact, par mail ou sur WhatsApp, avec des recruteurs de réseaux criminels qui cherchent à faire entrer l’argent de la drogue et de la prostitution dans le système bancaire en échappant aux alertes.

Le processus est assez simple: le blanchisseur demande à sa «mule» de virer une somme sur un compte qui lui appartient. Le montant reste en dessous de la limite fixée dans chaque pays qui débouche automatiquement sur un signalement de l’établissement bancaire à la justice de son pays.

L’argent est envoyé à la mule de trois manières différentes: soit par un autre virement bancaire, soit en cash, soit «par des solutions de transfert comme Western Union», précise un porte-parole d’Europol.

7.520 opérations signalées

En échange du virement, la «mule» peut en conserver une partie. «C’est une manière simple et rapide de gagner de l’argent», dit encore la porte-parole. Et du coup, cela tente tous ceux qui ont des problèmes d’argent, surtout les jeunes, très présents sur les réseaux sociaux.

Cette opération spéciale, menée de septembre à novembre par Europol avec le soutien d’Eurojust et de la Fédération bancaire européenne, a permis d’identifier 3.833 mules d’argent et de 386 recruteurs. 228 arrestations ont eu lieu. 1.025 enquêtes criminelles sont en cours. Europol ne communique pas sur la nationalité ou l’origine des mules identifiées, arrêtées ou sous le coup d’une enquête, mais le Luxembourg a participé à l’opération, aux côtés de 31 pays, les Européens plus l’Australie, la Suisse, les États-Unis et l’Ukraine.

Plus de 650 banques, 17 associations de banques et autres institutions financières ont signalé plus de 7.520 transactions frauduleuses des mules, évitant une perte totale de 12,9 millions d’euros. Un montant assez faible, mais qui souligne combien ces opérations sont fragmentées pour échapper aux radars.

Les «mules», expression empruntée au secteur de la drogue où les mules avalent des boulettes de drogue et vont d’un pays à l’autre avant de restituer les boulettes aux réseaux criminels, risquent parfois de lourdes peines de prison et un casier judiciaire à vie, note Europol, qui a lancé une campagne de sensibilisation. Appelée #Dontbeamule.