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Pourquoi la banque directe ne prend-elle pas?



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Selon le Statec, le développement d’une banque directe au Luxembourg ne serait pas rentable. (Photo: Shutterstock)

Les banques retail directes ou sans guichet n’existent pas au Luxembourg, du fait notamment d’un problème de taille critique du marché et de la concurrence des pays frontaliers.

Vous n’avez pas réussi à ouvrir de compte courant auprès d’une banque 100% mobile? Rien d’anormal: l’équivalent luxembourgeois d’une banque directe, comme les françaises Boursorama Banque (Société Générale) ou Fortuneo (Crédit Mutuel), ou d’une néobanque, comme l’allemande N26, est encore introuvable. La première raison concerne la taille du marché: avec 613.894 habitants, selon le Statec, le développement d’une banque directe ne serait pas rentable. «Il y a peu de place pour de nouveaux entrants sur le marché de la banque directe vu la taille du pays», confirme Frédéric Kieffer, responsable de la banque retail chez ING Luxembourg.

Autre explication: «Les frais bancaires de base sont plus élevés en France qu’au Luxembourg: les résidents luxembourgeois sont donc moins à la recherche du tarif le plus bas», explique Frédéric Kieffer.

Concurrence étrangère

Et les adeptes de la banque directe peuvent facilement aller chercher leur bonheur ailleurs. Hello Bank (BNP Paribas), par exemple, est notamment accessible en France, en Belgique et en Allemagne. «Les banques digitales n’ont pas besoin de s’implanter au Luxembourg. Les frontaliers ou les expatriés n’ouvrent pas forcément de compte courant local: c’est là que la concurrence des N26, Revolut ou des banques directes étrangères intervient», remarque Adrien Kirschfink , managing director chez Accenture, chargé de la practice Banque digitale pour la Belgique et le Luxem­­bourg.

Le Grand-Duché compte 71% d’étrangers dans sa population active, dont 45% de frontaliers et 26% de résidents étrangers, selon le Statec. «Les utilisateurs de banques directes étrangères conservent souvent celles-ci pour la gestion de leur compte courant et s’adressent aux banques luxembourgeoises plutôt pour des opérations de crédit ou de placement, ce qui en fait un pays avec des clients plus multibancarisés qu’ailleurs. Mais cela reste difficile à quantifier», ajoute Adrien Kirschfink.

Manque de moyens

«S’ajoute à cela le fait que les banques belges ou françaises disposent de plus de moyens que les établissements luxembourgeois pour rendre leurs applis mobiles plus performantes», constate Adrien Kirschfink. Rien d’étonnant, donc, au fait que les nouveaux arrivants conservent l’appli de la banque directe de leur pays d’origine. Les banques retail du Grand-Duché ont beau tenter de peaufiner leurs services digitaux, elles manquent de ressources et d’agilité pour faire évoluer leurs solutions mobiles aussi rapidement que les banques directes ou les néobanques. Il existe en effet une pression importante sur les coûts pour les acteurs traditionnels.

Au final, les banques traditionnelles concentrent majoritairement leurs efforts sur un conseil soigné et sur leur réseau d’agences. Certes, la fréquentation des guichets et leur nombre sont en baisse. Mais le défi consiste à en faire des agences de conseil, de rencontre, voire des experience stores. Alors qu’ING n’a plus d’agence physique en France, elle en a conservé 16 au Luxem­bourg. «Nous n’avons pas prévu de les supprimer, au contraire, nous les modernisons constamment», estime Frédéric Kieffer.