ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Fabien Girerd (CEO de Jooxter)

«On ne pourra pas revenir en arrière!»



C’était l’époque d’avant. Celle où Fabien Girerd (chemise blanche et lunettes) posait au milieu de son équipe. Aujourd’hui, le CEO se concentre sur la communication pour donner des perspectives. Et rassure ses clients. Avant un nouveau monde, assure-t-il. (Photo: Jooxter)

C’était l’époque d’avant. Celle où Fabien Girerd (chemise blanche et lunettes) posait au milieu de son équipe. Aujourd’hui, le CEO se concentre sur la communication pour donner des perspectives. Et rassure ses clients. Avant un nouveau monde, assure-t-il. (Photo: Jooxter)

Confinement oblige, le CEO de Jooxter, Fabien Girerd, a dû très vite revoir son business model. Sa solution de gestion dynamique des espaces de bureaux évolue pendant qu’il chouchoute ses 45 grands comptes. Et le monde va changer, assure-t-il.

Il n’est pas devin. Et probablement que le coronavirus a rendu ses prévisions en dessous de la réalité à venir. Mais en décembre déjà, disait le CEO de Jooxter, Fabien Girerd, «2020 sera l’apogée des nouveaux modes de travail au sein des entreprises: selon l’étude Gartner, 40% des entreprises auront transformé leurs espaces pour mieux répondre à ces nouveaux modes de travail. Nomades et connectés, les collaborateurs travaillent où ils veulent, et de moins en moins dans des bureaux classiques, cloisonnés, du lundi au vendredi. Et cette tendance s’accélère: 94% des millennials (18-25 ans) ne se voient pas travailler dans un bureau fermé.»

Fabien, trois mois plus tard, ces prédictions doivent presque vous sembler «tendres»...

Fabien Girerd. – «Ah c’est sûr qu’entre-temps, on a complètement changé de paradigme. Tout ce qui n’était pas possible ces dix dernières années est devenu tout à coup la norme pour des dizaines de milliers de personnes. Tout à coup, le télétravail est devenu la norme et finis les ennuis de déclarations fiscales ou avec la sécurité sociale. On n’a même pas forcément eu le temps d’y préparer ses effectifs, mais il n’y aura pas de retour en arrière. Plus personne ne pourra dire que ce n’est pas possible. Après, la crise met en lumière un autre aspect: où sont passés les plans de continuité dans le business? On a l’impression qu’on a payé des consultants pour préparer cela, mais que les plans ont disparu. Pour ceux qui en avaient! Là encore, j’en viendrais presque à parier que cela deviendra une composante du management dans les années à venir.

Quand on a un business autour de la gestion dynamique de bureaux, c’est-à-dire qui permet de gagner de l’espace et donc de diminuer les coûts d’un bureau qui est de toute façon inoccupé la moitié du temps, c’est un coup d’arrêt et ça invite à quoi?

«Ça invite à plein de réflexions. On était à libérer des bureaux non utilisés. Avec la crise et le télétravail, les RH vont devoir repenser le travail de leurs salariés. Pas forcément à 100% du temps de travail, mais vers des tiers-lieux ou depuis chez eux. Et cela va avoir une conséquence au Luxembourg comme dans d’autres villes, sur la gestion des parkings, voire de la circulation et des embouteillages. Les gestionnaires de locaux vont avoir une pression énorme aussi bien en termes de coûts que de présence ou pas des salariés. Comment garantir la protection des données professionnelles? Comment garantir que le salarié est bien en télétravail? Va se poser la question du retour au travail aussi. On le voit déjà à Hong Kong. Dans quelles conditions retourne-t-on au travail? Est-ce qu’on peut parler à un collègue à moins de deux mètres? Est-ce qu’on se sent à l’aise avec ça?

Du coup, vous, en tant que fournisseur de cette solution, comment allez-vous vous adapter à ce nouveau paradigme? Et comment le faites-vous en temps de crise?

«En ce qui concerne Jooxter, nous avons à peu près 45 grands comptes, des sociétés comme Deloitte, Crédit Agricole, BNP Paribas, La Poste, Veolia, qui auront toujours besoin de notre solution puisqu’ils sont à la tête de beaucoup d’immobiliers et de beaucoup de collaborateurs. Non seulement on les accompagne et on renforce nos liens, mais avec eux et pour eux, nous travaillons à certains développements, encore confidentiels, pour améliorer encore la solution. Encore une fois, je crois que la crise va doper la gestion dynamique de bureaux et donc renforcer notre activité.

Sur le plan de la société, nous projetions de doubler notre chiffre d’affaires et je pense que si nous maintenons celui de 2019, ce sera bien. Comme dirigeant d’une vingtaine de personnes, entre Paris, Lille et Luxembourg, j’ai renforcé la communication, en toute transparence. Je suis plutôt optimiste par nature et je vois que l’équipe est dans ce même mouvement, ils font même un apéro virtuel le vendredi soir. Nous avons la chance de faire partie du Hub du Crédit Agricole et de ce réseau, dans lequel nous suivons ou organisons des webinars.

Non seulement nous soignons nos clients existants – c’est toujours compliqué d’avoir ces clients-là –, mais nous en profitons pour réorganiser l’agenda et faire des trucs qui avaient été décalés, ou pour développer de nouvelles fonctionnalités. Nous sommes à l’arrêt à peu près pour trois mois, mais il faudra être prêts à redémarrer ensuite! Être concentrés! Moi, je pense que les CEO devraient rester en réseau, discuter les uns avec les autres, de leurs expériences, de leurs solutions. Ne pas rester seul, c’est important. Et puis je cours, en rond, dans mon bureau, chez moi, pour garder la forme.»