ENTREPRISES & STRATÉGIES — Immobilier

Denis Rosolen (BENG Architectes Associés)

«Les occupants partagent souvent les mêmes envies, valeurs et intérêts»



Denis Rosolen: «Le co-living est en effet par nature de courte durée, quelques semaines à quelques mois le plus souvent, voire rarement quelques années au grand maximum, et s’intègre donc souvent dans une phase de transition dans le parcours d’un jeune adulte.» (Photo: Christof Weber)

Denis Rosolen: «Le co-living est en effet par nature de courte durée, quelques semaines à quelques mois le plus souvent, voire rarement quelques années au grand maximum, et s’intègre donc souvent dans une phase de transition dans le parcours d’un jeune adulte.» (Photo: Christof Weber)

En amont de l’événement «10x6 Architecture : Co-living & Co-working» organisé par le Paperjam Club le mercredi 24 juin à L’Abbaye de Neumünster, l’un des intervenants, Denis Rosolen (BENG Architectes Associés) partage sa vision du co-living.

Pour vous, quelle est la définition du co-living? 

Denis Rosolen. – «Le co-living est un concept d’habitation en collectivité, apparu initialement dans les années 2000 aux États-Unis, combinant des espaces privés avec des espaces collectifs, en y ajoutant une série de services divers. Le logement est donc partagé, et composé d’espaces privés de taille plutôt réduite (chambres privées avec salle de bains et petite cuisine personnelle) et d’espace collectif de détente (salon, bibliothèque, salle de sport, espace de travail commun, jardin, terrasse, cinéma, etc.). Les services offerts concernent souvent le ménage, la surveillance, le réseau wifi, l’abonnement aux chaînes de télévision, différents cours de sport, la mise à disposition de trottinettes électriques, etc. Dans certains projets plus prestigieux, une conciergerie peut même être proposée, pour la gestion des livraisons, des courses, ou du service de blanchisserie par exemple. On se rapproche dans ce cas de l’environnement de l’hôtellerie de luxe.

Le co-living s’adresse principalement aux jeunes adultes, la génération des ‘millennials’, qui sont souvent nomades, habitués à l’économie de partage en général, et attirés par la possibilité d’une expérience de vie en communauté qui permet néanmoins une intimité de vie relativement importante (chaque résident dispose par exemple de son propre frigo, ce qui constitue une différence notable par rapport à une traditionnelle colocation).

L’intérêt du concept réside également dans sa flexibilité. Le co-living est en effet par nature de courte durée, quelques semaines à quelques mois le plus souvent, voire rarement quelques années au grand maximum, et s’intègre donc souvent dans une phase de transition dans le parcours d’un jeune adulte, conduisant à une plus grande autonomie dans le mode de vie, entre l’âge ‘étudiant’ et l’âge ‘adulte’.

Le co-living s’implante habituellement dans les villes et les zones urbaines à fortes demandes, à proximité des centres d’intérêts et d’activités culturelles, ainsi que des réseaux de transports publics. Étant par nature plus dense (les surfaces privées étant réduites), ce concept constitue quelque part une réponse à la crise du logement que nous connaissons depuis plusieurs années, mais qui n’est pas forcément synonyme d’économies pour le locataire (la richesse et la diversité des services offerts pouvant évidemment faire grimper rapidement les frais de location).

Quels sont les principaux critères architecturaux auxquels il faut penser lorsque l’on conçoit un espace de co-living? 

«En premier lieu, la localisation est importante. Les espaces de co-living doivent se trouver dans les centres urbains, car c’est là que veulent vivre les personnes intéressées par ce concept. Un projet de co-living à la campagne aurait peu de chance de succès par exemple.

Ensuite, la compacité et la densité de la construction imposent une maîtrise accrue des détails d’aménagement. Le logement est petit, certes, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne doit pas constituer un lieu de vie épanouissant et plaisant, bien évidemment. Dans le cas du projet qui sera présenté lors du prochain 10x6, qui est un projet à caractère clairement «social» en réalité, nous avons conçu et dessiné chaque pièce de mobilier et chaque aménagement intérieur, tant pour les espaces privés que pour les espaces partagés.

Les aménagements doivent donc être fonctionnels, flexibles et agréables. Si l’ambiance peut s’inspirer de références plutôt «hôtelières», la robustesse reste un critère important, car ce type de logement sera utilisé par de nombreux locataires différents, avec un rythme de rotation plus accru que la moyenne, la durée de location étant bien souvent de quelques mois, pour ne jamais excéder deux à trois années.

D’un point de vue technique, un espace de co-living doit évidemment se conformer aux prescriptions applicables aux logements, que ce soit en termes d’isolation thermique, d’étanchéité à l’air, de ventilation ou de normes de sécurité générales.

Mais en fin de compte, un espace de co-living reste un espace de vie, et doit être traité à ce sujet comme tout autre logement. Il doit donc être pratique, confortable, lumineux et agréable à vivre, tout simplement.

Un amalgame est parfois fait entre co-living et co-housing. Quelle est la principale différence entre ces deux concepts? 

«Ces deux concepts sont en effet fondamentalement différents.

Le co-living se base sur des espaces privés de taille réduite associés à de nombreux espaces communs regroupant des activités collectives, alors que le co-housing consiste souvent en de réels logements séparés (parfois même des maisons privées), partageant un ou plusieurs espaces récréatifs communs (dans des bâtiments séparés).

Là où le co-housing se limite à partager un espace de loisir commun, le co-living offre une expérience de vie en communauté plus riche, de par la diversité des services disponibles, et par ailleurs ses occupants partagent souvent les mêmes envies, valeurs et intérêts.

Les adeptes du co-living sont en règle générale de jeunes adultes, nomades, alors que ceux du co-housing sont plutôt des personnes classées dans des tranches d’âges supérieures, avec une tendance plus sédentaire également.

Enfin, le co-living est une expérience de courte durée, transitoire, qui s’appuie sur la location, alors que le co-housing s’étale sur la durée et vise la propriété.

En conclusion, dans le cas du co-living, vous utilisez un service pour une courte durée (un logement, avec ses nombreux services associés), alors que pour le co-housing, vous possédez un logement à long terme.»

Vous pouvez vous inscrire  ici  à l’événement 10x6 Architecture: Co-living & Co-working.