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Mobilité douce

Trouver la juste mesure des P+R aux frontières



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Bien qu’encore à l’état de projet, le P+R de Stockem suscite bon nombre de questions de part et d’autre de la frontière. (Photo: Charles Caratini / archives)

Face à la saturation de ses réseaux ferré et routier, le Luxembourg envisage la création de parkings à forte capacité à ses frontières. Un projet en cours d'étude, à proximité d’Arlon, suscite des divergences sur la capacité maximale envisagée par les autorités: 10.000 places. Explications.

2,4 milliards d’euros investis d’ici à 2020. Telle est la somme d’ores et déjà votée au Luxembourg pour la rénovation et le développement des réseaux routier et ferroviaire, actuellement saturés. Un montant conséquent destiné à la mise en place d'une combinaison plus cohérente des modes de transport. Baptisé Modu (pour mobilité durable), ce concept global va se traduire par la réorganisation complète du réseau de bus, la mise en place du tram ou bien encore la création de nouveaux P+R au Luxembourg.

Depuis l’arrivée de la coalition bleu-rouge-vert au pouvoir, le ministre du Développement durable et des Infrastructures, François Bausch, souhaite également créer des P+R de l'autre côté des frontières, en collaboration avec les autorités locales de la Grande Région. En Belgique, le site de Stockem, près d’Arlon, est pressenti pour accueillir l’un de ces parkings. Évoqué pour la première fois en juillet 2014 dans le cadre de l’accord de coopération «en matière d'infrastructures et de transport» entre les deux pays, le P+R de Stockem devrait voir le jour sur le site des anciens ateliers de la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) et de la gare de triage.

Il était alors question de créer un parking d’une capacité «pouvant aller jusqu’à 10.000 places», selon le ministère du Développement durable et des Infrastructures. Mais, au fil des mois, cette fourchette haute s'est transformée en capacité du futur parking. Preuve en est le discours du Premier ministre, lors de la rencontre à Bruxelles avec le gouvernement belge, le 5 février dernier.

«C’est tout simplement irréaliste!»

«La SNCB réalise une étude pour déterminer quelles possibilités existent pour transformer l’emplacement de ses ateliers désaffectés sur le site de Stockem en une aire de stationnement de 10.000 places. Les deux pays soutiennent cette idée», indiquait Xavier Bettel. Une position réaffirmée par le ministère d’État à Paperjam.lu, avec un peu de nuance cependant, le ministère précisant que «ce P+R a un potentiel maximal de 10.000 places de stationnement» et que «le nombre de places à aménager dans une première phase test reste à définir, un élargissement pouvant se faire selon les besoins».

Tout récemment, la capacité maximale du P+R et ses conséquences se sont retrouvées au centre des discussions du conseil communal à Arlon. «En ce qui me concerne, je n’ai jamais avancé un tel chiffre», assure Vincent Magnus, bourgmestre du chef-lieu de la province de Luxembourg belge cité par L’Avenir. «C’est tout simplement irréaliste!» De l’autre côté de la frontière, on dit que le futur aménagement devrait avoir des dimensions bien plus modestes: de 200 à 300 places «dans un premier temps», puis 500 emplacements «ou un peu plus» si le succès est au rendez-vous.

Donc bien loin de l’ambition affichée au sommet des deux États.

Parking lié à un accord sur les tarifs ferroviaires

Le Luxembourg entend créer quatre nouveaux P+R d’ici à 2020 et augmenter la capacité des existants pour atteindre 22.000 places, contre 11.600 à ce jour. Des chiffres qui ne prennent pas encore en compte le potentiel futur parking arlonais. Actuellement, le plus important Park&Ride luxembourgeois –  le P+R Belval-Université – possède une capacité de 1.500 places. Côté belge, le record est détenu par celui d’Ottignies, aux portes du campus de Louvain-la-Neuve et de Bruxelles, qui peut accueillir 3.650 véhicules.

Reste que l’aménagement du site de Stockem demeure suspendu, pour le Luxembourg, à la mise en place «d’une tarification transfrontalière intéressante» à destination des travailleurs frontaliers, concrètement un billet de train moins onéreux qui inciterait les salariés vivant en Belgique à délester les routes au profit du rail. Bien que les autorités belges et luxembourgeoises assurent que l’étude de faisabilité est en cours de réalisation, la question du coût de l’opération se pose.

Nouvelle rencontre prévue au cours de l’été

«Pour le moment, aucune décision n’est encore prise, car la SNCB doit composer avec un plan d’économies annuel de 180 millions d’euros pour 2015 et qui doit atteindre 600 millions d’euros d’ici à la fin de la législature, en 2019», indique un porte-parole de la compagnie ferroviaire belge, contacté par Paperjam.lu.

Une rencontre entre François Bausch et son homologue belge est, précise-t-on, déjà prévue pour le courant du mois de juin, voire juillet, afin de dresser un état des lieux du projet, dont son financement qui reste à préciser.