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Table ronde

«S’y retrouver dans ce labyrinthe»



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Lucien Bechtold (Mutualité de cautionnement), Cécile Sevrain (Luxembourg Business Angel Network) et Frédéric Stiernon (CarPay-Diem). (Photos: Maison Moderne et Benjamin Brolet)

Dans un Luxembourg aux ambitions de start-up nation, les porteurs de projets innovants peinent encore à trouver les bons leviers de financement. Si l’écosystème entrepreneurial s’est dynamisé ces dernières années, il y a encore du chemin à parcourir pour attirer et faire grandir des entrepreneurs aux ambitions internationales.

Frédéric Stiernon, CEO de la start-up CarPay-Diem, dont l’ambition est de révolutionner l’expérience des automobilistes à la pompe, vient de lancer une nouvelle levée de fonds. Il cherche 1,5 million pour faire face à l’accélération du déploiement de sa solution de paiement sur de nouveaux marchés. C’est la deuxième fois en deux ans que la jeune entreprise cherche à se financer auprès des acteurs privés. Et si la start-up est bien établie au Luxembourg, c’est à l’étranger qu’elle a trouvé les fonds nécessaires à son développement à l’international. «Depuis le Luxembourg, c’est en effet compliqué de trouver comment et où lever des fonds», reconnaît Frédéric Stiernon. Lui a pu s’appuyer sur un bon réseau, constitué au fil d’expériences passées. Mais pour d’autres qui n’ont pas les bons contacts, c’est une tout autre affaire. «Je pense qu’avec un bon projet, il est toujours possible de réunir des financements s’élevant entre 200 et 500.000 euros pour constituer les fondements du projet. Quand vient le moment d’accélérer le développement, avec la nécessité de mobiliser des sommes au-delà du million d’euros, c’est vraiment plus difficile», explique-t-il. Il y a là un vrai manque, que le Luxembourg peine à combler.

Quand vient le moment d’accélérer le développement, avec la nécessité de mobiliser des sommes au-delà du million d’euros, c’est vraiment plus difficile.

Frédéric StiernonFrédéric Stiernon, Fondateur et CEO, CarPay-Diem ()

Une carte à jouer

Le Grand-Duché affiche de réelles ambitions de start-up nation. Et chacun reconnaîtra, Frédéric Stiernon en tête, que les choses ont considérablement évolué. Le pays est animé par une réelle dynamique, avec une multiplication des initiatives de soutien à l’entrepreneuriat. «Beaucoup de choses ont vu le jour», constate Cécile Sevrain, managing director du Luxembourg Business Angel Network (LBAN). «Tout cela va dans le bon sens. Toutefois, le Luxembourg n’est pas un marché aussi mature que ceux de Londres, Paris ou Berlin. Le pays a une réelle carte à jouer en attirant des start-up actives dans des domaines précis, la fintech, la regtech ou même le space et le social impact.» Le LBAN vise à fédérer les business angels, afin de leur permettre de considérer des opportunités d’investissement de manière coordonnée. Cependant, la taille du Luxembourg fait qu’ils ne sont pas légion. «Le LBAN, aujourd’hui, c’est une soixantaine de membres, qui investissent généralement entre 10.000 et 50.000 euros par projet et par tour de financement», précise la managing director. Chaque business angel investit selon ses propres critères, chacun avec des capacités forcément limitées.

Un des enjeux est notamment d’inviter plus de femmes à investir, mais aussi de rendre l’investissement plus accessible.

Cécile SevrainCécile Sevrain, Managing director (Luxembourg Business Angel Network) 

Mobiliser l’épargne avec des incitants

«Pour soutenir l’écosystème start-up, il y a donc lieu d’élargir cette communauté. Un des enjeux est notamment d’inviter plus de femmes à investir, mais aussi de rendre l’investissement plus accessible», précise Cécile Sevrain. L’idée de créer un véhicule d’investissement, à travers lequel des épargnants pourraient placer des montants modérés, à partir de 10.000 euros, par exemple, est évoquée. Cependant, le LBAN pointe du doigt le fait qu’il n’y ait pas au Luxembourg de réel incitant fiscal à l’investissement dans des start-up. «Je pense que beaucoup seraient enclins à soutenir des projets entrepreneuriaux, d’autant plus que ceux-ci jouissent d’une meilleure image qu’il y a quelques années. L’entrepreneuriat est devenu cool. Cependant, aujourd’hui, chacun a plus intérêt à investir dans l’immobilier que dans ce domaine», poursuit Cécile Sevrain.

Adapter et valoriser les outils existants

Des outils ont cependant été mis en place pour soutenir les start-up innovantes. Le Digital Tech Fund, fonds d’amorçage géré par Expon Capital avec la participation de l’État, rassemble 20 millions d’euros à investir dans des start-up digitales. Au-delà de cette initiative, d’autres outils s’adaptent pour répondre aux besoins de financement des acteurs innovants. C’est notamment le cas de la Mutualité de cautionnement, qui offre des garanties en vue de l’obtention de crédits bancaires. «Afin d’accompagner les besoins des acteurs innovants, nous avons revu notre fonctionnement», explique Lucien Bechtold, conseiller de direction à la Chambre de commerce et CEO de la Mutualité de cautionnement. «Alors que sur des businesses plus traditionnels, les besoins en cautionnement s’élèvent généralement autour de 50.000 euros, pour des acteurs innovants, ils sont souvent plus importants. Des moyens supplémentaires, depuis le début de l’année 2018, nous permettent d’accorder des garanties jusqu’à 250.000 euros. Des comités spécifiques ont en outre été mis en place pour évaluer les projets innovants, qui impliquent une appréciation du risque.» La Mutualité de cautionnement, sur ces dossiers, entend travailler en meilleure coordination avec les banques.

Les outils sont nombreux, il faut avant toute chose permettre aux dirigeants de s’y retrouver dans ce labyrinthe.

Lucien BechtoldLucien Bechtold, CEO (Mutualité de cautionnement)

Développer les synergies, se montrer à l’international

De meilleures synergies entre les acteurs accompagnant les start-up devraient permettre de mieux orienter les porteurs de projet vers les bons interlocuteurs. «Les outils sont nombreux, il faut avant toute chose permettre aux dirigeants de s’y retrouver dans ce labyrinthe», explique Lucien Bechtold. Dans cet ordre d’idées, la House of Entrepreneurship peut notamment être utile aux entrepreneurs. Le LBAN, lui, veut favoriser les démarches de co-investissements. «Quand plusieurs acteurs se retrouvent autour d’un même projet, ils peuvent partager des expériences diverses pour mieux accompagner la start-up et, de cette manière, minimiser les risques», explique Cécile Sevrain. En outre, il y a lieu de valoriser la dynamique luxembourgeoise au-delà des frontières. «L’écosystème des start-up luxembourgeois est encore fort centré sur lui-même. Il est important de valoriser la dynamique en place à l’international pour attirer des start-up, mais aussi des investisseurs et des compétences», précise Frédéric Stiernon, qui se réjouit notamment de voir la présence du Luxembourg s’affirmer lors d’événements majeurs comme Vivatech ou le Cebit.