PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Assurances

Penser à la fin de vie

S'interroger sur la dépendance



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Pour Franck Marchand, l'enjeu de la dépendance est aussi important que celui du financement des retraites. (Photo: Mike Zenari)

Notre démographie vieillissante associée à une mobilité accrue des travailleurs, souvent loin de leur ville d’origine et de leur famille, poussent à s’interroger sur la question de l’assurance dépendance. Privée dans certains pays, comme publique au Luxembourg, elle assure plus de confort aux personnes moins autonomes via différents aménagements.

Une personne est généralement considérée comme dépendante quand elle ne peut plus prendre soin d’elle-même. «Concrètement, cela signifie que les personnes touchées ne sont plus en mesure d’assurer seules six actes essentiels de la vie que sont: faire sa toilette, se mouvoir librement dans son logement, s’habiller, se nourrir, se déplacer à l’extérieur, être continent.»

C’est un enjeu de société et dont on parle assez peu.

Franck Marchand, président de l'Association luxembourgeoise des actuaires

«C’est pourtant quand on est en bonne santé qu’il faut y penser. Plus on commence tôt, plus c’est indolore. On est tous concernés, du moins indirectement», cadre Franck Marchand, président de l’Alac, l’association regroupant les actuaires du Luxembourg, qui attirait l’attention sur l’importance de prévoir sa fin de vie et d’anticiper le risque lors d’une récente conférence ouverte au public.

Cible féminine

57,2% de femmes composent la classe d’âge des 65+ et 73% des 85+, la problématique est majoritairement féminine. Dans le peloton de tête des pays européens au niveau espérance de vie, le Luxembourg est particulièrement concerné. «Le sujet du financement des pensions est bien connu, celui du coût de la dépendance beaucoup moins, il est pourtant tout autant d’actualité. Ces personnes ont besoin d’aide, quelquefois minime, mais parfois très importante. Deux solutions existent, le modèle public, l’option choisie au Grand-Duché, et l’assurance privée qui cohabite parfois en combinaison avec des assurances publiques. Les scénarios varient selon les pays.» Par essence, l’enjeu de la dépendance et tout ce qu’elle implique ne fera qu’augmenter. D’après un rapport général de la Sécurité sociale paru en 2014, en 2013, il y avait déjà 2,3 fois plus de bénéficiaires qu’en 2000. 97% de ceux-ci, soit 12.962, étaient des résidents. Leur âge moyen: 82,9 ans.

Augmentation naturelle

Pour le président de l’Alac, on peut notamment expliquer cette croissance de la dépendance par un vieillissement général de la population. «L’allongement de la durée de vie moyenne ne va malheureusement pas forcément de pair avec une bonne santé. Autre facteur explicatif, la solidarité familiale est moins présente que par le passé. On trouve rarement un travail dans son quartier et on est souvent amené à changer de ville pour son métier. Accueillir un parent chez soi est devenu plus compliqué et de moins en moins fréquent, explique-t-il. Il y a donc une augmentation du nombre de personnes dépendantes et en parallèle une diminution de la disponibilité des 'aidants naturels'. Il est bel et bien urgent de penser à de nouvelles solutions pour permettre un cadre de vie agréable aux personnes diminuées.»

L’enjeu économique est de taille et les acteurs à mobiliser sont multiples: Sécurité sociale, agents de quartier, familles, instituts de soins, communes, assureurs… Aider les personnes à rester chez elles coûte entre deux et trois fois moins cher que de les placer en institutions spécialisées. C’est donc la priorité. Parmi les prestations proposées: produits d’aide et de soins, tâches domestiques, préparation de repas, courses ou démarches administratives.

Aménager le quotidien

Depuis le 1er janvier 1999, tournant pour le secteur des soins de longue durée, l'assurance dépendance est une branche obligatoire des assurances sociales au Luxembourg, ce qui est assez unique en Europe. Tous les affiliés à une caisse de maladie locale ont le droit d’en bénéficier, sans condition de revenus ni d’âge. Elle prend en charge les frais des aides, aménagements et soins nécessaires au bien-être des personnes qui peuvent ainsi rester plus longtemps vivre à leur domicile. «Cela peut passer par des choses simples, mais qui contribuent à changer la vie des personnes, par exemple des salles de bain ou des toilettes aménagées, ou le dressage d’un chien pour des personnes aveugles.»

Suite aux perspectives démographiques envisagées, le système en vigueur depuis 16 ans devra sans doute être modifié pour en garantir la pérennité. «Il est essentiel de reconnaître la dépendance comme un nouveau risque de sécurité sociale au même titre que la maladie, l’accident de travail, l’invalidité ou la vieillesse», a défendu Laurence Weber, chef du service statistique à l’Inspection générale de la sécurité sociale lors de la conférence de l’Alac. Certains assureurs privés de la Place se sont également lancés dans la course, souvent en collaboration avec des réassureurs, pour proposer encore plus de confort dans la prise en charge et une couverture plus complète.