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«Reporter»: un magazine d’investigation



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Christoph Bumb et Laurence Bervard annonçaient lundi le lancement d’un magazine digital. ( Photo : Reporter.lu )

«Un journalisme indépendant, critique, d’investigation et participatif»: voilà ce que promettent les journalistes Christoph Bumb et Laurence Bervard, qui annonçaient lundi le lancement d’un nouveau magazine digital.

«Reporter» se distingue tant par l’approche journalistique qu’économique. Épaulés par un web designer et un project manager, les deux journalistes veulent couvrir les sujets qui coulent sous le stress et le bruit du rythme de l’information en continu. Leur indépendance, ils veulent l’assurer en renonçant complètement à la pub et en se finançant grâce au crowdfunding. Le tarif sera «abordable», annonce Christoph Bumb.

«Reporter» démarrera sa campagne de collecte de fonds en novembre et compte lancer son site web définitif au printemps. L’objectif est d’employer cinq journalistes à plein temps d’ici un an, tout en ayant recours à des journalistes indépendants au Luxembourg et à l’étranger. Tandis que les premiers articles seront principalement en allemand, «Reporter» compte, à moyen terme, s’adapter à la diversité linguistique du Luxembourg.

Christoph Bumb, pourquoi cette initiative?

«C’était une longue réflexion, et mon équipe et moi, nous avions l’idée depuis longtemps. La manière dont fonctionne le journalisme au Luxembourg ne nous satisfaisait plus. D’une part, il y a l’indépendance. Il est clair qu’il y a toujours une influence politique, voire partisane et idéologique qui ne contribue pas à la crédibilité du journalisme et des médias au Luxembourg. D’autre part, c’est aussi conceptuel: beaucoup de médias ont toujours la même façon de penser en ce qui concerne la couverture de rendez-vous (‘Terminjournalismus’ en allemand) et ils s’enferment dans un journalisme de complaisance.

J’estime qu’ils ne songent pas assez à ce que veut en fait le lecteur. C’est l’expérience que j’ai eue au Luxemburger Wort au cours des cinq années que j’y ai passées. Les journalistes sont tellement attachés à l’actualité, qu’ils passent à côté des vrais sujets pertinents qui concernent les lecteurs et qui permettent la production d’une plus-value.

Ce sont donc l’indépendance et la liberté journalistiques qui nous ont motivés et qui ont mené à la concrétisation de notre projet.

Vous évoquez les sujets qui concerneraient les lecteurs. De quels thèmes traiteront vos articles?

«De manière générale, nous allons nous concentrer évidemment sur la politique, l’économie et la société au sens large. Je cite comme exemples l’analyse critique du modèle économique luxembourgeois, ou encore des sujets qui concernent la Place financière. Mais bien sûr aussi, les conséquences du modèle de croissance. Ce sont des sujets qui réapparaissent encore et encore dans les médias, mais dont la couverture reste généralement superficielle. Je le dis de manière un peu élevée: on peut faire mieux pour que le journalisme remplisse sa mission de contrôle pour la société.

Je ne prétendrais jamais qu’il n’existe pas des médias de qualité au Luxembourg qui poursuivent cet objectif et des journalistes qui savent faire ce travail. Mais il n’y a aucun média qui poursuit cette approche de manière conséquente et qui y voue ses ressources. Et ce juste dans le domaine digital. C’est justement dans le domaine digital qu’il y a un potentiel inutilisé au Luxembourg, car il permet un traitement de l’information sans les contraintes que connaissent la presse écrite et le secteur audiovisuel.

Afin de garantir l’indépendance de votre magazine en ligne et afin de permettre d’être libéré des contraintes que vous évoquiez, votre équipe et vous avez opté pour le crowdfunding. Vous vous êtes inspirés du média néerlandais «de Correspondent» et du média français «Mediapart». D’aucuns jugent que ce modèle ne peut pas fonctionner sur un marché de taille réduite qu’est le Luxembourg...

«Il existe encore d’autres exemples comme ‘Republik’ en Suisse. L’argument de la taille du marché est légitime et pertinent, mais personne n’a encore prouvé le contraire, ou à l’inverse, confirmé que cela marche. Cela dit, les modèles avec lesquels nous sympathisons, nous les avons évidemment analysés de fond en comble. Il est clair qu’un magazine digital au Luxembourg doit prendre en compte les spécificités du Luxembourg et la demande qui y existe. On ne peut pas simplement copier un modèle de manière identique, mais il faut l’adapter. Nous avons calculé et élaboré un business plan qui tient. En revanche, c’est un modèle qui ne pourra que fonctionner si, dès le départ, il est soutenu financièrement par assez de lecteurs. Mais c’est faisable au Luxembourg.

Je tiens à souligner que les différents médias que nous évoquions sont nés avec des messages différents. Or, au Luxembourg, on sent justement le mécontentement d’une grande partie du public avec l’offre des médias qui indique qu’il y aurait assez de gens pour soutenir ce nouveau modèle. Des développements récents dans les médias luxembourgeois ont reflété l’analyse fondamentale du manque d’indépendance de beaucoup d’entre eux.

Voilà pourquoi nous sommes confiants dans notre réussite.»