POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Futur de l’Europe

«Remodeler l’Europe du futur»



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Jean-Claude Juncker a évoqué différents sujets, tels que l’indépendance de la Catalogne ou le défi démographique et environnemental. (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

«L’Europe à deux vitesses est un concept dangereux», déclarait le président de la Commission européenne, ce vendredi à l’Uni. Devant quelque 500 étudiants, Jean-Claude Juncker défendait le projet européen comme seule réponse aux défis de l’avenir.

C’était un Jean-Claude Juncker de bonne humeur et décontracté qui se soumettait ce vendredi aux questions de jeunes élèves et étudiants réunis à l’Université du Luxembourg à Belval, lors d’une conférence-débat organisée par le C2DH (Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History) dans la Maison des sciences à Belval intitulée «Shaping the Europe of the future».

L’ancien Premier ministre, qui ne loupait pas l’occasion de rappeler qu’il avait grandi «à 600 mètres» de l’Uni, était le grand invité d’une conférence-débat. Dans son discours, avant de se soumettre à quelques questions d’élèves et étudiants, Jean-Claude Juncker revenait sur les grands défis actuels et futurs de l’Union européenne.

Mieux à 27 qu’à 98

Tandis qu’il soulignait en matière de migration, l’importance de l’accord avec la Turquie qui sauverait des vies, il expliquait que la sortie du Royaume-Uni de l’UE allait durer plus longtemps que prévu et que Londres devrait payer la facture du divorce avant que les négociations sur la future relation puissent commencer.

Par ailleurs Jean-Claude Juncker rappelait les défis sur le long terme, à savoir le changement climatique et l’évolution démographique. Compte tenu du fait qu’à la fin du siècle, l’Europe ne représenterait plus que 3% de la population mondiale contre 5-6% aujourd’hui, le repli nationaliste ne serait pas la bonne réponse.

Il s’exprimait dans ce contexte contre les revendications d’indépendance en Catalogne, car cela motiverait d’autres régions à suivre l’exemple. Or, fonctionner à 98 serait encore plus compliqué qu’à 27.

Ne pas exclure du débat

Interrogé par un étudiant au sujet des propositions du président français de créer un budget de la zone euro ou encore un ministre de la zone euro, le président de la Commission européenne estimait que le discours d’Emmanuel Macron ressemblerait à 90% au sien sur l’état de l’Union.

Néanmoins, Jean-Claude Juncker avertissait devant la complexité du détail de ce genre d’initiatives: «Il y a d’énormes différences entre Juncker, Merkel et Macron, lorsqu’il s’agit de donner du contenu à une idée qui m’est fort sympathique.»

En outre, interrogé au sujet d’une Europe qui avance ensemble ou une Europe à deux vitesses, Jean-Claude Juncker tentait de résumer en déclarant: «pour moi, l’Europe doit toujours avancer à 27». Si cela n’était pas possible, le président de l’Exécutif européen estimait que les uns pouvaient avancer plus vite, sans pour autant exclure les autres États des débats.

La langue

Pour finir, un autre étudiant demandait au président de la Commission européenne si, une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’UE, la langue française deviendrait la langue officielle de l’Union; Jean-Claude Juncker amusait le public en répondant «no» en anglais, avant de poursuivre en rappelant le «shitstorm venant d’outre-Manche» qu’il se serait pris lorsqu’il tenait un discours en français au mois de mai: «raison de plus de répondre en français».

Jean-Claude Juncker estimait que le régime linguistique de l’UE devait être traité sur un pied d’égalité dans ses différences. Sauf pour le Luxembourgeois, «parce que les gouvernements luxembourgeois ont toujours eu la sagesse de ne pas revendiquer le statut de langue officielle pour le luxembourgeois.» Pour une simple raison: «nous parlons les langues des autres». Il concluait que les Luxembourgeois pourraient s’entretenir avec les Français et les Allemands, quand ces derniers s’enfoncent dans des «abrutismes profonds».