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Réforme des taxis

Remettre les compteurs à zéro



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Selon la Fédération des taxis, la sous-location des licences à l'aéroport permet aux propriétaires de gagner entre 1.500 et 2.000 euros par mois. (Photo: Olivier Minaire/archives )

À compter du 1er septembre, le fonctionnement des taxis sera revu de fond en comble via l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi très attendue. Outre une hypothétique baisse des prix, le texte vise surtout à donner un grand coup de balai dans un milieu marqué par l’opacité et les conflits internes.

En gestation depuis 2013, la loi introduisant de nouvelles règles dans le monde des taxis a finalement été adoptée à la fin du mois d’avril. Outre la refonte totale du maillage, la libéralisation des prix ou l’obligation de délivrer des factures issues directement du taximètre, le texte entend mettre de l’ordre dans le milieu.

Autrement dit, réguler un secteur régi jusqu’à présent par un système communal avec 520 licences, exploitées par 144 sociétés et un nombre inconnu de chauffeurs. Et ce, de l’aveu même du ministère du Développement durable. Seule une estimation vague de «moins de 300 personnes» ressort ainsi des données officielles.

Ce manque d’information illustre d’ailleurs l’une des particularités de ce secteur, familier des règles opaques, ou du moins difficiles d’accès aux non-initiés. Pour s’en rendre compte, une consultation des données publiées au Registre du commerce suffit. Sur les trois principales sociétés, seule Colux a déposé tous ses bilans annuels, comme l’exige la loi.

De son côté, Inter-Taxis n’avait pas, début mai, rendu publics ses comptes pour les années 2013 et 2014. Quant aux actionnaires de Benelux Taxis, ils ont fait le choix de ne pas faire apparaître les données liées aux taxis dans les résultats consolidés de Voyages Emile Weber, la maison mère, depuis 2013…

Afin de freiner ces mauvaises habitudes, la nouvelle loi entend «mettre fin au flou législatif» qui règne actuellement. Un flou qui explique notamment les tarifs appliqués au Grand-Duché, où le prix moyen flirte avec les trois euros du kilomètre. Contre un peu moins de la moitié de l’autre côté des frontières.

«L’image du taxi n’est pas bonne et c’est normal au vu des magouilles qui ont lieu», résume Olivier Gallé, à la fois président de la Fédération des taxis et à la tête de Colux et de Taxi.lu. Cette situation serait, selon lui, le fruit «du laxisme des autorités communales qui ont délivré les licences» et du fait que la loi actuelle considère «comme délit toutes les infractions commises par les chauffeurs». Ce qui «engorge le Parquet».

Ces deux éléments auraient développé un sentiment d’impunité chez certains, renforcé notamment par l’absence de pouvoir réel de l’Inspection du travail et des mines ou de la police en la matière.

Contrôles au sein même des entreprises

Du point de vue du législateur et des principaux acteurs du secteur, la refonte des systèmes ne pourra donc s’opérer que par un renforcement des contrôles. La nouvelle loi octroie d’ailleurs aux Douanes et accises, ainsi qu’à la police, de nouvelles compétences, leur permettant notamment d’immobiliser les véhicules non conformes, mais aussi de réaliser des contrôles au sein même des entreprises. «Ce qui va changer pas mal de choses», estime Olivier Gallé qui voit là une manière efficace «de repartir de zéro en permettant réellement de savoir qui fait quoi, avec quel personnel et dans quelles conditions».

Autre mesure à venir: le renforcement des vérifications lors de l’enregistrement d’un véhicule comme taxi lors de son passage au contrôle technique. Une manière pour les autorités de lutter contre le phénomène des sous-locations qui gangrène la profession, exercée à 55% par des exploitants ne disposant que d’un seul véhicule. Selon un membre de la Fédération des taxis, cette pratique est «très fréquente dans les petites structures qui sont présentes à l’aéroport», où les licences s’arrachent à prix d’or.

À en croire ce professionnel, les propriétaires des licences délivrées pour le Findel percevraient entre 1.500 et 2.000 euros mensuels pour sous-louer leur licence, contre 1.000 euros au sein de la capitale et 500 euros dans le reste des communes. Une pratique qui impacte directement les clients, puisqu’«avant de pouvoir gagner leur propre revenu, les chauffeurs doivent multiplier les courses et les heures de conduite mais peuvent aussi augmenter de manière conséquente le prix», juge le département Transport du ministère.

Faire payer 90 euros pour avoir parcouru moins de 10 kilomètres entre l’aéroport et le Kirchberg ne semble ainsi pas être une pratique inédite, selon plusieurs acteurs du secteur.

À ce phénomène vient se superposer une autre spécificité luxembourgeoise, liée à la clientèle cette fois-ci: selon les estimations de la Fédération des taxis, les hommes d’affaires représentent «entre 65 et 70%» des usagers des services des sociétés de transport. Or, ces derniers ne sont guère regardants sur le montant débité par le taximètre, la facture étant au final payée par leur entreprise.

Selon les estimations du ministère, la libéralisation des prix appliquée à compter du 1er septembre ne se fera toutefois pas sentir de suite. «La plupart des sociétés vont continuer avec les tarifs actuels, même si certains vont tenter d’en profiter, assurent les fonctionnaires. Mais le ministre s’est engagé à faire un bilan des effets de la loi deux ans après son application pour effectuer les adaptations nécessaires.»

Au vu du bouleversement qui attend le secteur, il est probable que le sujet revienne sur le devant de la scène bien avant la date annoncée de 2018.