POLITIQUE & INSTITUTIONS

ADAL

Redistribuer l'auto dans la mobilité



Ed Goedert n'entend pas juste regarder dans le rétroviseur. (Photo: Sven Becker)

Ed Goedert n'entend pas juste regarder dans le rétroviseur. (Photo: Sven Becker)

Ed Goedert se concentre désormais sur la présidence de l’Adal et se voit bien porter davantage la voix des concessionnaires au sein de la 
Fédération européenne. Adepte du lobbying réaliste, 
il s’entend avec le ministre Bausch 
et se veut force de proposition, 
pour la mobilité en général.

«Il y a un lien fusionnel avec la voiture. Mais la mobilité a évolué et se trouve face à de grands défis. Et qu’on le veuille ou non,le secteur automobile doit s’y préparer.» Ce n’est pas un ministre écologiste des Transports qui parle, mais ces propos sont – curieusement, diront certains – le fait d’un grand patron de l’automobile. Ed Goedert, passionné s’il en est, a tourné une page en passant la main à la tête de son entreprise, Autopolis (Marc Devillet 
a repris les commandes), mais il n’a pas lâché 
le volant du secteur automobile luxembourgeois. Il est plus que jamais président de l’Association des distributeurs (l’Adal), qui forme, avec Fegarlux (la Fédération des garagistes) l’essieu moteur d’un «lobby» spécial dans un pays très attaché aux bagnoles, où l’on immatricule bon an mal an quelque 50.000 véhicules. Mais justement, en 2013, ces chiffres n’avaient jamais été aussi bas depuis 10 ans…


Précisément, Ed Goedert connaît par cœur 
le métier. «Jusqu’ici, j’étais un peu juge et partie, concessionnaire et patron des concessionnaires. On représente toujours un peu son entreprise… Désormais, je ne suis plus dans l’opérationnel et je peux vivre la situation du marché avec du recul. Je représente le métier, 
à 150%. Et il doit être représenté avec conviction: face aux constructeurs, le concessionnaire est le vassal des temps modernes.»


Une diversité d'acteurs

Vis-à-vis des (ex-)collègues, le Ed Goedert nouveau se sent perçu différemment, plus neutre, plus libre. «Ma première mission, 
c’est d’aller visiter la soixantaine de membres 
de l’Adal. Il faut voir les choses in situ, dans 
les grandes concessions, mais aussi dans les moyennes, les petites. La réalité du terrain, 
c’est la diversité de ses acteurs. Et aller écouter, avoir un vrai contact, capter les valeurs humaines, cela me semble fondamental. 
Tout n’est pas mécanique…»


Pour autant, l’homme ne se voit pas en 
«chevalier blanc» de service. Encore moins dans le rôle du béat. «Les concessionnaires connaissent toujours leurs droits, parfois 
moins leurs devoirs», cligne-t-il.


Entouré d’une garde rapprochée, Alain Petry comme conseiller au sein de la CLC (Confédération du commerce) et d’un jeune distributeur, Benji Kontz, à la vice-présidence, il veut que l’Adal, en tant que «syndicat des concessionnaires», soit l’interface, parfois discrète, toujours efficace, avec les ministères, les assurances, les banques, les gestionnaires 
de flotte…

Autant dire avec un pan important de l’économie du pays. Et ce d’autant que 
le secteur automobile représente à lui seul quelque 5.000 personnes employées.


Infléchir les décisions, jusqu'à Bruxelles

Quand on lui parle de groupe de pression, 
Ed Goedert ne récuse pas le terme. 
Et il assume en tout cas le pouvoir d’infléchir les décisions.

«Le lobbying a fait ses preuves. Adal et Fegarlux ont été entendus, notamment par Mme Hetto-Gaasch quand elle était aux Classes moyennes. On s’est fait entendre à différents niveaux. La directive sur la distribution sélective, passée à Bruxelles, était favorable 
aux constructeurs. La loi luxembourgeoise, adaptée, permet de rendre plus de liberté aux distributeurs.» 
Dans un ordre d’idées similaire, l’Adal 
se réjouit de la souplesse apportée au contrôle technique, avec l’abolition du premier contrôle et la possibilité d’effectuer le service directement chez le concessionnaire, par exemple.


Fort de ces succès, le patron croit dans 
l’exportation du modèle grand-ducal. «Ici, nous avions déjà adapté le modèle autrichien 
à notre sauce spécifique. Et l’adaptation luxembourgeoise de la directive européenne a fait école au sein du Cecra», soit le Conseil européen du commerce et de la réparation automobile, où Ed Goedert est déjà délégué.
 Avec davantage de temps disponible et une volonté de mettre son expérience au service de ses pairs, il ne cache pas qu’il se verrait bien «porter le lobbying à Bruxelles» – le président du Cecra (qui regroupe 22 syndicats professionnels européens) est, depuis 2010, le Français Jean-Paul Bailly.


En commun, une politique des transports

Mais, pour Ed Goedert, le plus gros chantier est sociétal et il est lié à la place même de l’automobile. «Plus personne ne peut ignorer les questions d’écologie, de mobilité au sens large. Demain, il y aura moins de voitures, d’autres besoins. L’automobile doit se penser autrement et les distributeurs doivent s’adapter ou subir.» Grand amateur de motos, de voyages hors des sentiers battus et de débats d’idées, Ed Goedert entend poser un regard lucide sur la mobilité. «La voiture, c’est une possession. La mobilité, c’est une question 
d’utilisateur et de logique de déplacement. 
On va vers la location, le car-sharing, la 
diminution du nombre de véhicules par foyer… On peut pester contre la politique des transports en commun. Ou faire en commun une politique des transports.»


Avec son sens de la formule, le sage patron des concessionnaires en rajoute une: «On 
a le choix de rester sur le quai ou d’être dans 
le bon train. Et moi, je préfère être dans la 
locomotive.» Il en parle volontiers, y 
compris avec le ministre Vert du ressort: 
«On m’avait dit: ‘Bonne chance pour discuter avec François Bausch.’ Je n’ai aucun souci pour travailler avec lui. Je pense même que 
l’on peut creuser des pistes plus novatrices.» 
Et d’évoquer son enfance, quand on pouvait sillonner le pays en empruntant les chemins de fer vicinaux, remplacés par des bus et 
des sentiers auto-pédestres, «alors que les 
uns n’excluent pas les autres».


Un rapport différent

Dans tous les cas, le patron des distributeurs automobiles sait que la conception actuelle des choses entraîne déjà des changements. «Lors de l’Autofestival, on constate que 
les 18-25 ans sont peu présents. Les jeunes 
ont un rapport différent à la mobilité et sont 
plus sensibilisés à l’environnement. Ils seront plus réceptifs à de nouveaux concepts, qui vont au-delà des voitures électriques. Les mentalités changent, il faut s’adapter.» 


Dans ce contexte, le remuant Goedert 
entend «se battre pour les statuts, valoriser
les métiers de l’artisanat, la formation… 
L’entrepreneur mérite le respect. Les jeunes méritent d’être entreprenants». Si les 
distributeurs automobiles luxembourgeois, aujourd’hui, «ne peuvent pas trop se 
plaindre par rapport aux marchés voisins», 
Ed Goedert en appelle au rebond, à tenir compte aussi, pour bien penser l’avenir, 
de l’augmentation de la population, résidente et économique. Et à ajouter des 
idées aux idées, pour avancer. «Il faut 
de la vision et il faudra du courage.»