PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Perspectives

Quand la géo retrouve ses lettres de noblesse



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Hervé Burger (Fuchs Finance & Associés) (photo: paperJam.TV)

En cette période de rentrée scolaire, les investisseurs redécouvrent l’importance de la géographie, tant les disparités de performance depuis le début d’année entre les différentes zones du globe ont été impressionnantes.

Du côté positif on note la remarquable performance du Japon (+33,34 % pour le Nikkei). Rappelons cependant qu’une hausse supplémentaire de 180% est nécessaire pour qu’il atteigne son niveau record de l’année 1989, suivi des Etats Unis (+13.99 % pour le Dow Jones) et de la zone Euro (+5.25% pour l’Eurostoxx 50).

La grande déception sera venue des pays émergents avec des performances négatives de 5,66 % pour la Chine, de 14,11 % pour le Brésil et de 14,66 % pour la Turquie…

Comment expliquer ces différences et pouvons-nous en tirer des conclusions sur le potentiel de gain futur? En nous rappelant que «la prévision est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne le futur» pour citer l’humoriste Pierre Dac.

Les Etats-Unis…

Commençons par les Etats Unis qui furent à l’origine de la crise des «subprimes» et de sa diffusion à l’échelle mondiale. La bonne performance américaine de ces derniers mois reflète la flexibilité de l’économie et des politiques monétaires et budgétaires ambitieuses. La Réserve Fédérale (FED) n’a pas hésité à imprimer de la monnaie en masse afin de maintenir des taux d’intérêt bas, et ainsi favoriser les investissements sur les marchés immobiliers et des actions afin de créer un effet de richesse positif pour le consommateur. Relevons que le «Quantitative Easing» devrait être abandonné dans les mois qui viennent, mais de manière progressive pour ne pas handicaper le retour de la croissance.

Quant à la politique budgétaire, si le thème du «fiscal cliffl» a défrayé la chronique en fin d’année 2012, le retour de la croissance, avec ses rentrées fiscales abondantes, est en train de réduire rapidement le déficit US. La bourse américaine dont la hausse a pour origine la hausse des marges des entreprises pourrait cependant marquer le pas dans les prochains mois si la hausse des chiffres d’affaire ne vient pas prendre le relais.

La zone euro…

La zone Euro affiche un bilan boursier honorable, mais rappelons qu’elle partait d’un niveau très bas et que l’Eurostoxx 50 reste toujours très en deçà de son record historique de juillet 2007. Cette zone géographique reste empêtrée dans ses problèmes structurels et d’une Union Monétaire sans fédéralisme: qu’il est loin le temps ou l’Italie, l’Espagne, la France pouvait rembourser leur dette dans une monnaie dévaluée! La réduction au forceps des déficits (sous peine de défaut) a conduit à une croissance déprimée dans les pays périphériques.

L’ajustement semble en bonne voie avec des taux longs italiens et espagnols qui se stabilisent vers 4.50 %; par ailleurs, le chômage espagnol qui avait atteint un taux de 27,1% est légèrement reparti à la baisse depuis mai. La zone Euro dans son ensemble donne des signes d’une modeste embellie avec une croissance positive pour le deuxième trimestre (+0,3%) qui intervient après 6 trimestres consécutifs de croissance négative.

Cependant tout n’est pas réglé, les banques européennes restent fragiles, et la France qui refuse obstinément toute réforme structurelle (voir le cas récent des retraites) pourrait faire office de nouveau maillon faible. Dans ce contexte, une grande sélectivité des investissements est de mise, avec une préférence pour les entreprises dont une part importante du chiffre d’affaire est générée à l’exportation.

Les pays émergents…

Les marchés émergents ont été victime d’une part des craintes d’un ralentissement chinois et d’autre part de rapatriements de capitaux, les investisseurs anticipant la fin de la politique d’assouplissement monétaire aux USA et donc des taux d’intérêt plus attractifs dans les pays développés.

Il faut savoir raison garder: les investisseurs paniquent à l’idée de voir une croissance de 7.5 % en Chine cette année (certes plus faible qu’au milieu des années 2000), mais cela reste à un niveau exceptionnel car la Chine est maintenant la deuxième économie mondiale; Par ailleurs le gouvernement chinois a fixé le taux de 7% comme un plancher et les statistiques publiées cet été laissent entrevoir un rebond de la production industrielle. Dans ce contexte, nous restons optimistes sur ce pays.

Enfin les retraits de capitaux des pays émergents liés à l’anticipation d’un durcissement de la politique monétaire US semblent être des mouvements spéculatifs que l’on qualifiera de «hot money».

Profitons de ces soldes pour renforcer l’exposition aux actions dans ces pays dont le potentiel de développement restera important dans les prochaines années.