PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

International

Quand la finance s’exporte



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La Banque internationale à Luxembourg, présente en Suisse, au Danemark et à Dubaï a par contre quitté Singapour. (Photo: BIL)

Au fil des opportunités, les groupes financiers luxembourgeois ont développé des filiales ou succursales à l’étranger pour se rapprocher de leurs clients. Tour d’horizon de ces dévelop­pements hors frontières.

Le Luxembourg, on le sait, est un port d’attache européen pour les grandes institutions financières internationales. Ce que l’on voit moins, en revanche, c’est que les acteurs financiers luxembourgeois ont aussi des ambitions au-delà des frontières. Certains d’entre eux ont franchi le pas, se dotant d’entités hors du pays. La plupart dans les pays environnants, certains poussant leurs pions nettement plus loin.

Aujourd’hui sous le contrôle du groupe chinois Legend Hol­dings, la Banque internationale à Luxembourg (Bil) avait ainsi étendu sa sphère d’activité jusque Sin­gapour. Présente dans la ville-État asiatique dès 1982, elle s’en est retirée en 2015, faute de moyens suffisants. «Évoluer de manière durable dans cette région requiert en effet une structure d’une certaine envergure dont nous ne disposons pas», avait à l’époque justifié Hugues Delcourt, président du comité de direction de la Bil. Aujourd’hui, la banque est toujours active au Danemark, en Suisse et à Dubaï. 

Héritages et créations

L’implantation de la Bil dans les Émirats date de l’époque du retrait de Singapour (début 2015). L’objectif visé était de développer l’activité dans une zone à forte concentration de très grandes fortunes. La présence en Suisse est également ancienne (1984) et a été renforcée, début 2015, par le rachat par Bil Suisse de KBL Switzerland, la filiale helvétique du groupe luxembourgeois de banque privée KBL European Private Bankers.

Dans le même temps, la Bil revendait ses ré­-centes activités belges à Puila­etco Dewaay, intégrée dans KBL. Des opérations facilitées par le fait que les deux banques étaient alors toutes deux détenues par le groupe qatari Pre­cision Capi­tal. Enfin, la présence au Dane­mark, elle, est un héritage de l’époque Dexia. Dans le démantèlement du groupe franco-belge au sein duquel la Bil était intégrée, elle a gardé cette entité spécialisée dans le private banking. «C’est une entité qui réalise du profit et dispose d’une base de clientèle solide. Elle nous permet de rayonner dans les pays scandinaves en banque privée», commente Vincent Pelletier, porte-parole de la Bil.

La Banque de Luxembourg a des ambitions plus limitées, mais a tenu, elle aussi, à se rapprocher des Belges, qui ont toujours fait partie de sa base de clientèle depuis sa fondation en 1920. En 2010, elle ouvre une succursale, la Banque de Luxembourg Bel­gique. Présente à Bruxelles, elle a implanté un bureau à Gand en 2015 pour se rapprocher de la clientèle du nord du pays, largement plus aisée. Dirigée par un manager local, David Schmidt, elle emploie une vingtaine de collaborateurs et gère quelque 4 milliards d’euros d’encours. «Désor­mais, la Banque de Luxem­bourg compte parmi les gestionnaires de patrimoine de référence en Belgique», observe la responsable Communication de la banque, Stéphanie Rodin.

Ambitions d’expansion

Le 17 janvier dernier, Capital­atWork a inauguré ses nouveaux locaux à Anvers. Un événement qui touche le groupe Foyer, qui a acquis le gestionnaire belge de patrimoine en 2009. La société, logée au Luxembourg, a été fusionnée avec Foyer Patrimo­nium et a poursuivi son aventure dans le Benelux. Lors du rachat, l’enseigne était présente à Luxem­bourg, Bruxelles, Anvers et Breda (Pays-Bas). Depuis, des bureaux ont encore été ouverts à Gand et Courtrai. Hors du Luxembourg, 57 personnes travaillent en Belgique et 5 aux Pays-Bas. La société gère, pour ses clients dans ces trois pays, plus de 7 milliards d’euros d’actifs sous contrats.

«Il a toujours existé chez Foyer une volonté de s’étendre à l’international, explique Alice Bodart, responsable Presse. Dès la première moitié du 20e siècle, nous nous sommes implantés en Sarre, en France et en Belgique, avant de nous recentrer sur le Luxem­bourg.» Les familles actionnaires ont toujours fait part de leur volonté de s’ouvrir vers l’Europe et, après le traité de Maastricht, en 1992, Foyer a fait figure de pionnier dans la libre prestation de services (LPS) à l’international via Foyer International, devenu Wealins, actif en assurance-vie dans 11 pays.

Dans son métier d’assureur non-vie, Foyer est présent dans le sud de la Belgique via la vente en LPS d’assurances-auto et habitation. Une activité qui occupe 25 employés au Luxembourg, tandis qu’en Belgique, la vente passe par des courtiers indépendants. En mai 2018, pour compléter son offre, Foyer a acheté l’agence de souscription Avise, basée à Bruxelles. Elle emploie quatre personnes et propose des assurances haut de gamme élaborées par de grands assureurs européens. Au total, l’activité d’assurance en Belgique représente un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros pour l’exercice 2017.

Traquer le client au plus près

Autre acteur de la banque privée à s’être donné une envergure internationale, KBL epb a développé son activité sur cinq marchés – ­clés. L’expansion euro­pé­enne a démarré dans les années 80 avec l’acquisition de la société de gestion de fortune britannique Brown Shipley (1986), suivie de Merck Finck en Allemagne (1999), de la banque privée néerlandaise Insinger­Gilissen (2003) et de la banque privée basée à Bruxelles Puilaetco Dewaay (2004).

KBL España, succursale de KBL epb, a été fondée en 2010. Le groupe insiste surtout sur sa présence dans 50 villes européennes, ce qui le place au plus près de ses clients et leur offre une perspective globale. 1.200 personnes sont actives dans ses sociétés à l’étranger et, ensemble, elles gèrent 52 milliards d’euros d’actifs. Selon la stratégie définie lors de l’acquisition en 2012 par Precision Capital, KBL epb est en permanence à la recherche de nouvelles acquisitions pour densifier sa base d’actifs sous gestion dans chaque pays. Mais sa stratégie reste de grandir dans les marchés où il est déjà présent, pour entrer dans le top 3 national en banque privée, plutôt que d’ouvrir de nouveaux horizons.

Enfin, Quilvest Wealth Ma­na­gement, spécialiste luxembourgeois en banque privée et ges­tion de patrimoine, a étendu sa présence sur trois continents. Le grou­pe est présent avec ses pro­pres bureaux à Paris, Genève et Zurich, en Uruguay (Monte­video) et au Chili (Santiago). Par la banque CBP Quilvest, basée aussi au Luxem­bourg, il dispose d’autres bureaux, à Bruxelles et à Singapour.