PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Interview

«Objectif 5.000 milliards»


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L’industrie luxembourgeoise des fonds d’investissement se porte bien. Elle n’ignore cependant pas les nombreux défis à relever. En restant à la pointe, avec l’ambition de mieux servir l’investisseur et de contribuer au développement de l’économie, les acteurs luxembourgeois continuent à travailler dur pour préserver leur leadership mondial. 

En septembre dernier, l’industrie luxembourgeoise des fonds d’investissement comptabilisait 4.000 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Un an plus tard, les observateurs parient sur le temps qu’il faudra pour atteindre la barre des 5.000 milliards. «Nous sommes passés de 2.000 milliards à 3.000 milliards en quatre ans, puis de 3.000 à 4.000 milliards en trois ans», commente Denise Voss, présidente de l’Alfi (Association luxembourgeoise des fonds d’investissement). «Au mois de juillet dernier, nous représentions 4.282 milliards d’euros, avec une croissance toujours très soutenue du secteur. En 10 ans, le volume d’actifs sous gestion a crû de 171%.» Aujourd’hui, 26,6% des actifs sous gestion des fonds d’investissement européens sont domiciliés au Luxembourg. En seconde position figure l’Irlande, qui rassemble 15,3% de ces actifs. À l’échelle mondiale, les États-Unis se taillent la plus grosse part du gâteau, hébergeant 41% du total des actifs sous gestion. Luxembourg se place en deuxième position, avec 10% des parts du marché mondial.

Un succès fondé sur l’Ucits

Le succès international de l’industrie luxembourgeoise des fonds est intimement lié à celui de l’Ucits (Undertakings for Collective Investments in Transferable Securities), le désormais célèbre produit d’investissement européen réglementé. Il y a 30 ans, le Luxembourg était le premier pays européen à transposer en droit national la directive Ucits, ouvrant la voie au développement remarquable de l’industrie des fonds en son sein. «Ce produit séduit des investisseurs bien au-delà des frontières de l’Union européenne. Depuis Luxembourg, nous distribuons les fonds Ucits dans plus de 70 pays. Depuis quelque temps, on parle même d’une marque ‘Luxembourg Ucits’, révélant le lien fort entre le produit et notre place financière», précise la présidente de l’Alfi, association qui fête elle aussi son 30anniversaire. «Sur cette base, nous avons pu consolider une expertise unique, avec des infrastructures de classe internationale, des compétences poussées et les meilleurs produits.»

Notre industrie ne serait pas ce qu’elle est sans cette coopération unique de l’ensemble des acteurs qui la composent, et ce compris le gouvernement.

Denise VossDenise Voss, Présidente (Alfi)

Diversifier et innover

Ces dernières années, on a aussi assisté à une forte diversification de la Place. Elle s’opère à divers niveaux, à travers les produits proposés, pour mieux répondre aux attentes des investisseurs, ainsi que dans l’ouverture de nouveaux marchés. Les fonds alternatifs, avec la directive AIFM, constituent par exemple un relais de croissance prometteur. 

Pour maintenir sa position, Luxembourg est condamné à innover, encore et encore. «Notre industrie ne serait pas ce qu’elle est sans cette coopération unique de l’ensemble des acteurs qui la composent, et ce compris le gouvernement. Au-delà de la concurrence, tous travaillent d’abord pour faire avancer la place financière», poursuit Denise Voss. «Si Luxembourg gagne, tout le monde gagne. L’enjeu est de préserver un environnement propice au business, avec des bons outils, les bons produits et une fiscalité attractive.»  

Maintenir sa position face à la concurrence

La concurrence ne dort pas. Le contexte du Brexit a réveillé les velléités d’autres Places européennes. «Dans le domaine des fonds d’investissement, Luxembourg et Dublin profitent principalement des retombées. Il faudra cependant évaluer dans quelle mesure la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne peut redistribuer les cartes à plus long terme», explique Denise Voss. «La compétition au niveau global est aussi féroce. Sur le modèle de Ucits, plusieurs pays, en Asie d’une part, en Amérique latine d’autre part, envisagent la mise en œuvre d’un environnement réglementaire de confiance similaire à ce qui existe en Europe. Cela prendra du temps, mais il ne faut toutefois pas sous-estimer cette nouvelle concurrence.»

Un autre enjeu tient à la transformation du modèle de distribution des fonds, sous l’effet de réglementations comme Mifid II, mais aussi en raison de la transformation digitale à l’œuvre. «Aujourd’hui, la distribution s’opère à travers des intermédiaires, banques privées, conseillers en investissement, gestionnaires de fortune. Toutefois, le digital doit permettre à tout un chacun, demain, d’investir en ligne. À l’avenir, un modèle de distribution B2B pourrait cohabiter avec une approche D2C», assure la présidente de l’Alfi. Le digital, avec la regtech notamment, doit aussi permettre aux acteurs de mieux absorber les coûts, et notamment ceux découlant d’une réglementation toujours plus contraignante.

La croissance dans l’éducation financière

Enfin, selon l’Alfi, il faut aussi pouvoir aller chercher de la croissance en contribuant à une meilleure éducation financière des citoyens à l’échelle européenne. «Nous devons être en mesure de mieux expliquer notre rôle, la manière dont nous contribuons à l’économie, comment fonctionnent nos produits», explique Denise Voss. «De cette manière, dans un contexte de systèmes de pension nationaux mis sous pression, chacun pourra notamment trouver dans les fonds d’investissement le moyen de préparer l’avenir. Dans ce contexte, le site www.understandinginvesting.org créé par l’Alfi aborde plusieurs de ces sujets dans un langage accessible. Le contenu est disponible en trois langues: français, anglais et allemand.»

Il appartient aussi à l’industrie de proposer des produits qui répondront aux exigences de ces investisseurs particuliers. La Commission européenne, dans ce cadre, veut instaurer un produit paneuropéen d’épargne-retraite (PEPP). «Aux États-Unis, 45% des épargnants détiennent des investissements dans un fonds. En Europe, cette proportion reste en dessous de 10%. Si le contexte outre-Atlantique n’est pas le même que chez nous, il y a là une marge de progression non négligeable», conclut la présidente de l’Alfi.