PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Investissements

Les Abenomics: une expérience nippone audacieuse



steve_glod_bli.jpg

Steve Glod est gestionnaire de fonds auprès de BLI (Banque de Luxembourg Investments). (Photo: BLI)

Depuis le scrutin de décembre 2012 et la victoire écrasante de Shinzo Abe et de son Parti démocrate libéral, le terme «Abenomics» est dans toutes les bouches. Le nouveau gouvernement a mis sur pied l'une des politiques monétaires les plus radicales que le pays ait jamais connues.

L'objectif de cette politique consiste à donner à l'économie nippone, en berne depuis des lustres, un électrochoc salutaire et sortir de la spirale déflationniste qui pèse sur les investissements des entreprises et la consommation des ménages.

De nombreux économistes ont salué avec enthousiasme cette nouvelle politique du gouvernement Abe. Les premiers indicateurs sont en effet positifs, les cours boursiers grimpant en flèche et le déclin du yen ayant rendu les exportations plus compétitives.

Le plus important reste cependant à faire et seulement si les autorités japonaises sont capables de pérenniser leur changement de politique et de procéder à des réformes structurelles favorisant la croissance, les Abenomics peuvent fonctionner et mettre un terme au cycle baissier qui mine la croissance nipponne depuis des décennies.

Les risques liés aux Abenomics sont cependant considérables. Un risque majeur se situe dans une hausse des taux à long terme, une fois que l'inflation repartira à la hausse. Ceci pourrait être néfaste pour un pays dont la dette publique représente 245% de son PIB. Surtout si les réformes structurelles ne donnent pas les résultats escomptés, le fossé entre les revenus des ménages japonais et le coût de la vie pourrait se creuser. Les ménages pourraient être amenés à se désengager du marché obligataire et à dépenser l'argent ainsi libéré.

Compte tenu des problèmes démographiques structurelles du pays, le taux d'épargne a déjà chuté à l'un de ses plus-bas historiques et semble promis à tomber davantage, la masse des retraités étant appelée à grossir et l'épargne à subir dès lors une sérieuse cure d'amaigrissement.

En ce qui concerne le marché boursier japonais, après des décennies de déceptions, l'humeur n'est pas à l'investissement fondamental. La plupart des investisseurs qui veulent s'exposer au marché japonais ont tendance à parier sur certains thèmes de manière périodique, sans porter une grande attention aux fondamentaux ou aux valorisations des entreprises.

La thématique d'investissement actuelle se concentre sur les Abenomics, les investisseurs poussant les cours à la hausse sur base d'hypothèses qui doivent encore se concrétiser et d'initiatives qui doivent encore se montrer durables. A la Banque de Luxembourg, nous ne fondons pas nos investissements sur des thèmes macroéconomiques, mais nous appliquons une approche d'investissement reposant sur les fondamentaux des entreprises.

Cette approche nous amène à acheter des sociétés rentables qui disposent de bilans solides et d'un avantage compétitif leur permettant de créer de la valeur pour leurs actionnaires sur le long terme. Nous portons également une attention particulière à la valorisation et sommes convaincus que cette approche s'avérera payante sur le long terme. Les entreprises dans lesquelles nous investissons seront à même de fournir de bons résultats dans un environnement favorable, mais elles devraient également faire bonne figure au cas où les Abenomics ne répondraient pas aux attentes.