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Consommation

Le match du business bio



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Croissance: en quelques années, l’offre de produits bio occupe une place de plus en plus importante sur les étals luxembourgeois. (Photo: Nader Ghavami)

Incontournable dans la quête d’une alimentation saine, le bio est devenu un enjeu majeur pour la grande distribution. Un créneau sur lequel les enseignes spécialisées se démarquent. Le point sur un marché en hausse constante.

À l’heure où les consommateurs sont de plus en plus incités à faire attention à leur menu, ou encore à la provenance de leurs aliments, manger bio peut être une alternative adéquate afin de répondre à tous ces critères. Du côté des magasins, chacun essaie de se positionner sur ce marché en forte croissance. Parmi les principaux acteurs présents au Luxem­bourg, il y a d’un côté les super­marchés «conventionnels», qui intègrent de plus en plus des rayons dédiés aux produits biologiques.

Mais de l’autre, il y a également des enseignes spécialisées dans le bio, comme Naturata. «On estime que la nourriture biologique représente 5% du marché global au Luxem­bourg», explique Sigmund Walbaum, gérant de Naturata. «Et nous possédons environ 30% de parts de marché sur ce segment. Nous sommes un des pionniers des magasins bio au Luxembourg. Notre concept est unique en Europe», appuie-t-il. À l’origine de Naturata, se trouve ce qui est aujourd’hui devenu le groupe Oikopolis. En 1988, la coopérative des fermiers bio du Luxembourg (BIOG) s’est formée, et l’ouverture d’un premier point de vente commun remonte à 1989.

Trois entités représentent aujour­­d’hui les entre­prises principales d’Oikopolis: la coopérative agricole des fermiers biolo­giques du Luxembourg BIOG, le grossiste Biogros et la chaîne de points de vente – 10 en propre actuellement au Luxem­bourg – Naturata. «À l’époque, Oikopolis s’est un peu créé comme une start-up, dans un garage. Aujour­d’hui, notre modèle permet de fournir à nos clients des produits bio au juste prix, et il est également très important pour nous de rémunérer à leur juste valeur les producteurs avec lesquels nous travaillons.»

Un C.A. en hausse constante pour Naturata

«Notre but n’est pas de vendre les produits bio les moins chers», poursuit Peter Altmayer, également gérant de Naturata. «Et nous n’avons pas pour ambition d’enchaîner les ouvertures de points de vente ou de dominer le marché. Ce que nous souhaiterions, c’est que le bio recouvre 100% de parts de marché de la consommation nationale du Grand-Duché. Cela reste du domaine de l’utopie, mais en développant les cultures biologiques et en encourageant les agriculteurs à se reconvertir dans le bio, nous pouvons augmenter la part que représente le bio dans la consommation luxembourgeoise.»

Et ce pionnier du bio dans le pays, comment voit-il l’arrivée d’enseignes «traditionnelles» sur ce segment? «Pour nous, elles ne représentent pas des concurrents, il est plus intéressant de créer des partenariats. Les aliments produits par les cultivateurs ou fermiers de BIOG sont vendus dans ces magasins. La coopération est la philosophie d’Oikopolis depuis toujours. Nous essayons d’être très cons­tants avec nos partenaires, d’être attentifs à leurs besoins, tout comme eux sont attentifs aux nôtres», note Sigmund Walbaum.

«Pour nous, le fait que des produits biologiques soient vendus dans ces grandes surfaces conventionnelles permet aux consommateurs d’avoir un premier contact avec le bio. Cela peut leur donner envie d’avoir accès à plus de produits et à une autre philosophie de con­som­mation, et ainsi se tourner vers nos magasins par la suite. Mais bien sûr, nous restons des businessmen, donc nous demeurons vigilants pour conserver notre croissance et la qualité de nos services», ajoute Sigmund Walbaum.

De manière générale, le marché du bio croît très rapidement.

Sigmund Walbaum, gérant de Naturata

Le réseau de points de vente Naturata compte aujourd’hui en moyenne 3.000 clients par jour et employait 188 personnes au 31 décembre dernier, contre 161 salariés pour l’année 2016. Il a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires d’environ 31 millions d’euros, «soit une hausse de 8% par rapport à 2016. En moyenne, notre croissance est d’environ 10% tous les ans depuis 30 ans. De manière générale, le marché du bio croît très rapidement, nous avons environ 8.000 produits, nos fournisseurs ‘premium’ sont les agri­cul­­teurs de la coopérative BIOG, mais ils ne peuvent pas produire assez pour toute l’année, donc nous faisons appel à d’autres producteurs biologiques», précise Sigmund Walbaum. Un 11e magasin ouvrira ses portes au printemps prochain, «et nous allons également ouvrir notre troisième ‘on-farm store’, où les consommateurs achètent les produits directement à la ferme».

Cactus, Delhaize et Colruyt sur les rangs

Parmi les enseignes, de nombreux acteurs sont présents sur le marché du bio. En plus de Naturata, le Grand-­Duché recense de nombreux magasins dédiés aux produits biologiques, entre autres: Naturalia ­­(qui appartient au groupe Monoprix et dont l’effectif n’est pas communiqué), Alavita (entre 5 et 10 salariés selon les périodes), Mullebutz (qui emploie 8 personnes), Ouni (6 salariés) ou encore Nature Ele­ments (10 salariés). Mais pour les enseignes dites «conventionnelles», surfer sur ce marché en pleine expansion est aussi stratégique.

«Nous proposons des produits biologiques à nos clients depuis les années 1990 au Luxembourg», confirme une porte-parole du groupe Delhaize. L’enseigne belge affiche une hausse de 19% du nombre de références bio disponibles dans son assortiment entre janvier 2017 et janvier 2018. Sur les 1.300 articles disponibles en magasins au Luxembourg, environ 200 sont des produits locaux.

Sans dévoiler le chiffre exact, Delhaize confie que «le marché du bio connaît une croissance à deux chiffres au Luxembourg». Cactus affiche, lui, plus de 2.750 produits issus de l’agriculture biologique, et pour certains rayons, comme celui des œufs, le bio représente plus de 40% des ventes. Cactus se qualifie comme un «pionnier du bio en grandes surfaces. C’est en 1974 que nous avons proposé à nos clients les premiers produits biologiques en épicerie», précise un porte-­parole de l’enseigne luxembourgeoise. Cactus a notamment mis en place dès 1994 un partenariat avec Biogros, du groupe Oikopolis.

Une forte demande de la part des consommateurs.

Pascal Bernimont, manager régional pour le Luxembourg chez Colruyt

Pascal Bernimont, manager régional pour le Luxembourg chez Colruyt, explique quant à lui que le groupe belge «se développe vraiment sur le marché du bio, avec une forte demande de la part des consommateurs». Colruyt a lancé sa propre enseigne bio en Belgique en 2001 sous le nom de Bio-Planet, et a pour objectif d’en posséder 40 d’ici 2022. «Mais il n’y a pas encore d’ouverture au Luxem­bourg dans les cartons», confie Pascal Bernimont.

132 exploitants agricoles biologiques au Luxembourg

Dans le pays, 132 exploitants agricoles biologiques sont actuellement présents sur le territoire, d’après les derniers chiffres publiés en mai par le ministère de l’Agriculture – sur environ 2.000 exploitations au total. Il s’agit de 75 agriculteurs, 12 maraîchers, 15 viticulteurs, 12 fruiticulteurs, 14 apiculteurs et 4 élevages de petite envergure. Et d’après les chiffres d’Eurostat, l’agriculture biologique gagne du terrain au Grand-Duché. Alors qu’en 2015, une centaine d’exploitants exerçaient leur activité sur une superficie de 4.216 hectares, les surfaces engagées en bio se sont élevées à 5.446 hectares dans les années 2016-2017. Cela représente une surface de 4,14% – contre 3,2% en 2015 – de la totalité des surfaces agricoles au Luxembourg.

D’après la plate-forme «Meng Land­wirtschaft – Mäi Choix», qui regroupe une vingtaine d’organisations non gouvernementales luxembourgeoises, il serait possible d’exploiter au moins 20% de la surface agricole d’ici 2025, «dans le cadre d’un plan d’action efficace et efficient». Un objectif ambitieux qui, si le futur gouvernement souhaite l’atteindre, nécessitera une politique engagée et une augmentation des reconversions des exploitations conventionnelles, car la surface des terres disponibles est également problématique. Reste que le marché du bio emploie au sein des magasins pure players du pays environ 230 personnes. Un chiffre qui devrait tendre à augmenter, puisque le nombre de nouveaux magasins et de nouveaux acteurs ne cesse de croître.