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Infrastructures

Le Jean Monnet vidé d'ici la fin de l’année



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La Commission européenne et le gouvernement ont tranché: les occupants du bâtiment devront quitter les lieux dans les prochains mois en raison des risques liés à l’amiante. Une première vague de départs est prévue pour la mi-septembre.

Le bail de location du Jean Monnet par la Commission européenne à l’État luxembourgeois arrivait à échéance au 31 décembre prochain. L’annonce, ces derniers jours, de deux cas avérés de maladie professionnelle pour raison d’exposition à l’amiante a précipité la décision des autorités.

Réunis ce mardi matin à Bruxelles, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, et le vice-président de la Commission, M. Maroš Šefčovič, ont en effet choisi d’appliquer le «principe de précaution» suite à ces révélations publiques, dans l’optique d’appliquer le principe de tolérance zéro, partagé par les autorités locales et européennes, à l’égard des particules d’amiante.

Soupçons avérés

Il faut dire que le rapport d’audit de l’asbl belge Cresept datant de janvier dernier et diffusé récemment par l’Union syndicale du Luxembourg, principal syndicat des fonctionnaires européens, ne fait que confirmer les craintes d’autres expertises commanditées dès 1997 (expert Kleineberg) et en 1998 (AIB-Vinçotte Luxembourg).

On peut lire ainsi, en conclusion, que «la seule solution réaliste pour éliminer complètement le risque pour la santé du personnel, dû aux nombreuses applications d’amiante présentes dans l’immeuble, est de l’évacuer et de transférer ses occupants vers d’autres sites».

Inauguré en 1975, le Jean Monnet, présentant de nombreux risques et plusieurs signes de vieillissement visibles à l’œil nu, a donc définitivement fait son temps.

Recherche: 1.500 postes de travail

Si ses quelque 1.500 occupants devront faire leurs cartons au plus tard d’ici à la fin de l’année; une première vague devrait s’opérer à la rentrée. «La Commission et le gouvernement travaillent sur des solutions pour reloger une partie des personnes concernées d’ici au 15 septembre», précise-t-on du côté du porte-parole de la Commission européenne au Luxembourg.

Où reloger ces fonctionnaires européens? Les possibilités ne manquent pas, mais on s’oriente vers une répartition sur plusieurs sites. Et les regards se tournent vers la Cloche d’Or.

Les places restantes au Drosbach (où travaille déjà une partie des équipes de la Commission européenne au Luxembourg) pourraient convenir. Et le départ, courant septembre, de PwC de la route d’Esch vers son nouveau siège situé au Ban de Gasperich pourrait tomber à point nommé pour trouver un certain nombre de postes de travail (la firme d’audit et de conseil emploie 2.200 personnes).

Sachant que le loyer dont bénéficie actuellement la Commission pour le Jean Monnet est à un «prix favorable», selon la formule employée, les aspects budgétaires ne seront pas des moindres dans cette opération de relocalisation. Les bâtiments en question devront en effet être loués à des privés, ce qui risque de se faire financièrement ressentir.

Penser à l’avenir

«Bien que des travaux puissent être entrepris pour sécuriser le bâtiment dans l'attente de la livraison du nouveau JMO2 (…), le ministre et le vice-président ont jugé préférable d'appliquer le principe de précaution et de quitter le JMO1 dans les prochains mois», pouvait-on lire dans le communique de la Commission.

Comme l’indiquent les autorités en filigrane, les travaux de réaffectation du site de l’actuel Jean Monnet n’ont pas encore débuté. Une partie des bâtiments doit être détruite pour permettre de bâtir la troisième tour de la Cour de justice de l’Union européenne, alors que l’on pense à moderniser le centre de conférence.

Retardés pour diverses raisons, les premiers travaux de construction du Jean Monnet 2, qui prendra place en phase de l’actuel (sur le site du parking jouxtant la Chambre de commerce), sont annoncés pour la fin 2016, afin d’effectuer une première livraison fin 2019. Théoriquement.

Outre le respect du planning, il conviendra de tirer la double leçon du cas d’école que constitue le Jean Monnet, ancienne version: les bâtiments publics prévus pour une période donnée (25 ans dans ce cas) s’avèrent souvent des solutions définitives et l’emploi des matériaux de construction doit s’effectuer avec l’optique d’un développement durable, au sens propre du terme.

C’est un enjeu sanitaire, mais aussi d’image de marque pour le Luxembourg et la Commission européenne, qui sera bientôt présidée par un certain Jean-Claude Juncker.