PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Assurances

Rapport du Commissariat aux assurances

L’assurance découvre la vie sous Solvency II



Claude Wirion estime que la taille des assureurs luxembourgeois va devoir se développer pour survivre face à la concurrence. (Photo: Christophe Olinger / archives)

Claude Wirion estime que la taille des assureurs luxembourgeois va devoir se développer pour survivre face à la concurrence. (Photo: Christophe Olinger / archives)

Le rapport annuel du Commissariat aux assurances présenté jeudi montre que le secteur a connu une année compliquée en 2015. En cause, les taux d’intérêt très bas et la dernière ligne droite dans la mise en place de Solvency II. Claude Wirion, son directeur, envisage une année 2016 mieux orientée.

«Le cap de Solvency II est passé et les sociétés d’assurances vont désormais pouvoir se concentrer sur le développement de leurs propres affaires», avance Claude Wirion en présentant ce jeudi le rapport annuel du Commissariat aux assurances (CAA), dont il préside le comité de direction depuis janvier 2015.

En attendant, l’exercice 2015 a encore été relativement compliqué. L’encaissement des primes a connu une baisse de 5,4%, liée essentiellement au secteur de l’assurance-vie. Confrontés à la persistance des taux d’intérêt très bas, les assureurs ont réorienté leurs clients vers d’autres produits que ceux à taux garantis. L’encaissement dans ce secteur a chuté de 10,27%, alors qu’en assurance non-vie il augmente de 8,5%.

Le tassement de l’encaissement dans l’assurance-vie fait d’ailleurs glisser le poids de ce segment sous la barre des deux tiers du total (62,19%). Les activités transfrontalières ont encore augmenté (+1,6%) et représentent désormais 92,11% de l’ensemble de l’activité du secteur.

L’emploi en hausse... hors frontières

«C’est d’ailleurs ce poids important des assureurs luxembourgeois à l’étranger qui contribue à faire progresser l’emploi dans le secteur», note Annick Felten, membre du comité de direction du CAA. «Ces marchés étant plus importants en termes de clientèle, leur développement exige plus de personnel.» À la fin 2015, 6.484 personnes sont actives dans le secteur, une progression de 7,05%. Hors des frontières, elle atteint 18,47%.

Si la somme des bilans continue de prendre du volume à 219 milliards d’euros (+6,6%), le bénéfice net a en revanche reculé de 23,8% (1,241 milliard d’euros) et revient aux niveaux de 2011 et 2013. «Ce n’est en rien une catastrophe», tempère Claude Wirion. «Les chiffres de 2014 avaient été fortement influencés par la cession d’une filiale en Italie par un acteur important pour 60 millions d’euros.»

Tous les secteurs sont concernés. Après une année record en 2014, l’assurance-vie recule de 11,51%, l’assurance non-vie chute de 36,35% à cause de coûts de réassurance et la réassurance justement, qui avait connu une hausse de plus de 40% en 2014, recule cette fois de 24,6%.

Nous avons peut-être touché le fond et sommes en train de rebondir.

Claude Wirion, président du directoire du CAA

Pour l’exercice en cours, le président du comité de direction du CAA se montre relativement optimiste. Les chiffres du second semestre ne sortiront que début août, mais ceux des trois premiers mois de l’exercice ont montré un recul limité (3,73%) pour l’assurance-vie. «Ces dernières années, nous avions connu des reculs à deux chiffres. Nous avons peut-être touché le fond et sommes en train de rebondir.»

Reste donc désormais à voir les effets de Solvency II, qui a multiplié les exigences et les coûts pour les acteurs du secteur. Au point que certains, qui n’exerçaient plus ou peu d’activités, ont préféré rendre leur agrément. «Ce qui est certain», analyse Claude Wirion, «c’est que l’époque du ‘small is beautiful’ est bien finie. Désormais, pour résister à la concurrence, il faut croître en volume et en activité ou opérer des fusions.»

Une tendance de fond pour le futur? «C’est difficile à prédire», note encore le gendarme du secteur, «mais qui aurait pu prédire il y a un an qu’un acteur luxembourgeois – le groupe Foyer, ndlr – allait se porter acquéreur d’International Wealth Insurer?»