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Médias

L'aide à la presse à l'ère du numérique



Depuis la dernière version de la loi sur la promotion de la presse écrite datant de 1998, le paysage médiatique et la consommation de l'information ont considérablement évolué. (Photo: 100.7)

Depuis la dernière version de la loi sur la promotion de la presse écrite datant de 1998, le paysage médiatique et la consommation de l'information ont considérablement évolué. (Photo: 100.7)

Trois éditeurs étaient réunis samedi à l'invitation de la radio 100,7 pour débattre du futur de la presse, dans le contexte de la réforme de l'aide publique annoncée par le gouvernement. Les discussions n'ont pas permis de dégager un consensus sur un nouveau modèle de calcul.

C'était l'une des annonces effectuées par Xavier Bettel dans le cadre de la présentation du paquet d'avenir composé par le gouvernement pour 2015-2018. Le régime de promotion de la presse écrite sera réformé afin de tenir compte des changements de consommation de l'information en ligne, les sites internet d'information n'étant pas soutenus actuellement.

Le système en place comprend un montant annuel de référence (462.250 euros pour les 10 titres subventionnés) ainsi qu'un montant complémentaire dépendant du nombre de pages produites. Un calcul – sans plafond – qui bénéficie mathématiquement et majoritairement (80%) au groupe Editpress (Tageblatt, Quotidien, Le Jeudi, Revue) ainsi qu'à Saint-Paul (Wort, Télécran).

Cette répartition des aides publiques était au cœur de l'émission «Riicht eraus» de 100,7 qui réunissait samedi Jean-Lou Siweck, rédacteur en chef du Luxemburger Wort, Richard Graf, gérant de l'hebdomadaire woxx et Mike Koedinger, fondateur et CEO de Maison Moderne.

Un premier tour de table

Le Wort est donc concerné au premier chef par ce changement de paradigme annoncé, tout en devant composer avec une érosion de son audience. «Il n'y a plus de raison d'appliquer le critère de l'imprimé dans la loi de l'aide à la presse, on peut diffuser ses informations autrement», a indiqué Jean-Lou Siweck, qui demande dans le même temps que la réforme puisse tenir compte des configurations des rédactions qui sont, pour la plupart, composées de journalistes qui travaillent de façon transversale pour des médias off et online.

Les autres bénéficiaires des aides étatiques (Lëtzeburger Journal, Zeitung, woxx, d'Land) sont, en tant que représentants des éditeurs au Conseil de presse, invités ce lundi à discuter de ce projet avec le Premier ministre et ministre des Communications et Médias, Xavier Bettel.

Différencier les contenus

Maison Moderne, la maison d'édition de Paperjam, n'étant pas membre du Conseil de presse, n'a pas été invitée à ce premier tour de table. Mais elle est demandeuse d'une réforme. «L'aide à la presse, qu'elle concerne un média en ligne ou en version papier, doit concerner un travail journalistique», a précisé Mike Koedinger durant l'émission. Encore faut-il préciser quels contenus peuvent prétendre à un financement public.

La loi actuelle différencie les pages loisirs (jeux, programmes tv), des contenus journalistiques qui sont tous mis sur un pied d'égalité.

Richard Graf tire la sonnette d'alarme

Or, s'interroge Mike Koedinger, faut-il apporter le même financement à tous les contenus rédactionnels si l'on veut promouvoir la presse d'opinion qui nécessite notamment des investigations? «Pour qu'un contenu soit considéré comme éligible, il devrait apporter une plus-value journalistique», estime le fondateur de Maison Moderne qui voit dans le système actuel une forme d'anachronisme.

Pour le gérant de l'hebdomadaire woxx, il est bel et bien question de la fin potentielle de certains – petits – titres papiers si le système actuel est revu sur base du même montant d'aides (7,5 millions d'euros). Richard Graf craint en effet qu'un coup soit donné à la viabilité d'un titre tel que woxx si le même montant est redistribué plus largement, notamment à destination de nouveaux acteurs en ligne.

Si le gouvernement entend coller à la réalité de la sphère médiatique de 2014 et de la consommation d'information, il devra probablement aussi revoir la notion de promotion de la presse écrite pour faire en sorte que le pluralisme ne soit pas mis en danger.