POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Assouplissement quantitatif

La zone euro dopée aux amphétamines de la BCE



Yves Nosbusch (BGL BNP Paribas) espère que les taux bas relanceront les investissements. (Photo: Olivier Minaire)

Yves Nosbusch (BGL BNP Paribas) espère que les taux bas relanceront les investissements. (Photo: Olivier Minaire)

La BCE a-t-elle trouvé la clé de sortie de crise avec la vaste opération d’assouplissement quantitatif? Selon Yves Nosbusch, chief economist chez BGL BNP Paribas, après un mois, les premiers signes sont en tout cas positifs.

«Il ne faut pas crier victoire trop vite, mais l’économie de la zone euro montre des signes encourageants.» Pour Yves Nosbusch, chief economist chez BGL BNP Paribas, la situation est en tout cas meilleure qu’il y a six mois et la vaste opération d’assouplissement quantitatif, mise en pratique par la Banque centrale européenne (BCE) depuis le mois de mars, montre déjà ses premiers effets.

Doses massives

Pour ramener l’inflation de la zone euro dans des marges acceptables – autour des 2% – et relancer la croissance, le président de l’institution, Mario Draghi, a annoncé le 23 janvier dernier un vaste plan de rachat de dettes publiques et privées de 60 milliards d’euros par mois. Ce programme devant au moins durer jusqu’en septembre 2016, le montant total de rachat de dettes devrait donc atteindre au moins 1.100 milliards d’euros.

Les premiers achats ont démarré en mars. Un mois plus tard, certains indices montrent que cette politique produit des effets bénéfiques. «La forte demande sur les obligations a eu un effet mécanique sur les taux», observe Yves Nosbusch.

Les taux longs ont atteint des niveaux historiquement bas dans tous les pays de la zone euro – à l’exception de la Grèce – et ils ont encore chuté après la confirmation par Mario Draghi, le 15 avril dernier, que l’opération de «quantitative easing» irait bien au minimum jusqu’en septembre 2016. «Ces taux bas doivent en principe stimuler l’investissement», note encore l’économiste.

Les taux bas doivent stimuler l'investissement.

Yves Nosbusch, chief economist BGL BNP Paribas

Il s’inquiète d’ailleurs du retard pris par la zone euro au niveau des investissements et de la perte de compétitivité consécutive, notamment vis-à-vis des États-Unis. «Si on n’investit pas aujourd’hui, alors que les taux sont très bas, quand va-t-on le faire?», s’interroge Yves Nosbusch.

Les conditions sont en tout cas réunies pour que les entrepreneurs reprennent confiance. Au niveau de la zone euro, il pointe un «triple choc positif» qui rend la situation plus favorable: la baisse des prix du pétrole, le «quantitative easing» et la baisse de l’euro par rapport à l’ensemble des devises de ses partenaires économiques – une baisse d’ailleurs favorisée par l’anticipation par les marchés de l’opération d’assouplissement quantitatif.

Un brin de confiance

L’indice PMI (purchasing managers index), qui mesure la confiance des acteurs économiques dans le futur, ayant atteint 55 en mars dernier, la croissance en zone euro pourrait tourner entre 1,5% et 2% pour le premier semestre de cette année. Chez BGL BNP Paribas, l’estimation est de 1,8%. Et l’emploi, qui a déjà progressé de 0,9% en 2014, devrait encore connaître une embellie cette année. Mais il ne fait évidemment que sortir d’une période très sombre.

Enfin, Yves Nosbusch voit encore des signes encourageants en matière de crédits aux entreprises, ce qui joue sur le niveau des investissements. Les conditions d’octroi se normalisent et «sur six mois, la croissance du crédit aux entreprises est redevenue positive, ce qui n’était plus le cas depuis plusieurs années».

Le gros point noir reste donc l’inflation qui reste négative (-0,1% en mars), mais est aussi liée à la chute des prix pétroliers. «Une fois cet effet estompé, la remontée devrait se faire mécaniquement, estime le chef économique. Nous prévoyons 1,3% pour 2016… Ce qui reste encore trop bas.»