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Cinéma

La mariée était en rouge



Le film «Noces» de Stephan Streker, coproduction de Tarantula Luxembourg sort ce mercredi sur les écrans. Ce drame familial a été tourné en grande partie au Luxembourg.

«Il ne faut se révolter que si nous avons la possibilité d’agir», lance Inna, résignée, à sa petite sœur Zahira. Elle ne sait que trop bien ce que la jeune fille est en train de vivre puisqu’elle est passée par là. À elle seule cette phrase, extraite d’un des dialogues les plus réussis du film, résume toute l’ambivalence des sentiments qui se bousculent dans la tête de Zahira.

Cette famille pakistanaise a beau vivre en Belgique depuis longtemps et y être bien intégrée, les traditions ont la dent dure et Zahira, 18 ans, va devoir se marier. La jeune fille, qui vit avec son temps, dans les codes de la société occidentale tout en respectant les valeurs religieuses, ne peut se résoudre à accepter cette exigence, mais ne veut pas ébranler l’honneur de sa famille qu’elle aime profondément. «Mon père ne pourra plus mettre les pieds au Pakistan, si je ne me marie pas», comprend-elle.

Inspiré de faits réels datant de 2007, «Noces» a tout d’un drame cornélien: honneur et famille contre liberté et passion. Un combat qui semble d’un autre temps pour certains, mais qui reste d’une brûlante actualité pour beaucoup. C’est ce que le réalisateur Stephan Streker, auréolé d’un Magritte du meilleur film pour «Le Monde nous appartient», montre très bien et sans manichéisme. Cette famille n’est pas archaïque ou arriérée et Zahira n’est pas délurée ou immorale, chacun essaie de comprendre l’autre sans pouvoir totalement se soumettre. Chacun hésite avant de camper sur ses positions, tout comme Zahira porte ou enlève son voile selon ses aspirations. Streker constate plus qu’il ne dénonce.

Malgré quelques ellipses scénaristiques maladroites, le film réussit à exposer l’impasse dans laquelle se trouve toute la famille, Zahira, bien sûr, mais aussi son frère, Amir, déchiré entre la révolte de sa sœur et le désespoir de ses parents. La distribution sert parfaitement le propos, en particulier Lina El Arabi, dont c’est ici le premier grand rôle et qui se montre lumineuse et inspirée.

La construction de l’image, le très beau jeu sur les couleurs, la qualité des rôles secondaires, les quelques pointes d’humour bienvenues et la force de la fin couronnent les nombreux bons points du film.