POLITIQUE & INSTITUTIONS

Interview

La divine comédie de Christophe de la Fontaine



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Christophe Fontaine et l'une de ses dernières créations : le sac «Hold me close », une invitation au voyage. (Photo : David Laurent / Wide)

Non content de signer des pièces chez quelques-uns des éditeurs de design les plus prestigieux (Moroso, Rosenthal, Formagenda…), Christophe de la Fontaine, le designer luxembourgeois installé à Milan, crée sa propre maison. Bienvenue dans l’univers de Dante.

Vous avez commencé par des études de sculpture au Lycée des Arts et Métiers. Qu’est ce qui vous a poussé vers le design ?

« Suivre une fi-lière purement artistique me paraissait risqué, ainsi qu’à mes parents. Le design allie la créativité et la liberté de l’artiste, qui se doit d’être appliqué et de vivre en relation avec le monde industriel. C’était donc une voie ‘acceptable ’.

Vous avez travaillé pendant plusieurs années avec Patricia Urquiola, une des figures du design italien. Comment est-ce arrivé ?

« Avant la fin de mes études, j’ai fait plusieurs stages. Un à Londres, dans un bureau de design industriel, un autre à Milan dans le bureau de Piero Lissoni, où Patricia était responsable du département design. Ensuite, avec Stefan Diez, nous avons voulu nous lancer et nous avons pris un stand au Salone Satellite, partie ‘  jeune ’ du salon du meuble de Milan. Nous avons gagné un prix en 2002. À ce moment-là, Patricia Urquiola, qui lançait son propre studio, m’a proposé de la rejoindre.

Qu’avez-vous appris à ses côtés ?

« Très vite, j’ai été en première ligne avec elle. Nous allions à la rencontre des industriels pour qui nous concevions des pièces. Puis, des fabricants les réalisaient. Grâce à elle, je me suis constitué un solide bagage pour comprendre comment les choses se passent à l’intérieur, comment les éditeurs, y compris les grandes maisons, fonctionnent. Travailler aux côtés de Patricia m’a aussi permis d’avoir confiance en moi ainsi qu’en mes inspirations. Je sais que la ‘casserole à idées’ ne se vide jamais. Il faut, en revanche, être en mesure de traduire ces idées en produits.

Depuis 2010, vous avez votre propre studio, toujours à Milan. Quelles relations établissez-vous avec vos clients ?

« Au fur et à mesure du temps, les clients, des entreprises industrielles de plus ou moins grande envergure, deviennent des familiers, des personnages. Une relation forte s’établit. C’est très important, parce que ce n’est jamais facile de transmettre et de défendre son idée. C’est une lutte pour laquelle il faut trouver le juste équilibre entre le calme et la force. Le but n’est pas d’arriver à un compromis mais de trouver le moyen de faire comprendre que l’idée est bonne, qu’elle apporte une solution en adéquation avec la marque, son histoire, les matériaux qu’elle plébiscite…

Peut-on parler d’un style qui vous est propre ? D’une philosophie du design ? « Définir un style doit se faire de l’extérieur. Mon fonctionnement est de toujours commencer par des recherches personnelles. Il ne s’agit pas seulement de trouver une solution pour répondre à un problème, mais d’observer, d’analyser et de rechercher la manière dont l’objet va apporter quelque chose de nouveau aux utilisateurs. Mon ambition est de susciter une émotion chez le consommateur : le toucher, le séduire, l’étonner…

Voilà donc que vous lancez, avec Alyn Langreuter et Benjamin Hopf, votre propre maison d’édition, Dante.

« Nous avons décidé de mettre nos compétences – Alyn est artiste et Benjamin designer – et nos univers en commun. L’idée n’est pas d’imiter les grandes marques ou de copier certains petits éditeurs, mais de trouver notre propre niche.

Quelle est-elle ?

« Dante repose sur trois idées fortes. D’abord, nous ne voulons pas seulement créer des meubles, mais élargir la gamme vers des accessoires, des objets, ou vers l’univers de la mode ou de l’art. Ensuite, nous positionnons nos produits sur plusieurs niveaux de lecture – d’où le nom de Dante, à cause des cercles qu’il décrit. Ainsi, en plus d’être des objets, ils ont une histoire à raconter. Ils ne sont pas uniquement destinés à être distribués dans les circuits du meuble, même si la marque a été lancée au Salon du meuble de Milan. Galeries d’art, concept stores, magasins de mode ou de meubles peuvent être intéressés. Enfin – l’aspect le plus original du projet – nous invitons, pour chaque collection, une personnalité hors du champ du design pour nous inciter à nous réinventer, à donner du sens à nos objets.

Que vous a apporté la collaboration avec Christopher Roth, votre premier invité ?

« Il a apporté son univers ultra référencé qui a orienté la création de deux objets, plus artistiques que décoratifs : le premier est une hache, dont le manche ressemble à une embrasse de rideau, et le second est un masque, qui peut être porté en chapeau. L’univers visuel du catalogue est également placé sous son influence : photos anciennes, présence de Carl Jung ou de Ballard…

Cette collection dépasse celle du mobilier…

« Oui. Il y a des meubles – une étagère, un fauteuil, une table basse – mais aussi des objets plus artistiques et d’autres plus pratiques, comme les vases, le chandelier ou le sac de voyage. Nous espérons créer des standards qui pourront être déclinés dans d’autres matériaux, couleurs ou dimensions.

Votre collection a été fabriquée en Italie ?

« Toute la collection a été produite par des fabricants et artisans de très haute qualité, dans la région de Milan. Ils travaillent généralement pour les plus grandes marques de mobilier, d’accessoires ou de mode. Par exemple, le sac Hold me close a été cousu dans les ateliers qui travaillent aussi pour Chanel, Saint Laurent ou Cassina.

Comment les avez-vous convaincu de travailler pour une nouvelle marque, encore inconnue ?

« J’ai la chance de les connaître et d’avoir leur confiance pour avoir souvent travaillé avec eux par le passé. De plus, nous sommes en période de crise et il y a beaucoup de gens qui veulent du travail. Enfin, ces artisans aiment les défis, recherchent la nouveauté et ont la volonté de toujours trouver des manières d’être meilleurs. »

 

Tout le mois d’octobre, Christophe de la Fontaine exposera ses créations dans le cadre du Red Box, chez Carré Rouge, 119, rue de Hollerich à Luxembourg

La collection Dante est en vente au Schwop ! de la galerie Lucien Schweitzer, 24, avenue Monterey à Luxembourg (Centre) www.dante.lu