PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Analyse

La déflation, un risque latent pour la zone euro



Damien Petit est conseiller en investissement à la Banque de Luxembourg. (Photo: Banque de Luxembourg)

Damien Petit est conseiller en investissement à la Banque de Luxembourg. (Photo: Banque de Luxembourg)

Dans la chronique financière ce jeudi, Damien Petit, Senior Investment Advisor au département Private Banking Investments de la Banque de Luxembourg, revient sur la morosité des indicateurs d’activité et de confiance, qui, couplée au reflux sensible des anticipations d’inflation reflétées notamment au sein des marchés obligataires, a ravivé le spectre de la déflation au sein de la zone euro. Explications.

La déflation se caractérise par une baisse généralisée et durable des prix. Techniquement, la zone euro n’a pas encore basculé en déflation: les prix continuent en effet à progresser, mais le net tassement du rythme de croissance observé ces derniers trimestres inquiète.

À première vue, la déflation devrait pourtant ravir le consommateur, une chute des prix dopant mécaniquement les revenus réels. Toutefois, le caractère durable de la baisse des prix modifie progressivement le comportement du consommateur et l’incite à reporter ses achats, en particulier de biens durables (automobiles, biens d’équipement…). Un repli des dépenses des ménages et de l’investissement s’en suit, entretenant la contraction de l’activité et des prix. La hausse des rendements réels, néfaste pour les agents économiques lourdement endettés, accentue par ailleurs l’affaiblissement de l’activité.

Conséquences de la crise financière

Les incertitudes grandissantes quant à la capacité de la BCE à maintenir la stabilité des prix au sein de la zone euro s’expliquent très largement par les conséquences de la crise financière. Dans l’impossibilité de procéder à des dévaluations compétitives, plusieurs États membres en proie à de graves problèmes de compétitivité (Grèce, Espagne, Irlande) ont opéré des ajustements significatifs visant à abaisser leurs coûts salariaux unitaires. Ces dévaluations internes, couplées aux politiques d’austérité, ont provoqué un reflux brutal de la demande intérieure à l’origine d’une sous-utilisation massive des capacités de production. L’absence de recapitalisation rapide des institutions financières, grevant la capacité de ces dernières à accorder du crédit, a également accentué les pressions désinflationnistes.

L’objectif est double

Face au risque accru d’entrée en déflation, les autorités monétaires européennes ont décidé début septembre de procéder à une dernière baisse des taux directeurs. Par ailleurs, de nouvelles mesures non conventionnelles ont également été annoncées. Dès le mois d’octobre, la Banque centrale lancera un programme d’achats fermes de titres privés spécifiques (des asset backed securities et des covered bonds, acceptant ainsi d’inclure directement dans son bilan des actifs risqués, un changement stratégique important. L’objectif poursuivi au travers de ces achats est double. D’une part, augmenter la capacité des institutions financières vendeuses à octroyer du crédit au secteur privé et, d’autre part, affaiblir l’euro. Les rachats directs d’actifs couplés aux différentes opérations de prêts à très long terme aux banques devraient ainsi entraîner une expansion significative (de l’ordre de 1.000 milliards d'euros) du bilan de la Banque centrale et le porter à un niveau proche (3.000 milliards d'euros) du sommet atteint début 2012.

Au cours des prochains mois, il conviendra de suivre attentivement les anticipations d’inflation reflétées au sein des marchés obligataires et des indices de confiance du consommateur afin de vérifier si les récentes mesures adoptées par les autorités monétaires ont permis d’écarter les risques d’un basculement de la zone euro en déflation.