PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Analyse

La baisse des taux de la BCE en trois questions



Hervé Burger, stratégiste chez Fuchs & Associés (photo: paperJam.TV)

Hervé Burger, stratégiste chez Fuchs & Associés (photo: paperJam.TV)

Analyse de la récente décision de la Banque centrale européenne de baisser une nouvelle fois son principal taux directeur.

La BCE a baissé son principal taux directeur de 25 points de base à 0,25% jeudi dernier: ce mouvement est-il une surprise et ouvre t- il des perspectives nouvelles dans la zone Euro?

«Du point de vue timing ce mouvement a pu surprendre alors que la zone Euro est en train d’émerger progressivement de la récession, l’Espagne en particulier étant sur de meilleurs rails. Cependant l’événement qui a pu susciter ce mouvement est la faiblesse des chiffres d’inflation récemment publiés pour octobre, avec une progression annuelle glissante de 0,7% du principal indice, soit un plus bas depuis quatre ans. Nous sommes de plus en plus éloignés de la cible de 2% d’inflation fixée par la BCE et nous nous rapprochons donc dangereusement de niveaux déflationnistes.

Par ailleurs, le mouvement de la BCE est naturel car il colle plus à la réalité des taux de marché du court terme déjà proches de zéro, comme l’Eonia qui traite actuellement vers 0,07%.

Quelles pourraient être les futures décisions de la BCE?

«Il est bien évident que les baisses de taux sont maintenant derrière nous. Le discours de Mario Draghi lors de sa conférence de presse a pu décevoir: la BCE ne fera pas beaucoup plus pour l’instant, seule une activité replongeant dans le rouge pouvant l’inciter à utiliser des instruments moins conventionnels.

Dans cette panoplie, on pense évidemment aux LTRO comme cela avait été le cas en décembre 2011 et février 2012. Quant à une véritable politique de ‘quantitative easing’ via l’achat d’obligations d’Etat de l’Eurozone et d’instruments titrisés, comme cela se pratique actuellement massivement aux États-Unis et au Japon, cela ne semble pas d’actualité et les réticences allemandes dans ce domaine sont fortes.

Aux États-Unis, cette politique actuelle de ‘quantitative easing’ peut-elle durer encore longtemps?

«C’est un débat difficile, mais comme vous avez pu le constater cet été, le seul fait pour M. Bernanke, le président de la Réserve Fédérale, d’avoir évoqué une simple diminution prochaine des achats mensuels d’obligations du Trésor et de MBS (on parlait simplement à l’époque d’une baisse de 15 milliards sur les 85 milliards d’achat mensuels, ce qu’on a qualifié de ‘Fed tapering’) a provoqué une forte remontée des taux longs qui ont touché la barre des 3% début septembre. Que se passera-t-il le jour ou la Fed décidera de commencer la vente nette des actifs qu’elle a stockés dans son bilan?

A contrario, la décision de la Fed le 18 septembre de différer le ‘Fed tapering’ a provoqué une nouvelle envolée de la bourse américaine (hausse de 4.46 % du S&P 500 en octobre). On y voit peut être déjà la ‘patte’ de Janet Yellen, la future présidente de la Fed, qui est réputée pour son coté ‘colombe’.

Une chose est sûre, toute décision sur le sujet rend les marchés très volatils, mais il faudra bien un jour sortir de la politique d’assouplissement quantitatif. Le bilan de la FED ne peut pas augmenter indéfiniment, même si certains économistes pensent que la marche arrière sera extrêmement difficile à passer.

Le plus simple serait qu’une batterie de bonnes statistiques économiques (comme les chiffres de l’emploi de vendredi dernier) permettent de commencer le ‘tapering’ sans trop de casse.