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Investir dans l’art



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Adriano Picinati di Torcello, directeur advisory & consulting; art & finance coordinator chez Deloitte. (Photo: Deloitte)

Le contexte actuel de taux d’intérêt très bas redistribue certaines cartes en matière d’orientation d’investissement. Les décisions à prendre doivent, dès lors, être d’autant plus mûrement réfléchies.

Les récents records atteints lors de ventes aux enchères de tableaux prouvent-ils que l’art est, actuellement, un excellent placement?

«Ces récents records ne s’appliquent qu’à certaines œuvres et pas à l’ensemble du marché, il est donc nécessaire de les interpréter avec prudence. Si l’on se focalise sur ces ventes record réalisées début mai chez Christie’s, Sotheby’s et Philips à New York, on peut penser que les prix des œuvres d’art moderne et contemporaines les plus recherchées sont en constante hausse. Cependant, une analyse d’ArtTactic publiée en mai 2015 suggère que le prix moyen pour les œuvres contemporaines de grande valeur est en baisse, passant de 10,02 millions de dollars US en novembre 2014 à 8,33 millions en mai 2015. Aussi, pour atteindre de tels records, les salles de ventes ont-elles eu recours à différentes stratégies telles que l’augmentation du nombre d’œuvres mises en vente, l’augmentation des garanties ou l’organisation de ventes thématiques. Plus concrètement, sur les 221 ventes effectuées à un prix supérieur à 1,5 million de dollars US sur la première quinzaine de mai et recensées par Skate’s dans sa note du 16 mai, 63 étaient des repeat sales, c’est-à-dire des œuvres achetées puis revendues en salle de vente. Parmi elles, seulement six ont généré une performance négative, mais il faut garder en mémoire que le retour annuel moyen pondéré généré par les œuvres de l’indice Skate’s top 10.000 est de 5,04% (basé sur les repeat sales).

Y a-t-il un art plus porteur qu’un autre en matière d’investissement?

«Deloitte ne fournit pas de conseil en investissement, mais considère l’art ou tout autre bien de collection – dans une approche de gestion de fortune – comme partie intégrante du patrimoine global d’un individu ou d’une famille devant être géré avec la même attention et sérieux que les autres actifs. Quel que soit le segment, la valeur ou la motivation, une collection pose des questions de conservation, de documentation, de protection, de transmission et de structuration, que tout gestionnaire de fortune doit appréhender avec son client pour assurer la pérennité des montants alloués. Ceux-ci représentant une partie non négligeable du patrimoine global. Si l’on regarde l’évolution des ventes passées, on constate que le segment de l’art contemporain est celui qui se développe le plus, mais qu’in fine la qualité de l’œuvre est déterminante. À titre d’exemple, si on regarde les résultats du premier fonds d’art lancé par Philip Hoffman, du Fine Art Fund Group, et comme il l’a récemment expliqué dans un article du Financial Times en mai dernier, tout le capital initial a été retourné aux investisseurs, et au cours des trois prochaines années, il va vendre les neuf dernières œuvres du fonds. Il prévoit un retour sur investissement de 4% à 7% net, expliquant que le résultat a été tiré vers le bas par le faible rendement des old masters (Maîtres anciens).

Quelles précautions initiales faut-il prendre quand on veut investir pour la première fois dans l’art?

«L’achat d’une œuvre d’art comprend une part de risque et un coût. Il est important de se forger sa propre opinion et son propre goût, et il est nécessaire de visiter régulièrement des galeries et des foires afin d’échanger avec des professionnels de l’art et des collectionneurs plus expérimentés. Il est préférable d’acheter une œuvre importante d’un artiste moyen ou émergent plutôt qu’une œuvre moyenne d’un grand artiste. Il est aussi impératif de toujours effectuer une due diligence et de demander de l’aide pour les questions d’attribution, d’authenticité et de provenance, mais également de s’assurer que le titre de propriété du vendeur est clairement établi, afin d’écarter tout risque de se voir retirer l’œuvre. Afin de challenger le prix, des bases de données peuvent être consultées quand un marché secondaire existe. Attention à ne pas non plus sous-estimer les coûts d’acquisition et de maintien d’une collection, c’est-à-dire les coûts de stockage, de transport, de conservation, de protection et d’assurance. Enfin, il ne faut par ailleurs pas perdre de vue que le marché de l’art n’est pas règlementé et peu liquide.»