POLITIQUE & INSTITUTIONS

Études de cas

Innover pour exister



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Depuis ses débuts comme chaudronnerie, Paul Wurth a largement étendu son portfolio. (Photo: Paul Wurth)

Décisive dans bon nombre de secteurs, la R&D est un effort à très long terme, dont les fruits mettent des années à mûrir. Les moyens de production se complexifiant au contact des technologies et des attentes des clients, c’est aussi devenu une condition de survie, de l’industrie lourde à la chimie en passant par l’automobile. Si la recherche privée est en constante diminution, ces cinq joueurs internationaux font mentir les statistiques, investissant au Luxembourg et tentant à leur niveau d’entraîner les petits dans leur sillage.

Delphi
Créer la voiture de demain
L’équipementier automobile américain Delphi entretient une relation historique avec le Grand-Duché. Il y est présent depuis près de 45 ans et y a installé un de ses 14 centres techniques. De par sa localisation proche des constructeurs automobiles français ou allemands, cet emplacement lui offre aussi neutralité politique et savoir-faire. «L’écoute du gouvernement est décisive pour notre secteur d’activité», explique Vincent Fagard, managing director, qui chapeaute une population de 650 employés, dont 430 ingénieurs. «Chaque mois, nous rencontrons, avec les autres acteurs de l’automobile, Étienne Schneider pour discuter du marché. Le cadre et l’écosystème nous sont favorables.» Le site de Bascharage, en rénovation jusqu’à la fin 2018, permet des tests en conditions réelles. On y développe tout ce qui a trait à la propulsion, la gestion et le contrôle du moteur. Parmi les sujets de recherche clés: la réduction des émissions polluantes ou de la consommation. «Nous faisons de la recherche fondamentale, d’applications, du développement de projets... La sécurité et la connectivité y sont présentes à tout niveau. Nous construisons également des prototypes pour offrir une vraie expérience de test à nos clients.» Les ingénieurs travaillent dès à présent sur des logiciels dédiés aux voitures sans conducteur. «Le secteur automobile est en plein renouveau. Les équipementiers ont un important rôle à jouer dans ce contexte.» À l’échelle globale, le groupe consacre de manière continue 10% de son chiffre d’affaires à la R&D, soit 1,51 million de dollars US en 2015.

Paul Wurth
Miser sur la base
Pour Bob Greiveldinger, responsable de la cellule Operations and Technology chez l’industriel Paul Wurth, c’est en croisant approches top-down et bottom-up que naît l’innovation. L’entreprise luxembourgeoise vient de mettre en place un logiciel pour récolter les bonnes idées de tout collaborateur, quel que soit son niveau hiérarchique. Son «Incub», un programme de coaching de start-up conçu il y a peu avec l’aide du Technoport, est aussi un moyen de lui amener sang frais et idées décalées. 15 start-up industrielles ont ainsi déjà été présélectionnées. «En soutenant d’autres acteurs, nous nous aiderons nous-mêmes. Cela ne remplace bien sûr pas la R&D classique, mais c’est un outil supplémentaire et une source d’innovation.» Présent sur quatre continents, Paul Wurth emploie aujourd’hui 2.000 personnes, dont 500 au Luxembourg. Depuis ses débuts comme chaudronnerie, le groupe a largement étendu son portfolio. Chaque année, il consacre 10 millions de son chiffre d’affaires, qui tourne autour de 400 à 450 millions d’euros, à la R&D. «Cela représente un paquet d’heures de travail! De nombreux prototypes ou installations se font sur site», explique M. Greiveldinger. «La technologie a été répartie dans toutes nos entités. La R&D se fait partout dans le monde. La République tchèque, par exemple, a une excellente expertise en matière de clapets et de vannes. C’est un grand puzzle. Aujourd’hui, avec l’appui de notre actionnaire majoritaire SMS, nous sommes les seuls au monde à pouvoir proposer la création d’un centre industriel complet.»

Ferrero
Surprendre les gourmands
Né dans la petite ville d’Alba en Italie, Ferrero International est aujourd’hui présent dans 53 pays et vend ses sucreries sur 160 marchés. Son siège du Findel emploie un demi-millier de collaborateurs sur les quelque 33.000 que compte le groupe de par le monde. Créateur de marques iconiques comme Nutella, Kinder Surprise, Ferrero Rocher ou encore Tic Tac, il a entamé, depuis 2008, un vaste chantier de CSR, une importante source d’innovation. D’ici 2020, l’origine des noisettes utilisées devra ainsi être 100% retraçable et le cacao 100% durable. La stratégie globale en R&D a pour objectifs de s’adapter aux goûts des différents marchés, anticiper les envies des consommateurs et accélérer la chaîne logistique, avec pour fil rouge, la satisfaction du client, toujours plus exigeant, et la passion pour le produit. Les chercheurs analysent les besoins nutritifs et tiennent compte de l’évolution des habitudes alimentaires pour proposer de nouvelles recettes et packagings. 100 projets parallèles sont actuellement à l’étude. La qualité des matières premières doit être une autre ligne directrice tout au long du processus, de la fabrication à la livraison, y compris dans le chef de ses quelque 7.500 collaborateurs externes. En 2015, le groupe a investi 5,8% de son chiffre d’affaires global pour renforcer ses activités de production sur des marchés jeunes comme la Chine, le Brésil ou l’Inde. Multiculturel par essence, le Luxembourg joue le rôle de laboratoire et lui fournit un excellent marché test à petite échelle.

Dupont de Nemours
Intégrer le respect de l’environnement
Créée en 1802 dans le Delaware par une famille française fuyant la Révolution, Dupont de Nemours est, en 2016, une firme transnationale active sur plusieurs segments, de l’agriculture à l’alimentation, en passant par la biotechnologie industrielle et la sécurité des personnes et des processus, sans oublier la conception de polymères et fibres. Dans le monde, il a 8 centres de recherche et 12 centres d’innovation. «Nous nous voyons comme une société de sciences, donc la R&D joue un très grand rôle dans notre organisation», cadre Christine Lemoine, technical manager. «Tous nos produits sont développés en étroite collaboration avec nos clients. Un exemple, des vêtements de protection pour l’entretien ferroviaire seront réalisés sur mesure pour protéger les techniciens au travail.» Établie à Contern, l’entreprise américaine a fait du Luxembourg un des plus grands sites de production en Europe. 1.100 personnes y travaillent quotidiennement, dont 25 qui se consacrent pleinement à la R&D. «Notre politique de recherche se focalise surtout sur de nouvelles applications pour nos clients. Nous les invitons à des journées dédiées à des thèmes spécifiques, par exemple la protection personnelle, pour échanger. C’est l’occasion de les informer et de mieux comprendre leurs besoins et attentes.» À l’échelle globale, la politique d’innovation inclusive du groupe accorde une large part aux questions environnementales, ainsi qu’au développement durable au sens large. 8% des revenus globaux sont investis en R&D, soit 1,9 milliard de dollars, un chiffre constant depuis plusieurs années.

Ceratizit
Concevoir de nouveaux matériaux
Fort de 5.800 employés, le groupe Ceratizit s’étend sur 24 sites de production dans le monde, dont 11 en Europe. L’un d’entre eux se trouve au Luxembourg et centralise la recherche fondamentale et analytique pour l’ensemble du groupe. Son cœur de métier est de créer des solutions en carbure, un matériau composite, pour la coupe et la protection contre l’usure. Son portfolio compte aussi le travail du bois et de la pierre, ainsi que différents types de barreaux. «La recherche est à la base du développement de nouveaux produits, générant un profit qui peut partiellement la financer. Les emplois qui en découlent ne sont pas seulement liés à la R&D, mais à la production dans son ensemble. Rester à la pointe de la technologie est une condition de survie. La recherche nous aide à nous différencier sur le marché, non par le prix, mais par la technologie et le service«, souligne Ralph Useldinger, manager group analytics and fundamental R&D chez Ceratizit Luxembourg. «Nous travaillons dans un secteur B2B, la qualité du produit et la performance technique sont des facteurs de choix majeurs.» Un nouveau bâtiment permet au site de Mamer de multiplier la surface dédiée à la R&D par 2,5. Au total, 33,6 millions d’euros sont investis chaque année. «Certains produits, notamment dans la coupe de métaux, ont un cycle de vie très court. Le développement perpétuel est indispensable. Pour évaluer l’efficacité de notre politique, nous mesurons le ratio du chiffre d’affaires réalisé avec des produits de moins de cinq ans. Nous essayons de l’augmenter en permanence.»