PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Chronique financière

Grèce: il reste de l’espoir



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Jean-Yves Leborgne revient sur la situation de la Grèce. (Photo: DR / archives)

La Grèce est le seul pays de la zone euro qui dépende encore du programme d’aide financière. Le programme actuel a commencé en août 2015 en Grèce et devrait se prolonger jusqu’en juin 2018. Le Mécanisme européen de Stabilité (MES) s’est engagé à prêter jusqu’à 86 milliards. Les versements seront opérés en fonction de l’avancement observé au niveau des réformes structurelles, comme convenu à la signature du programme. À l’heure actuelle, 31,7 milliards ont déjà été prêtés.

Le programme d’aide permet à la Grèce d’emprunter à des taux d’intérêt très bas et avec des maturités longues. Cela donne évidemment du temps à l’économie pour reprendre son souffle et de se relancer. Les réformes structurelles, qui sont une condition pour les différentes tranches d’aide financière, devraient pousser l’économie dans ce sens.

Selon la Commission européenne, la situation s’améliore en Grèce. La confiance du secteur privé est à la hausse. L’activité reprend dans le secteur industriel, dans le commerce de détail et dans le secteur du tourisme, tandis que les exportations rebondissent après le choc de 2015. Après la croissance négative de 2015 (-0,2%), la croissance du PIB est repartie dans le vert en 2016 (0,3%). Pour 2017, la Commission européenne s’attend même à un taux de croissance de 2,7%. Le taux de chômage reste, certes, très élevé, mais est tombé à 23,4% en 2016 contre 24,9% en 2015. Au niveau de la dette publique, la Grèce reste assez largement en tête parmi les pays de la zone euro, avec un montant représentant 180% du PIB.

L’Eurogroupe, après avoir constaté que le gouvernement grec poursuivait bien les réformes convenues, a autorisé, le 15 juin dernier, le déblocage d’un troisième plan d’aide financière qui va permettre à la Grèce de rembourser 7 milliards de dettes dès le mois de juillet. Les principales réformes concernent le système des pensions, la fiscalité et le marché du travail et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il reste encore des progrès à accomplir. En moyenne, un nouveau retraité grec reçoit 81% du salaire moyen contre 41% pour un retraité allemand. Les taux d’imposition sont plus élevés aujourd’hui, mais il existe aussi de nombreuses exemptions si bien que plus de la moitié des employés sont exonérés de l’impôt sur le revenu.

Un autre objectif de cette nouvelle aide est de décider du montant à allouer directement au gouvernement grec qui devra effectuer un remboursement significatif de 6,25 milliards: un tiers auprès du secteur privé et deux tiers auprès de la BCE. À cela s’ajoutent des intérêts à honorer ainsi qu’un remboursement plus faible auprès du FMI. Les négociateurs ont donc encore quelques mois pour parvenir à un accord puisqu’il n’y a pas d’urgence en termes de liquidité. Compte tenu de la complexité des négociations, le processus devrait prendre un certain temps, mais un accord assez rapide aurait un impact positif sur la confiance en Grèce.

Notons aussi que la discussion ne concerne pas uniquement la Grèce et la zone euro puisque l’avis du FMI compte aussi. Pour l’instant, le FMI ne fait pas partie du troisième plan d’aide, mais l’Allemagne souhaite que l’institution internationale soit aussi incluse et agisse comme un organe de contrôle supplémentaire. L’Europe et le FMI ne semblent pas tout à fait d’accord sur la voie à suivre dans le cadre du problème grec. Une des conditions du troisième plan d’aide de 2015 est qu’un surplus primaire (le surplus budgétaire sans les intérêts) de 3,5% du PIB soit atteint d’ici 2018 et maintenu par la suite. Selon le FMI, l’effort demandé n’est pas tenable et les mesures d’austérité demandées risquent de retarder la reprise. Selon les Européens, la Grèce est sur la bonne voie et son surplus primaire pour 2016 devrait dépasser assez largement la cible de 0,5% du PIB.

Malgré ces différends, il y a un rapprochement entre la position européenne et celle du FMI. Jeroen Dijselbloem, président de l’Eurogroupe, a déclaré que la prochaine discussion serait davantage orientée sur les réformes profondes à mettre en place et moins sur les mesures d’austérité. Une fois que le nouveau package de réformes sera négocié, le FMI analysera à nouveau la viabilité de la dette grecque. La décision du FMI de participer ou pas au financement dépendra des réformes convenues, de la durabilité de la croissance et de la dette. 

Il reste donc un espoir de voir émerger un résultat positif en Grèce. L’économie se redresse et les points de désaccord entre l’Europe et le FMI s’amenuisent. Une négociation rapide serait vue d’un bon œil, mais reste à savoir si les différentes parties y parviendront…