POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Chronique financière

Économies et populismes



«Le développement de nos économies sera étroitement lié à un équilibre délicat qu’il conviendra de trouver», affirme le directeur de la BCEE Asset Management.  (Photo: Julien Becker / Archives)

«Le développement de nos économies sera étroitement lié à un équilibre délicat qu’il conviendra de trouver», affirme le directeur de la BCEE Asset Management. (Photo: Julien Becker / Archives)

Le monde politique vient d’accélérer sa convergence vers le populisme, qu’il soit de droite ou de gauche, aux États-Unis d’abord, mais dans de nombreux États européens ensuite, qu’il s’agisse du Royaume-Uni, de la France, des Pays-Bas ou du Danemark, alors qu’il est déjà solidement ancré au pouvoir en Hongrie ou en Pologne, voire dans d’autres pays peu démocratiques. Dans de nombreux cas, le populisme se traduit par des régimes semi-autoritaires se concentrant sur un nationalisme exacerbé et un repli sur soi, fermant les frontières ou imposant taxes et autres contraintes sur le commerce international.

Au-delà des risques géopolitiques qu’une attitude nationaliste et égoïste peut faire peser sur des relations internationales amicales, la fermeture des frontières, le protectionnisme et les droits de douane limiteront les échanges internationaux, mettront un frein aux 20 dernières années de mondialisation, et risquent par conséquent de réduire le potentiel de croissance économique mondiale. Dans cette approche classico-libérale, le populisme serait la cause d’une baisse du bien-être économique et social mondial.

Cette approche néglige quelque peu la réalité qui montre que le dynamisme économique mondial est en baisse depuis plusieurs années, et que des politiques économiques pourtant libérales ont été impuissantes face à des croissances en berne. À tel point qu’il serait probablement aussi judicieux de s’interroger sur l’origine économique des populismes: ces derniers pourraient en effet être autant l’effet de conditions économiques et sociales détériorées que la cause.

Les bienfaits de la mondialisation, qui a explosé au cours des années 90, ont en effet de plus en plus été discutés au cours des dernières années. Force est de constater que la croissance économique est molle depuis la crise financière et économique de 2008, que les mouvements de capitaux internationaux se sont ralentis en particulier pour ceux relatifs aux échanges réels (par opposition aux mouvements liés à des optimisations fiscales ou réglementaires), et que certaines entreprises ont commencé à rapatrier ce qu’elles avaient délocalisé auparavant. Cette dé-mondialisation a amené de nombreux économistes à s’intéresser davantage aux effets des globalisations précédentes, et en particulier aux effets négatifs (externalités négatives sur l’emploi, sur l’environnement ou sur la distribution des richesses). L’approche de la «mondialisation malheureuse» souligne en particulier la croissance spectaculaire des inégalités dans la distribution des richesses nouvellement créées et des exclus d’un monde meilleur. On comprend que dans ce contexte, le populisme qui s’attaque au système établi et s’adresse aux abandonnés dans la distribution des richesses, peut être considéré comme l’effet de la dégradation de conditions économiques et sociales autant que comme la cause possible de dégradations futures liées à l’isolationnisme.

Le développement de nos économies sera étroitement lié à un équilibre délicat qu’il conviendra de trouver entre la mondialisation malheureuse des dernières années d’une part, et la fermeture pure et simple des frontières nationales d’autre part. Il est possible que les crises politiques traversées aujourd’hui réveillent des démocraties qui s’étaient quelque peu endormies, bercées par un bien-être économique et social supposé qui en réalité n’était qu’un leurre. Il est possible que dans une demi-douzaine d’années, nous nous trouvions dans un paradigme économique et politique complètement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Il faut espérer qu’un tel passage probablement nécessaire d’un système à un autre puisse se faire dans le cadre de principes démocratiques et institutionnels dans lequel l’exercice et le contrôle du pouvoir est partagé entre institutions afin de limiter de possibles dérapages de populistes peu compétents.